« Les exigences de l'audimat sont incompatibles avec une information sérieuse | Page d'accueil | Un appel salutaire pour rappeler les valeurs de la République »
16.02.2008
Il est très difficile d’aller au terme d’un mandat de président de la République
En lisant çà et là ce qui se dit en se moment sur le président de la République, beaucoup s’interrogent pour savoir s’il ira au bout de son quinquennat. Pour ma part, j’ai du mal à croire qu’il puisse quitter ses fonctions avant le terme de son mandat, mais sait-on jamais au train où vont les choses. En tout cas, si l’on regarde de près l’histoire des présidents de la République, on s’aperçoit qu’il y en a beaucoup plus qui n’ont pas fini leur mandat que le contraire.
En effet sur les 22 présidents qui ont précédé Nicolas Sarkozy à l’Elysée, 13 ont quitté leur fonction avant le terme fixé. Certains ont démissionné par devoir, d'autres parce que désavoués ou en désaccord avec la Chambre ou le peuple, quelques uns sont morts de maladie ou ont été assassinés. Donc s’il démissionnait, Nicolas Sarkozy se trouverait en bonne compagnie sur la liste de ceux qui n’ont pas achevé leur mandat.
Le premier d’entre eux est Adolphe Thiers (image ci-contre), porté au pouvoir par les élections du 8 février 1871 et qui, après avoir failli être renversé, reçut du Parlement la magistrature suprême le 31 août 1871 et ce, pour une durée de trois ans. En réalité, il exerça ses fonctions moins de deux ans, jusqu’au 24 mai 1873. Il venait tout juste de conclure une nouvelle convention avec les Allemands, réglant la totalité de l’énorme indemnité de guerre, ce qui assurait la libération du territoire et le départ des troupes d’occupation, mais il échoua tout de suite après dans sa tentative de faire reconnaître législativement la République, ce qui entraîna sa démission.
Le maréchal de Mac Mahon, duc de Magenta, lui succéda. De tendance légitimiste, il s’est vu confier le pouvoir pour dix ans par l’Assemblée, celle-ci de tendance plutôt monarchiste voulant rendre possible une éventuelle restauration. Mac Mahon fit savoir qu’il se contenterait de 7 ans, ce qui deviendra la règle jusqu’en 2002. En réalité, il ne fera pas sept ans car face à une majorité républicaine importante issue des élections du 5 janvier 1879, il ne disposait plus d’aucun pouvoir et en tira les conséquences en démissionnant le 30 janvier 1879.
Il sera remplacé le jour même par Jules Grévy qui sera dans un premier temps considéré comme un intérimaire. En fait il sera président de la République pendant presque 9 ans, du 30 janvier 1879 au 2 décembre 1887. Il démissionnera contraint et forcé au début de son second septennat, suite à un ultimatum du Parlement en raison des agissements douteux de son gendre Daniel Wilson.
Pour lui succéder il fallait donc un homme qui ne put prêter à aucun soupçon et Clémenceau proposa Sadi Carnot, petit-fils de l’organisateur de la victoire sous la première République. Il rétablit le prestige de la fonction de président de la République, mais au cours d’une des nombreuses visites qu’il fit dans les principales villes de province française, il tomba sous le coup de poignard d’un anarchiste italien le 24 juin 1894, geste considéré comme une vengeance à l’encontre du président qui avait refusé de gracier, peu avant, des anarchistes condamnés à mort.
Le septennat suivant ne dura que 7 mois. L’Assemblée ne souhaitant pas élire une personnalité trop marquante, se tourna vers Casimir Perier, homme assez falot mais à la situation de fortune brillante héritée de sa famille. Son élection ne l’enchanta pas et l’on rapporta à l’époque que le lendemain du vote il fondit en larmes en déclarant : «je suis prisonnier». Il ne le restera pas longtemps, car à la suite d’un débat sur les grandes compagnies de chemin de fer, se sentant totalement désavoué, il donna sa démission le 16 janvier 1895.
Son remplaçant Félix Faure aurait en revanche honoré son mandat jusqu’au bout, voire même plus, compte tenu de la haute idée qu’il se faisait de sa fonction, et qu’il manifesta notamment dans les relations internationales. Ce fils d’artisan qui avait bien réussi dans les affaires avait pris goût aux fastes et aux ors de la République, et il est vraisemblable qu’il aurait fait un mandat supplémentaire si la mort n’était intervenue à l'Elysée même (le 16 février 1889), alors qu’il était en galante compagnie. Cette aventure évidemment n’était pas de nature à relever le prestige de la présidence de la République.
Après quelques septennats qui allèrent enfin à leur terme entre 1899 et 1920, la malédiction sembla de nouveau s’abattre sur l’Elysée avec la présidence de Paul Deschanel à la fois dépressif et écrasé par la fonction. Ainsi, après quelques péripéties rocambolesques qui démontraient à l’évidence une altération de ses facultés mentales, on lui fit signer sa démission le 21 septembre 1920.
