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25.01.2008

En marge du Forum économique de Davos

 

Le Forum de Davos au chevet d'une économie mondiale titubante

Aujourd’hui nous n’allons pas parler des sujets qui font les gros titres de la presse française, à savoir la victoire de Tsonga en Australie (ce n’est que du tennis), ni même les 5 milliards d’euros perdus par la Société Générale par la faute d’un négociateur de valeurs  (trop gros pour paraître vrai), ni encore moins de l’autosatisfaction perpétuelle de François Fillon sur le devenir de la France chaque fois qu’il se trouve à l’étranger, comme il l'a fait hier au Forum économique de Davos ( pour garder sa place). Nous allons plutôt évoquer les interrogations suscitées par les fonds d’Etat des pays émergents qui injectent des milliards de dollars, et prennent des participations dans de nombreux établissements financiers américains ou européens.

Certes ce sujet , bien présent à Davos, est loin de passionner les foules ce qui au demeurant est compréhensible, mais pour ceux qui s’intéressent de près à la vie économique, cet activisme de ce que l’on appelle les « fonds souverains » fait couler beaucoup d’encre,  avec à la clé cette question : les pays émergents sont-ils devenus les banquiers des pays riches ? La question pourrait même être précisée de cette manière : les pays riches le sont-ils toujours autant, d’autant que certains croulent sous des dettes colossales ? Sur ce dernier point nous répondrons  que les pays, dits riches, le sont toujours mais qu’ils ont parfois besoin des pays émergents pour financer leur développement et maintenir leur avance technologique.

Pour certains ce constat est assez choquant, car cela voudrait dire que l’on applique aux pays développés la devise : « on ne prête qu’aux riches ». Dit autrement, cela signifie que les pays émergents préfèrent investir dans les pays riches plutôt qu’améliorer leurs infrastructures, ces dernières étant généralement loin d’être en adéquation avec leurs capacité financières. Ces critiques curieusement ne viennent pas seulement des altermondialistes, mais aussi des dirigeants des pays qui profitent de cette manne financière qui a permis d’éviter, sans doute, une crise de liquidités encore plus grave que celle que nous connaissons.

 Alors pourquoi ces critiques vis-à-vis de ceux que certains économistes appellent « le Père Noël », notamment pour le secteur bancaire durement secoué par la crise des crédits hypothécaires américains ?  Tout d’abord parce qu’ils ne s’investissent pas que dans le système bancaire. Les fonds d’Etat prennent aussi des participations, parfois importantes (10 voire 15% du capital), dans des entreprises considérées comme sensibles et stratégiques. Et cela les dirigeants des pays occidentaux ne veulent  pas l’accepter pour plusieurs raisons, et en premier lieu une certaine opacité quant au choix des investissements. Pourquoi investir dans tel secteur plutôt que dans tel autre ?

 Mais il y a une autre raison à cette méfiance qui découle de la première : la crainte d’une prise de pouvoir notamment dans les secteurs de l’énergie, de la communication ou l’armement. La chancelière allemande Angela Merkel, mais aussi Nicolas Sarkozy, sont adeptes d’une proposition de loi interdisant la participation de ces fonds d’Etat étrangers dans les entreprises stratégiques. D’autres, proposent de limiter leur participation dans les entreprises occidentales. Tous enfin, réclament l’établissement de code de conduite, aux standards occidentaux bien évidemment, afin de réguler les activités de ces investisseurs.

Toutes ces démarches n’impressionnent guère les dirigeants de ces fonds d’Etat qui affirment la main sur le cœur, «que leurs activités sont bien connues depuis plus de vingt ans »et que jusque là il n’y a jamais eu de problèmes. Et c’est vrai que jusque là les pays Arabes, par exemple, qui ont investi massivement dans  les économies américaines ou européennes l’ont fait dans le seul but de diversifier leurs placements. Certains observateurs économiques font remarquer aussi, qu’il y a une part d’hypocrisie dans ces règles que l’on essaie d’imposer, car cela va à l’encontre de la libération des flux de capitaux. En outre, si on oppose des limitations aux investissements des fonds d’Etat des pays émergents, ceux-ci en contrepartie pourraient faire de même vis-à-vis des investisseurs occidentaux.

Enfin, pour ceux qui ont peur d’être submergés par cet afflux de capitaux en provenance des pays asiatiques ou arabes, il faut quand même raison garder. Les fonds souverains pour aussi importants qu’ils soient, restent marginaux par rapport aux sommes que peuvent investir les énormes fonds de pensions anglo-saxons ou les grosses compagnies d’assurance. En 2006, ces derniers ont dépensé 140 milliards de dollars pour acheter des entreprises américaines soit cinq fois plus que l’Arabie Saoudite, Singapour et la Chine réunis. Cela étant, et c’est pour cela que les Etats-Unis restent extrêmement vigilants, la fortune de ces fonds va augmenter considérablement dans les années à venir. Elle pourrait en 2015 atteindre  12 000 milliards de dollars (90% du PNB américain en 2006) et le double en 2020 ce qui est quand même considérable.

En résumé, si la puissance financière des pays émergents est en forte croissance avec la manne énergétique ou industrielle, elle n’en reste pas moins limitée par rapport à celle des grands pays industrialisés. De plus les pays émergents,  notamment la Chine, sont loin d’utiliser la totalité de leurs ressources dans l’investissement aux entreprises, à travers leurs fonds souverains, car ils achètent massivement des bons du trésor américains, finançant ainsi le déficit colossal des Etats-Unis et permettant à ces derniers de vivre largement au dessus de leurs moyens.

Combien de temps cela durera-t-ils ? A priori assez longtemps car les pays émergents, la Chine en premier lieu, ne peuvent pas se passer des exportations à destination des Etats-Unis sous peine de voir leur croissance économique se contracter fortement. Alors les Chinois continueront à accumuler des excédents, continueront à investir en Afrique pour s’approprier les matières premières du continent, continueront à diversifier leurs placements à l’étranger. Quant aux Occidentaux, crise ou pas, ils poursuivront leur politique d’investissement dans les pays émergents, en essayant de racheter à bas prix des entreprises et de l’immobilier qui leur rapporteront à terme, du moins l’espèrent-ils, de belles plus-values. Ainsi va l’économie mondiale !

Michel Escatafal

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