« Une page se tourne, ouf ! | Page d'accueil | Beaucoup se joue à l'école, mais elle ne peut pas se substituer aux parents. »

31.01.2008

Une intrusion du politique plutôt choquante !

Au moment où le président de la République dégringole à une vitesse supersonique dans les sondages, au point que de nombreux maires de la majorité présidentielle ne veulent plus faire référence à l’appellation UMP, le pouvoir s’immisce de plus en plus dans le dossier de la Société Générale. Et le moins que l’on puisse dire est que cette intrusion ne fait pas l’unanimité, un leader syndical la trouvant « peu saine », alors que Jean Peyrelevade (personnalité éminente du monde de la banque) la trouve « choquante ». Donc, en se lançant à l’abordage dans cette affaire ô combien nébuleuse, le pouvoir va trouver le moyen d’en faire une affaire d’Etat qui, à coup sûr, ne redorera pas son blason.

Du coup, l’opposition y voit juste avant les élections municipales, une occasion inespérée de mettre un peu plus Nicolas Sarkozy et sa majorité en difficulté. Décidément, ce dernier accumule les revers ces derniers temps comme cela était prévisible. A ce propos, rappelons-nous ce que François Bayrou ne cesse de dire depuis des mois : «Qu’est ce que c’est qu’un pays où le président de la République peut décider de tout ? … C’est une faiblesse française. Nous sommes un pays qui meurt parce qu’il laisse croire que l’État peut s’occuper de tout. … L’État est devenu omnipotent et impuissant ». Ce n’est pas nous qui démentirons le leader du Mouvement démocrate, et en plus  les faits lui donnent raison.

Revenons donc au dossier de la Société Générale et à l’intrusion de l’Etat à travers les propos tenus par les responsables de la majorité, à commencer par le président de la République lui-même qui souhaite que le PDG de la banque Daniel Bouton « assume ses responsabilités ». Qu’est-ce-que cela veut dire ? Dit clairement, Monsieur Bouton doit démissionner d’autant que bénéficiant d’une forte rémunération (cela doit faire rêver Nicolas Sarkozy) il ne peut pas s’exonérer de ses responsabilités. Voilà de fortes paroles serties de bon sens, donnant à penser au bon peuple que l’on s’occupe de ses affaires, la Société Générale étant une banque à forte clientèle particulière.

Bien entendu les membres du gouvernement ne sont pas en reste, à commencer par le Premier ministre qui ne cesse d’affirmer que les clients n’encourent aucun risque pour leurs économies, ce qui est un lieu commun, et qui a assuré que l’Etat « ne laissera pas la Société Générale être l’objet de raids hostiles » ce qui ne mange pas de pain. Ensuite, la ministre des Finances et la Garde des Sceaux, suivant en cela la voix de leur maître, ont estimé que le PDG avait sa part de responsabilité dans cette « méga perte », ce qui est une évidence, même si Christine Lagarde ne pensait pas tout à fait la même chose quelques jours plus tôt.

A propos de Christine Lagarde, il est quand même étonnant de voir à quel point cette ministre peut-être déstabilisée dans ses fonctions par le président de la République, ce qui montre encore une fois les limites du pouvoir personnel exercée par Nicolas Sarkozy. On ne compte plus les bourdes attribuées à la ministre des Finances, mais comment exercer des fonctions à ce niveau en ayant toujours quelqu’un au dessus qui agit à sa guise et sans concertation. Certes, il n’est pas dans mon intention de défendre Christine Lagarde qui, au demeurant, n’a jamais fait la preuve de grands talents comme ministre du Commerce extérieur, mais qui vaut sans doute mieux que ses pitoyables prestations depuis qu’elle est à Bercy.

Dans  l’opposition, les avis ne sont pas non plus unanimes sur l’attitude à avoir vis-à-vis de Monsieur Bouton. Certains réclament sa démission comme Monsieur Moscovici, mais d’autres comme Elisabeth Guigou ou François Hollande préfèrent attendre un peu pour ne pas déstabiliser un peu plus la banque, à l’instar de ce que pensent plusieurs syndicats. Cela étant, pour le moment le PDG a sauvé son poste, même s’il est désormais surveillé de près. Il faut quand même mener à bien l’augmentation de capital en cours et à ce niveau, cela ne s’improvise pas. Cela le gouvernement devrait le savoir tout comme Monsieur Moscovici. Mais que ne ferait-on pas pour faire parler de soi en cette période électorale !

Plus curieux encore, pour de nombreux observateurs surtout à l’étranger, le pouvoir s’est aussi invité dans le traitement judiciaire de cette affaire. Le procureur de Paris souhaitait, en relation avec la Garde des Sceaux, le placement en détention provisoire du trader Kerviel, mais les magistrats instructeurs, dont l’un est le juge Van Ruymbeke bien connu dans les allées du pouvoir, ont refusé. Tout cela reconnaissons-le fait quand même désordre alors que, tout en suivant  l’affaire de près, il eut sans doute été plus sage d’avancer prudemment dans la recherche des responsabilités, et d’attendre les conclusions des organismes de contrôle qui, eux-mêmes, n’échappent  pas aux critiques.

En tout cas, ce scandale provoqué par la perte de 5 milliards d’euros subie  par la Société Générale, qui va sans doute priver les employés de cette banque des bénéfices de la participation et de l’intéressement ce dont personne ne parle, ne va pas contribuer à redonner aux Français le moral qui leur fait défaut. Ils vont se poser encore plus de questions sur leur avenir, eux à qui Nicolas Sarkozy a tant promis et qui ne voient rien venir de toutes ces mirifiques promesses. Ils vont donc continuer à ne plus faire confiance à leurs gouvernants, voire à ceux qui dirigent leur entreprise, faisant l’amalgame  entre les deux.

 Dans ces conditions,  il ne sera pas étonnant si les Français recommencent à épargner (pour ceux qui peuvent), et donc à diminuer leur consommation ce qui se répercutera in fine sur les comptes publics. A ce moment-là, Nicolas Sarkozy et sa majorité seront bien obligés de dire la vérité aux Français, et de leur offrir comme perspective un solide plan de rigueur si nous ne voulons pas voir notre pays s’enfoncer un peu plus dans les déficits . Ah, les moqueries de François Fillon vis-à-vis de François Bayrou qui faisait de la réduction de la dette l’objectif majeur du quinquennat 2007-2012 ! Le malheur est que ce sont les Français, et plus particulièrement  les plus modestes d’entre eux, qui vont payer cette gabegie organisée par le pouvoir en place.

Michel Escatafal

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://michelescatafal.hautetfort.com/trackback/1438714

Ecrire un commentaire