Alexandre Millerand non plus n’ira pas au bout de son mandat, mais pour de toutes autres raisons. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il avait opté pour un mandat dans lequel il ne s’interdisait pas d’intervenir dans les affaires du pays. Ayant pris parti pour le Bloc National de droite battu par le Cartel des Gauches aux élections de mai 1924, il fut pressé de démissionner le 11 juin suivant.
Après le septennat de Gaston Doumergue qui ne sollicita pas le renouvellement de son mandat, le nouveau président de la République s’appelle Paul Doumer, vieux politicien de 75 ans, ancien ministre des Finances et président du Sénat. Bien qu’âgé, cet homme sage et austère qui avait perdu quatre de ses cinq fils pendant la guerre était un gros travailleur. Il tomba sous les balles d’un Russe blanc déséquilibré et mystique, au cours de la vente annuelle des écrivains anciens combattants, le 6 mai 1932.
Les cas d’Albert Lebrun et René Coty sont différents. Albert Lebrun, élu le 10 mai 1932, sera réélu le 5 avril 1939, mais il cessera ses fonctions le 10 juillet 1940 à la prise de pouvoir du maréchal Pétain, à qui il avait fait appel pour prendre la direction du gouvernement de la France. Ce Lorrain fort en thème et polytechnicien n’avait ni prestige, ni autorité, ni courage comme en témoigne son refus de rallier l’Afrique du Nord, préférant répondre aux injonctions de Laval et rester en France.
René Coty aura été le président qui aura mis le plus de temps à se faire élire (sept jours). Elu par défaut (23 décembre 1953), cet homme discret sera le dernier président de la 4è République. Après l’adoption du référendum sur la Constitution de la 5è République et les élections législatives de novembre 1958, il laissera le pouvoir au général de Gaulle le 8 janvier 1959.
Nous n’insisterons pas sur les raisons du départ du général de Gaulle au début de son second mandat. Malgré une large victoire aux élections législatives de juin 1968, dans la foulée des évènements du mois de mai, le charme était rompu avec le peuple français et le général de Gaulle le sentait bien. Le référendum sur la régionalisation et la réforme du sénat, repoussé par 52% de Français, entraînera son départ le 28 avril 1969.
Son remplaçant déclaré, Georges Pompidou qui fut Premier ministre de 1961 à 1968, n’acheva pas non plus son mandat terrassé par la maladie. Il mourut à la tâche le 2 avril 1974. Il sera donc le dernier (à ce jour) d’une longue série à quitter le pouvoir avant l’heure et à ne pas terminer son mandat. Depuis, Valéry Giscard d’Estaing entre 1974 et 1981, François Mitterrand entre 1981 en 1995 et Jacques Chirac de 1995 à 2007 ont tous achevé leurs mandats.
Cela étant, Jacques Chirac restera dans l’histoire comme le premier président de la République avec un mandat de cinq ans. De plus, sauf départ précipité du président, les élections législatives se font désormais dans les semaines qui suivent l’élection présidentielle ce qui, a priori, devrait éviter la cohabitation. Mais qui peut prédire l’avenir pour les cinq années à venir ?
Une chose est certaine, si Nicolas Sarkozy continue sur la voie qu’il est en train de tracer, il aura du mal à tenir jusqu’en 2012. A ce sujet, nous serions tentés de lui dire d’écouter la voie de la raison et de se poser, voire même de se reposer. Il pourrait prendre quelques congés, par exemple à Brégançon ou à la Lanterne que la République met gracieusement à sa disposition (cela vaut bien le yacht de Bolloré), pour réfléchir tranquillement et sérieusement sur l’avenir de notre pays, étudier minutieusement les réformes à mettre en place, bref aborder sereinement les problèmes des Français.
Cela lui éviterait d’annoncer des mesures de façon spectaculaire et dans la précipitation (même ses ministres ne sont pas au courant !), et de lancer à la cantonade chaque jour une idée nouvelle qui, au mieux, apparaît loufoque, et au pire démagogique pour ne pas dire comme Simone Veil abominable et insoutenable, à propos de la décision d’ériger chaque écolier de 10 ans en gardien de la mémoire des enfants juifs victimes de la Shoa.
C’est à ce prix que Nicolas Sarkozy peut espérer reconquérir la confiance des Français, qui ne comprennent plus rien à cette frénésie bouillonnante qui sert de gouvernance. C’est peut-être aussi le seul moyen pour lui de n’être pas le 14è sur la liste de ceux qui n’ont pas achevé leur mandat, et ce même s’il est protégé par la Constitution.
Michel Escatafal
06:35 Publié dans histoire politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://michelescatafal.hautetfort.com/trackback/1467537
Commentaires
" pour réfléchir tranquillement et sérieusement "
ça, il en est bien incapable !!!
Ecrit par : totolezheros | 16.02.2008
Ecrire un commentaire