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28.01.2008
Populisme et démagogie sont, hélas, les deux mamelles des élections.
Dans un précédent billet ici-même, je disais que les électeurs sont très difficiles à satisfaire, ce qui ne les empêchait pas d’être très réticents à accepter le changement. C’est d’ailleurs ce qui explique les difficultés que rencontrent les partis politiques qui essaient de troubler le duo PS-UMP en France ou CDU-SPD en Allemagne, pour ne citer que ces deux exemples. En fait il n’y a guère que les trublions extrémistes qui arrivent à s’immiscer dans ce jeu politique à deux, mais à des niveaux généralement marginaux.
Je dis bien généralement, car en France le Front National a été présent au second tour de l’élection présidentielle en 2002. Nous pourrions dire la même chose en Autriche où la droite parlementaire a été obligé de s’allier en 2000 au FPO de Jorg Haider pour pouvoir gouverner. En Italie enfin, le parti néo-fasciste d’Humberto Bossi était suffisamment influent pour s’imposer dans le gouvernement de Silvio Berlusconi. Malgré tout, le poids global de ces mouvements nationalistes et d’extrême-droite, reste limité à un niveau plutôt inférieur à 10%.
Cela me permet de souligner une nouvelle fois le remarquable exploit de François Bayrou à l’élection présidentielle française de 2007, où sans jamais céder au populisme et à la démagogie, il a obtenu 18,6% des voix au premier tour. Cela étant, ses adversaires UMP et PS qui au contraire avaient multiplié les promesses et les annonces ont quand même obtenu respectivement 31 et 26%. Le leader du Mouvement Démocrate avait fait une percée, mais le peuple français n’était pas encore prêt pour résister aux effets d’annonce de deux candidats prêts à tout pour obtenir leurs suffrages, avec l’aide non dissimulée de la presque totalité des médias.
Alors, dans ces conditions comment s’étonner que les déceptions s’accumulent, et que le peuple se sente bafoué quand le temps des désillusions est venu, ce qui généralement ne tarde pas. Mais dans ce cas comme par réflexe, la réaction est de revoter pour les candidats qui occupaient précédemment le pouvoir. Pas question pour eux d’élargir l’échiquier politique et d’essayer une autre solution, avec des hommes différents et des propositions qui ne le sont pas moins. "On prend les mêmes et on recommence! On est déçu mais on le sera toujours, alors autant rester dans le système que l’on connaît depuis si longtemps". Tels sont les slogans de nombreux électeurs.
Espérons quand même que d’ici 2012, cette idée de changement s’impose aux Français car entre le pouvoir personnel exercé par Nicolas Sarkozy, et les 21 régions dirigées par la gauche socialiste, il y a quand même beaucoup de motifs à vouloir le changement. Quels sont les principaux dirigeants de la majorité en dehors de Nicolas Sarkozy? Inutile de les citer, tellement ils ont occupé les postes ministériels depuis vingt ou trente ans. N’est-ce pas risible de voir Nicolas Sarkozy, mais aussi François Fillon ou Xavier Bertrand pour ne citer qu’eux, critiquer ce qui s’est fait auparavant alors qu’ils étaient à des postes ministériels importants. Idem pour les dirigeants socialistes qui sont simplement aujourd’hui un peu plus voûtés qu’il y a vingt ans.
Pour autant, c’est pareil à l’étranger. Regardons ce qui se passe en Italie ces jours-ci, avec la nouvelle démission de Romano Prodi : on va inéluctablement vers de nouvelles élections générales, moins de deux ans après le début de la législature. Et dans ce cas qui est le grand favori des élections ? Le parti de Silvio Berlusconi dont, pourtant le bilan a été particulièrement calamiteux sur tous les plans. Pour prendre un simple exemple indiscutable, le gouvernement de Silvio Berlusconi a laissé l’Italie en 2005 avec un solde des finances publiques de - 4,2% et une dette publique de 106,2% du PIB, soient les plus mauvaises performances de la Zone Euro, à l’exception du Portugal pour le déficit public.
Normalement, un tel bilan, économique, mais aussi politique, culturel etc. aurait dû être suffisant pour le bouter définitivement hors du pouvoir. Comment faire confiance à un homme que même Jacques Chirac appelait « un marchand de soupe », c’est dire ! Comment accepter de confier de nouveau le pouvoir à un homme qui a échoué sur tous les plans, sauf à mettre la main sur la presque totalité des médias de la péninsule. Comment enfin, pouvoir faire confiance une nouvelle fois à quelqu’un dont le seul programme est la reconquête du pouvoir, et dont la conception de la démocratie est tellement simpliste qu’il a traité de « couillons » ceux qui voulaient voter pour le parti d’en face.
Et bien, et je souhaite de tout cœur me tromper, j’ai bien peur qu’en cas d’élections anticipées qui paraissent aujourd’hui inéluctables, Monsieur Berlusconi sorte vainqueur de ces élections au détriment de Romano Prodi. Bref, on préfèrera « un marchand de soupe » malin, beau parleur et populiste à un homme intègre qui a d’abord le souci de l’Etat, et qui n’a pas eu peur de s’attaquer dès le début de son mandat au redressement des finances publiques de son pays. Cela évidemment nous rappelle quelque chose en France, avec le résultat que l’on connaît.
Cependant, et nous terminerons là-dessus, l’exemple de Romani Prodi montre les limites d’une coalition de petits partis. Après avoir gagné les élections avec seulement 24000 voix d’avance, il était inéluctable qu’avec seulement quatre voix de majorité au Sénat, le gouvernement Prodi soit très vite confronté à des difficultés, d’autant qu’en Italie comme en France, la fidélité aux accords conclus et aux idées est une notion assez marginale pour nombre d’élus. Cela dit, il reste quand même à souhaiter que la morale finisse par l’emporter, et que les électeurs italiens fassent preuve de sagesse et donnent une vraie majorité à Romano Prodi, ce qui en plus serait une bonne nouvelle pour l’Union Européenne. On n’ose imaginer ce que pourrait donner une alliance objective entre Messieurs Sarkozy et Berlusconi sur les questions européennes.
Michel Escatafal
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