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12.02.2008
Le salarié français travaille, mais ne cache pas ses inquiétudes
Aujourd’hui nous n’allons pas trop parler de Nicolas Sarkozy sauf pour noter qu’hier en Guyane, après avoir promis la lune aux Français, il les a invité à aller voir ce qui se passe sur Mars. C’est sa manière à lui d’élever les débats après avoir longuement côtoyé les sous-sols de la politique. Allez, cessons de persifler sur un homme qui se dit blessé (le pauvre !), et malmené comme personne ne l’a été avant lui, notamment par la presse. Cependant, nous lui ferons remarquer que s’il y a un homme politique qui s’est beaucoup servi des médias c’est bien lui, et qu’il a jusque là largement bénéficié de leur complaisance, y compris et surtout pour se faire élire président de la République.
De plus, en leurs temps le général de Gaulle et, après lui, Valéry Giscard d’Estaing ont eux aussi subi les attaques ou les sarcasmes de la presse, ce qui ne les a pas empêchés de rentrer dans l’histoire à un rang enviable. Le général de Gaulle pour sa dimension historique et pour avoir donné à notre pays les institutions que nous connaissons, et Valéry Giscard d’Estaing pour avoir avec Raymond Barre, son Premier ministre, fait de la France un modèle en Europe sur les plans économique et budgétaire à une période très difficile (1976-1980). Cela dit, Nicolas Sarkozy est déjà rentré dans l’histoire, mais pour des motifs qui font davantage penser au règne de Louis XV (« Après moi le déluge ») qu’à celui d’Henri IV.
Nous allons arrêter là sur le sujet Sarkozy, inépuisable au demeurant ne serait-ce qu’avec ce qui se passe à Neuilly, pour parler d’une Europe dont on ne parle presque jamais, celle du travail. En effet, Monster qui est le leader mondial des offres d’emploi en ligne a fait une enquête en Europe sur le nombre des arrêts de maladie posés par les salariés, et sur la satisfaction qu’ils éprouvent dans leur travail. Cette enquête qui porte sur 27000 salariés européens, dont 4000 français, permet de balayer certaines idées toutes faites, comme il y en a tant en France et dans l’Union Européenne.
Essayons donc d’examiner de près les résultats, tout d’abord en ce qui concerne les arrêts maladie. Selon l’imagerie européenne, le Français passe volontiers pour quelqu’un qui, bénéficiant d’un droit du travail plus protecteur qu’ailleurs, s’exonère facilement d’aller au travail pour peu qu’il ait un ennui particulier, ou tout simplement parce qu’il a envie de temps en temps de prendre du bon temps. Et dans ce cas, quoi de mieux que d’inventer un état de fatigue ou une migraine pour ne pas aller travailler. Et bien, ce comportement est une légende d’après l’enquête de Monster.
En France, en effet, à peine un salarié sur quatre (25%) déclare avoir posé un arrêt maladie au cours de l’année et seulement 10% ont pris entre 1 et 2 jours. Ces chiffres se situent tout à fait dans la moyenne européenne, voire même un peu en dessous. Ils sont en tout cas nettement inférieurs à ceux des Belges et des Irlandais qui admettent avoir posé, à hauteur respectivement de 47% et 46%, un ou plusieurs jours d’arrêt maladie.
A noter que la Belgique et l’Irlande sont les deux pays dans l’Union Européenne où le nombre de jours de congés est le plus faible avec 20 jours par an, plus les jours fériés. Les Anglais pour leur part ne comptent plus les arrêts maladie, c’est même une plaie dans certains secteurs, mais ils ont une durée de travail journalière et hebdomadaire plus longue qu’ailleurs. A contrario, en République Tchèque où le nombre de jours de congés peut aller jusqu’à 40 jours, seulement 9% des salariés avouent avoir posé des jours d’arrêt maladie.
Au vu de ces chiffres, on serait tenté de dire que plus il y a de jours de congés octroyés aux salariés dans l’année, moins il y a d’arrêts maladie. Et bien ce n’est pas exact parce qu’au Danemark, pays dont Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy ou Xavier Bertrand nous vantaient ou nous vantent sans cesse les mérites, 13% des salariés déclarent poser plus de quatre jours d’arrêt maladie abusif (9% pour la moyenne européenne). Et pourtant les Danois bénéficient d’un des dispositifs les plus favorables avec 30 jours de congés par an.
En ce qui concerne la satisfaction au travail, les Français se situent plutôt dans le bas de l’échelle par rapport à la moyenne européenne. Les habitants de notre pays sont parmi les moins satisfaits de leur travail puisque 67% d’entre eux envisagent de « se recycler », moins que les Espagnols (82%) ou les Finlandais (70%), mais plus que l’ensemble des Européens qui ne sont que 59% à envisager de changer de carrière. Faut-il y voir le contexte politique actuel de notre pays où l’impuissance de nos gouvernants à résoudre les problèmes apparaît criante ? Peut-être. En tout cas, ils ne sont que 7% à se dire satisfaits de leur carrière actuelle, contre 14% en Hongrie, 13% en Allemagne, 12% au Danemark et 11% en Suède.
Enfin, il y a un pourcentage qui interpelle tout particulièrement. Les Français nous l’avons vu expriment une insatisfaction à propos de leur carrière, mais 7% seulement avouent qu’ils ne peuvent pas se permettre de voir diminuer leurs revenus, contre 24% pour les Irlandais, 20% pour les Suisses et les Britanniques et 13% pour la moyenne européenne. C’est peut-être une interprétation personnelle, mais si nos compatriotes sont si peu nombreux à souligner la peur de voir leurs revenus diminuer en cas de changement de carrière, au contraire de leurs collègues européens, c’est parce qu’ils sentent dans leur for intérieur qu’ils n’ont plus rien à perdre. Ah le problème du pouvoir d’achat !
J’espère que Nicolas Sarkozy, son Premier ministre dont nul ne sait trop ce qu’il fait, ou son ministre du Travail qui ne pense qu’à s’installer à Matignon ou à Bercy, étudieront de près cette enquête et certains de ses résultats. Celle-ci montre à l’évidence à la fois l’inquiétude des Français qui, pourtant, travaillent souvent plus que les autres et sont généralement plus productifs, mais aussi une forme de fatalité, de lassitude sur leur devenir. Ils ont été abreuvés de promesses auxquelles de bonne foi ils ont cru, mais à présent est venu le temps des désillusions. Ils n’ont plus confiance, et c’est en cela que Nicolas Sarkozy et son gouvernement sont tellement coupables, parce que sans la confiance en l’avenir, un pays ne peut pas durablement se redresser.
Michel Escatafal
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