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23.01.2008

Servir la République et non s'en servir

François Bayrou à Bercy le 18 avril 2007, devant 17 000 personnes

Hier, la télévision nous a offert un spectacle rare en montrant des images de la venue de Nicolas Sarkozy à Pau, destinée surtout à soutenir le candidat socialiste de l’UMP. Oui, cela paraît compliqué, mais c’est ainsi : l’UMP au nom de l’ouverture soutient comme tête de liste à Pau un authentique socialiste. Cependant le plus intéressant n’est pas là, il est plutôt dans la rencontre furtive entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou, ce dernier se trouvant là en tant qu’invité.

Cela nous a valu une scène quelque peu surréaliste filmée par les caméras de la télévision, avec tout d’abord une poignée de main entre deux hommes qui se connaissent depuis longtemps. Ensuite, nous avons entendu François Bayrou dire qu’il était normal qu’il se trouve là, parce qu’il est très attaché aux principes républicains. A ce moment, nous entendons Nicolas Sarkozy balbutier : «  il n’y a pas besoin de parler de République, on peut parler plutôt d’amitié », ce à quoi François Bayrou répond  que « l’amitié peut prendre des formes diverses ».

Toute la différence entre les deux hommes est là : d’un coté un personnage superficiel qui n’hésite pas à bafouer des mots auxquels il ne croit pas en parlant d’amitié, et de l’autre un homme respectueux des principes, mais qui refuse de faire semblant.  Nicolas Sarkozy parle beaucoup, s’agite énormément,  n’hésite pas à  changer  de discours au gré de ses rencontres avec ses interlocuteurs, mais il n’y a jamais de profondeur dans tout ce qu’il dit ou fait. Il agit à l’instinct et comme bon lui semble. Je ne le connais pas personnellement, mais à ce qu’on en dit c’est le type d’homme sur lequel il est impossible de faire fond. Du clinquant, rien que du clinquant !

Au contraire, François Bayrou est un homme réfléchi, qui ne parle qu’à bon escient, qui a le même discours depuis des années, qui a une ambition pour son pays comme en témoignent les thèmes choisis pendant sa campagne électorale, notamment la dette et l’école. Il est évident que si François Bayrou avait élu président de la République à la place de Nicolas Sarkozy, il aurait mis en œuvre, sans se préoccuper des sondages,  la politique pour laquelle il aurait été élu. Et aujourd’hui  plus qu’hier, s’impose la nécessité de donner au peuple français le sentiment qu’il y a à la tête de l’Etat un homme qui tient la barre, et ce malgré les vents contraires qui secouent le monde dans lequel nous vivons.

Si François Bayrou était à l’Elysée, nous ne saurions rien de ses vacances, il ne voyagerait pas aux frais de propriétaires de chaînes de télévision, nous ne verrions son épouse qu’à l’occasion des voyages officiels ou des réceptions de chef d’Etat, nous ne connaîtrions pas ses enfants, bref il ne figurerait jamais en première page de la presse people. Enfin et plus que tout, il serait le président de tous les Français et ferait les réformes qu’il doit faire en ayant le souci que ces réformes bénéficient au plus grand nombre, et non à quelques uns de ses amis fortunés.

Certains vont me dire que je suis naïf en disant cela, comme si ce type de dirigeant ne pouvait pas exister. A ceux-là je répondrai que dans le passé des hommes comme Pierre Mendès-France, Raymond Barre, sans parler du général de Gaulle ont démontré que l’on pouvait être en charge des affaires du pays, et gouverner dans l’espoir d’assurer le bien de tous. Cela ne veut pas dire pour autant que des erreurs n’aient pas été commises, que tout ce qui a été mis en place ait réussi, mais ces hommes là se faisaient « une certaine idée de la France » et avaient une ligne de conduite où la morale côtoyait l'action. Ils se voulaient des exemples pour ceux qui les avaient placés là où ils étaient.

De nos jours hélas, et ce n’est pas nouveau, toutes ces valeurs paraissent bien dépassées et plus encore avec Nicolas Sarkozy. On se sert de la République, plus qu’on ne la sert. On arrive au pouvoir en mentant au peuple, en lui faisant croire qu’il est possible de faire des choses impossibles à réaliser. Cela, ce n’est pas moi qui le dis, puisque les deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle ont avoué, chacun à leur façon, qu’ils ne croyaient pas aux propositions qu’ils formulaient. Ils sont même allés jusqu’à fustiger ceux qui avaient pris pour argent comptant ces promesses, comme l’a fait Nicolas Sarkozy dans sa dernière conférence de presse.

Alors, en bon démocrates que nous sommes, il nous reste à attendre un peu plus de quatre ans avant de renvoyer Nicolas Sarkozy à ses chères études. Il aurait dit à certains de ses amis qu’à la fin de son mandat, il se lancerait dans les affaires pour gagner de l’argent, sa première préoccupation. Espérons qu’il pourra assouvir cette vocation le plus rapidement possible. Pour ma part, et à supposer qu’il ait formulé ce souhait,  je ne crois pas que Nicolas Sarkozy pense ce qu’il dit pour une raison simple : il est assoiffé de pouvoir, parce que ce pouvoir lui donne l’illusion de la puissance, et lui assure de confortables revenus. Le monde des affaires l’accueillerait certes avec plaisir, mais uniquement pour son carnet d’adresses et cela n’aurait  qu’un temps.

En conclusion, il faut souhaiter que les Français réfléchissent  à tout cela à l’occasion des prochaines consultations électorales. François Bayrou est le seul homme politique français ayant un projet pour la France. Il a aussi l’avantage d’être à la tête d’un parti qui a certes perdu beaucoup d’élus mais qui, en revanche, a une armée de militants dévouée et prête à l’aider à conquérir le pouvoir. Ces militants pour beaucoup n’avaient jamais fait de politique jusqu’au début de l’année 2007, ce qui est extrêmement encourageant pour notre mouvement, d’autant qu’ailleurs c’est plutôt le sauve-qui-peut qui sévit depuis quelque temps.

Le Parti Socialiste avoue avoir perdu en un an le quart de ses adhérents. Quand à l’UMP… A propos, sans les médias et leur attitude  complaisante, que représenteraient  le PS et l’UMP ? A contrario, si François Bayrou et le Mouvement Démocrate bénéficiaient de la même exposition médiatique que ces deux partis où se situerait notre mouvement dans l’opinion ? Poser la question, c’est y répondre.

Michel Escatafal

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