« Populisme et démagogie sont, hélas, les deux mamelles des élections. | Page d'accueil | Une intrusion du politique plutôt choquante ! »

29.01.2008

Une page se tourne, ouf !

Le président George W. Bush entouré par deux des principaux artisans de la guerre en Irak, le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld et le vice-président Dick Cheney
Le trio qui voulait la guerre en Irak

Il y a des dirigeants qui, lorsqu’ils quittent le pouvoir, laissent un souvenir  ému à leurs concitoyens et plus le temps passe, plus ils deviennent un mythe pour l’histoire. Qui de nos jours en France oserait apporter la moindre critique à l’action passée du général de Gaulle, de Pierre Mendès-France, voire même plus près de nous de Raymond Barre. Ce que l’on retient de ces dirigeants, outre les résultats de leur action, c’est d’abord leur sens de l’honneur. C’est aussi une éthique morale et intellectuelle, basée sur le souci de servir leur pays. C’est enfin le refus de toute compromission et démagogie dès lors qu’il y allait de l’intérêt supérieur  de la France.

Evidemment les femmes ou les hommes de cette trempe ne courent pas les pages d’histoire, en France et ailleurs. Par exemple aux Etats-Unis, il y a un président qui ne laissera un souvenir impérissable à ses concitoyens que pour ses bourdes, ses gaffes, ses mensonges, ses mauvaises décisions, bref toute la panoplie du parfait « looser », comme on dit chez lui. Rarement en effet, un président des Etats-Unis aura accumulé autant de revers pendant ses deux mandats que ne l’a fait Georges Bush. Et pourtant, il a été réélu en 2004 ce qui paraît invraisemblable de prime abord, mais finalement assez naturel dans le droit fil de ce que je disais hier ici même. La médiocrité paie dans les urnes, nous en avons ici une nouvelle preuve. Espérons que notre pays infirme ce diagnostic en 2012.

Revenons donc à Georges Bush et à son discours sur l’état de l’Union. Les chaînes américaines ont surtout retenu trois points qui sont effectivement au coeur des problèmes que rencontrent les Etats-Unis de nos jours. Tout d’abord l’Irak, où la guerre a commencé  il y a bientôt cinq ans. Manifestement le président américain n’avait pas lu la lettre qu’écrivait Richelieu à Louis XIII, au moment où la France s’impliquait directement dans la Guerre de Trente ans en 1635 contre la Maison d’Autriche : « En matière de guerres, on sçait comment et quand elles commencent, mais nul ne peut prévoir le temps et la qualité de leur fin ».

Presque  quatre siècles plus tard  c’est bien le cas en Irak, ce qui n’a pas empêché  Georges Bush de continuer à mentir aux Américains en affirmant que la situation s’améliorait, qu’elle était presque sous contrôle pour employer un langage militaire, oubliant de préciser que le nombre de soldats tués au combat avait été largement supérieur en janvier à celui de décembre. Il a aussi affirmé que si les soldats américains s’en allaient c’était  le chaos assuré, mais c’est déjà le chaos dans ce malheureux pays depuis le printemps 2003.

Ensuite sur l’Iran, Georges Bush a renouvelé ses menaces  comme il le fait régulièrement depuis quelque temps. Outre que les Iraniens n’ont pas l’air trop impressionnés, Georges Bush oublie sans doute que pour le monde entier il est déjà considéré comme un « has been », pour reprendre ce que dit la presse américaine. Les Américains en ont tellement assez de lui qu’ils considèrent qu’il est déjà parti. Alors, on imagine à l’étranger…

Il a aussi parlé de l’économie américaine reconnaissant qu’elle traversait « une période d’incertitude », ce qui est le moins qu’on puisse en dire. Il n’a pas reconnu de vraie responsabilité à titre personnel, et pourtant il y aurait beaucoup à dire sur la politique économique menée dans son pays depuis l’arrivée aux affaires de son administration. L’Amérique a certes connu pendant quelques années une période de croissance économique forte, mais à quel prix. Les baisses d’impôts massives diligentées par l’administration américaine en 2001 ou 2002 ont profité d’abord aux plus riches, mais elles n’ont pas enrichi les plus pauvres qui le sont encore davantage.

 A ce propos, on mesure aujourd’hui à quel point la politique de baisse des taux de la FED, encouragée par l’administration Bush,  a sa part de responsabilité dans la déconfiture des grands établissements de crédit américains et,  par ricochet, des banques européennes. Les taux étant restés longtemps historiquement bas, ont largement alimenté la frénésie d’achats  immobiliers qui a sévi aux Etats-Unis entre 2002 et 2005. Ils ont donc été les moteurs, en quelque sorte, de la crise des crédits hypothécaires  qui a envahi le paysage de la finance internationale l’été dernier. Cela personne ou presque ne le dit, mais la réalité est là et bien là.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille définitivement renoncer à des baisses sur les taux directeurs des banques centrales.  Mais il est permis de douter de l’efficacité réelle de baisses comme celle de la Réserve Fédérale la semaine dernière, comme l’ont souligné de nombreux observateurs. En tout cas, si récession il doit y avoir aux Etats-Unis, elle aura lieu que les taux baissent ou pas.  D’ailleurs, même si le contexte est très différent, le Japon qui a longtemps eu des taux directeurs quasiment à  zéro a mis très longtemps avant de renouer avec la croissance.

En résumé et pour revenir à notre propos initial, on a l’impression que cette année 2008 sera très différente des précédentes, comme si à travers la désignation d’un nouveau président aux Etats-Unis, on entrait dans une ère nouvelle. Pourquoi pas après tout ? Cela étant même si Barak Obama est élu président des Etats-Unis, il ne faut pas croire pour autant que le monde va vraiment changer, contrairement à ce que certains s’imaginent. Cependant, sur le plan des symboles, il est certain que voir élu un président noir à peine 40 ans après la mort de Martin Luther King serait quand même un sacré pied de nez à l’histoire.

Michel Escatafal

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