« Servir la République et non s'en servir | Page d'accueil | En marge du Forum économique de Davos »

24.01.2008

Retour à l'Ancien Régime

Jacques Attali
Jacques attali, ancien sherpa de François Mitterrand

 

Décidément Nicolas Sarkozy se croit revenu à ce que l’on appelle l’Ancien Régime.  Il gouverne le pays plus que jamais de manière autocratique, ce qui est quand même un comble dans une démocratie parlementaire, et il puise son inspiration dans les travaux de conseillers dont certains se prennent pour Turgot. Nous en avons eu la preuve hier, quand Monsieur Attali a remis au président de la République son rapport  « sur la libération de la croissance », véritable catalogue d’idées libérales censé permettre à la France de gagner un point de croissance supplémentaire (comme si c’était aussi simple), et sur lequel Nicolas Sarkozy s’est montré d’accord sur l’essentiel  au point de vouloir le mettre en œuvre très rapidement.

Bien entendu, le Parlement n’a absolument pas eu son mot à dire sur ces propositions, ce qui signifie que le moment venu  il devra entériner  des décisions qui auront été prises par le seul président de la République, et dont l’initiative appartient non pas au Parlement, mais à un conseiller spécial. Quelle humiliation pour les députés UMP, dont certains comme Monsieur Lellouche avouent sans ambages leur mal être.  Cependant, nous n’avons pas entendu Monsieur Lellouche dire qu’il  refuserait de voter des dispositifs pris sans aucune concertation avec les représentants du peuple. Il est courageux ce Monsieur Lellouche, mais pas téméraire !

Chose curieuse aussi, la presse ne s’émeut guère de ce type de pratiques inédites en France sous la République.  Au contraire, certains médias soulignent avec ostentation la capacité de décision de Nicolas Sarkozy, et son désir d’aller vite et loin dans le démantèlement des fondamentaux de notre société. Même Jacques Attali si longtemps décrié, notamment  par son activisme forcené sur le plan littéraire, trouve grâce à leurs yeux. Je n’ai même entendu aucun journaliste noter qu’en tant que conseiller spécial de François Mitterrand, on se demande bien pourquoi les socialistes au pouvoir pendant 10 ans n’ont pas mis en application les idées lumineuses de Jacques Attali.

En fait, il semble plus que jamais que l’on aille vers une dérive de plus en plus prononcée de la pratique institutionnelle, sans que cela interpelle beaucoup de monde. Certes, on entend çà et là quelques voix s’élever contre ces pratiques, mais elles sont le plus souvent inaudibles ou occultées. Elles sont inaudibles parce que venant du Parti Socialiste et de ses élus qui, depuis bien longtemps, n’ont  plus aucune proposition à formuler, les seuls étant susceptibles de le faire étant les ralliés à  Nicolas Sarkozy. Elles sont occultées parce que quand François Bayrou parle et assène des vérités, personne ou presque ne relaie ses remarques.

Pour en revenir au rapport du nouveau Turgot, il faut noter que Jacques Attali a été très loin dans la critique du système français en parlant d’une France « plombée par les rentes, les connivences et les privilèges », oubliant au passage qu’il en fait partie intégrante. Il a affirmé  avec vigueur qu’il s’agissait « d’un rapport libre et non libéral », ce que beaucoup considèrent comme très inexact, même si certaines propositions vont sans doute dans le bon sens. Plus étonnant, il souhaite lui-même avec sa commission promouvoir l’ensemble de son œuvre, alors que théoriquement son travail est terminé. Bref, Jacques Attali s’est comporté en patron et Nicolas Sarkozy, président de la République et commanditaire du rapport, en obligé.

C’est d'ailleurs ce qui m’a le plus étonné. En effet, voir le président de la République  répondre que « dans 6 mois, nous nous retrouverons pour faire le point, je ferai tout pour que vous ne soyez pas déçu par l’œuvre réformatrice du gouvernement et de moi-même » a quelque chose d’inexplicable,  et pour tout dire d’indécent. Plus étonnant encore, personne ou presque dans la presse ou ailleurs n’a relevé cette incongruité, ce qui démontre que décidément les temps ont changé. Il y a quelques années, tout cela aura été relevé avec vigueur, souligné,  et l’auteur de cette phrase en aurait eu pour des années à s’en remettre. Aujourd’hui rien de tout cela ne peut arriver, et pour un peu on dirait que c’est de l’anecdote.

En revanche, voir en couverture sur un magazine les photos en maillot de bain  de l’ex-femme du président de la République et de la possible future épouse (il vaut mieux être prudent) semble ne pas relever de l’anecdote aux yeux de certains. Même un journal comme l’Express, que l’on a connu plus brillant, titre en couverture « la femme qui dérange » sous la photo de Carla Bruni. Mais où va-t-on ? Vers quels abimes la fonction présidentielle descend-elle ? Décidément rien ne sera épargné à notre pays, à un moment où justement celui-ci aurait besoin d’un leader « sans peur et sans reproche » qui inspire confiance et foi en l’avenir. Mais si cet homme là ressemble comme un frère à François Bayrou, il n’a rien de commun avec Nicolas Sarkozy.

Pour terminer sur une note d’espoir, nous reprendrons ce que disait le président du Mouvement Démocrate la semaine dernière à Clermont-Ferrand : « quand le temps des désillusions sera là et qu’il sera imposé à l’esprit de tous, il faudra que se tourne une page nouvelle, celle des reconstructeurs ». Il reste à souhaiter que ce temps soit le plus court possible, sinon le travail qui sera proposé aux reconstructeurs pourrait s’avérer encore plus difficile que nous l’imaginons.

Michel Escatafal

Commentaires

Enfin je vous retrouve…(j’avais perdu votre blog!),encore une fois d’accord avec vous
Bien à vous Marien

Ecrit par : Lovichi | 24.01.2008

Les commentaires sont fermés.