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06.02.2008
Une certaine idée de l’Europe
Il ne suffit pas de dire « l’Europe, l’Europe, l’Europe en sautant de sa chaise comme un cabri » disait le général de Gaulle. Oui, l’Europe pose toujours autant problème une cinquantaine d’années après cette saillie, au cours d’une conférence de presse restée célèbre. Pourquoi ? Pour de multiples raisons qui tiennent surtout au manque de volonté de nos gouvernants, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur lorgnette nationale. Pour moi, il n’y a que le couple Giscard-Barre qui ait réellement fait preuve d’un européanisme convaincu au cours des vingt ou trente dernières années. Certains après me citeront tel ou tel dirigeant de divers partis politiques, mais ils ne dirigeaient pas les affaires du pays.
Alors comment s’étonner si les Français ont voté NON au référendum sur la Constitution européenne en mai 2005, et si le débat reste vif aujourd’hui à propos de la ratification du traité de Lisbonne, qui ressemble comme un frère à celui qui a été rejeté il y a trois ans. J’en profite pour redire, encore une fois, que jamais Jacques Chirac n’aurait dû proposer ce texte à l’approbation du peuple, parce que ce dernier ne pouvait pas se prononcer pour ou contre un texte de cette ampleur. Un référendum c’est fait pour répondre OUI ou NON à une question simple du type : « approuvez-vous l’élection du président de la République au suffrage universel » ? Cela dit, si comme Jacques Chirac l’a fait, on demande au peuple de se prononcer sur un texte très compliqué pour mettre en difficulté ses adversaires politiques, en l’occurrence les socialistes, c’est presque une forfaiture.
Certes je sais bien que le mot est fort, mais il est indigne d’un chef de l’Etat de jouer l’avenir de l’Europe à la roulette russe, surtout quand on sait bien que certains vont ramener sur le plan politique une consultation qui ne passionne pas les Français. Cette consultation de mai 2005 les passionnait d’autant moins que la France commençait à rencontrer des difficultés de tous ordres, qui ne pouvaient déboucher que sur un vote sanction à l’égard du pouvoir. D’ailleurs voir sur la même estrade ou presque (c’est une image) des gens comme Le Pen, de Villiers, Fabius, M.G. Buffet, Arlette Laguiller ou Besancenot, défendre la cause du NON avait quelque chose de surréaliste. Pauvre Monsieur Chirac, qu’aura-t-il réussi de bien pour son pays en 40 ans de pouvoir à l’exception de son combat pour la guerre en Irak ? Très peu de choses en vérité.
Cela étant, est-ce-que Nicolas Sarkozy doit se contenter de dire à propos de la ratification par le Parlement du nouveau traité, qu’il l’avait annoncé pendant sa campagne électorale présidentielle ? Sûrement pas, parce que d’une part on n’évacue pas de cette manière une question aussi importante que l’avenir de l’Union Européenne qui nous concerne au premier chef, et d’autre part parce qu’il a fait tant et tant de promesses pendant sa campagne que tout ce qu’il a pu dire ne prend qu’une valeur très relative. Alors qu’on ne vienne pas dire, comme certains journaux le font allègrement, que Nicolas Sarkozy avait joué « cartes sur tables durant sa campagne ».
Toutefois, et je le répète, nous ne pouvons qu’approuver ce choix au nom de la raison, même s’il eut été préférable qu’on consultât le peuple une nouvelle fois. Le problème, c’est que si l’on avait refait un référendum, il est fort possible pour ne pas dire vraisemblable, que le NON l’eût emporté de nouveau, vu l’impopularité sans précédent du chef de l’Etat après quelques mois de pouvoir. Pour une fois, Nicolas Sarkozy a fait preuve de réalisme, même si c’est par la force des choses. J’ajoute que s’il avait été certain de la victoire du OUI, il n’aurait pas hésité une seconde pour une ratification par le peuple.
Il y a aussi une autre question que l’on puisse se poser : en quoi le référendum est-il plus démocratique que le Parlement, et notamment, sur une question comme celle-là ? Après tout, si nous avons élu un parlement, c’est pour lui donner délégation de nous représenter pour légiférer, mais aussi trancher sur des questions complexes, pour lesquelles les éléments de réflexion que nous avons sont souvent insuffisants. Et les multiples articles qui composaient le traité constitutionnel n’étaient quand même pas aussi simples que le prétendait Marie- Georges Buffet, dont on pouvait remarquer au passage qu’elle récitait toujours les mêmes litanies pour inciter au vote NON.
Cependant, et là nous revenons à notre propos initial, si les Français et les autres peuples européens sont si éloignés dans leurs préoccupations de l’Europe, c’est surtout parce que les dirigeants des pays européens ont une vision purement nationale de l’Europe. A qui fera-t-on croire que Nicolas Sarkozy est un européen convaincu, alors qu’il s’affranchit si allègrement des contraintes européennes, par exemple en matière de finances publiques, au même titre d’ailleurs que l’a fait Silvio Berlusconi qui s’apprête à reprendre le pouvoir en Italie ? Comment aussi donner aux peuples une vision européenne, quand leurs dirigeants s’abritent derrière l’Europe pour prendre des mesures impopulaires et, au contraire, s’attribuent exclusivement les réussites dues à l’Europe ?
Pour quoi les élus de tous bords, à l’exception de quelques uns comme François Bayrou, ne soulignent jamais les effets extrêmement positifs de l’euro et de ses contraintes au bénéfice des pays de la Zone ? Pourquoi, pourquoi… Oui nos gouvernants sont totalement irresponsables d’agir de cette manière, alors qu’ils savent pertinemment que la France ne peut rester dans le concert des grandes nations que dans une Europe de plus en plus intégrée. Qui de nos jours oserait dire que l’euro n’est pas une formidable réussite ? Qui oserait affirmer qu’il n’a pas bénéficié des multiples avantages de la monnaie unique dans sa vie, en termes de taux, de change etc. ?
En disant cela, il est évident que les critiques de Nicolas Sarkozy et de celles des démagogues d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, sans oublier celles des politiciens au rancart, apparaissent de plus en plus dérisoires. Néanmoins, cela ne nous exonère pas de répéter inlassablement que l’avenir de la France se situe dans l’Europe, mais dans une Europe qui a une âme et un idéal, mais pas un idéal purement mercantile à la Berlusconi. Comme le dit si justement François Bayrou, « les Européens attendent un projet de société qui fonde un espace organisé, un pôle de stabilité et d’équilibre, non un marché ouvert à tous vents ».
Michel Escatafal
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