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13.01.2008

Qu’est venu faire Tony Blair au congrès de l’UMP ?

Tony Blair et le président américain George W. Bush, le 28 juin 2004 à Istanbul en Turquie.
Tony Blair et son ami GeorgeW. Bush

 

Quand deux hommes politiques dont la communication tient lieu de doctrine politique se rencontrent, que peuvent-ils bien se raconter ? Si nous disons cela, c’est bien sûr parce que Tony Blair et Nicolas Sarkozy se sont retrouvés ensemble au congrès de l’UMP qui a eu lieu en cette fin de semaine. Il est d’ailleurs permis de se demander ce que l’un et l’autre faisaient là, tellement il peut paraître incongru de voir l’ex Premier ministre britannique travailliste participer au congrès du principal parti de droite français, ou le président de la République, théoriquement le président de tous les Français, diriger les travaux de ce même parti. Cela étant, avec Nicolas Sarkozy il faut s’attendre à tout, y compris au pire.

Une autre question se pose à propos de la présence simultanée des deux hommes à ce congrès de l’UMP : qui avait le plus d’intérêts dans cette affaire ? Etait-ce Tony Blair parce qu’il ambitionne de devenir le premier président de l’Europe, ou bien Nicolas Sarkozy parce qu’il souhaite semer un peu plus la zizanie dans les rangs du Parti Socialiste à quelques semaines des élections municipales ? Peut-être que la réponse se trouve dans la question, car apparemment même s’il semble s’être reconverti dans le monde des affaires, l’ancien leader britannique n’a peut-être pas abandonné toute ambition politique. Quand au président français, malmené dans les sondages, il se dit que seule l’inconsistance de l’opposition socialiste peut l’aider à limiter les dégâts aux élections locales de mars, notamment dans les grandes villes là où le test sera  le plus probant.

Comme nous pouvons le constater, l’ambition de Tony Blair comme celle de Nicolas Sarkozy n’est pas forcément d’une grande noblesse, mais il y a longtemps que les gens ne se font plus d’illusions sur la qualité des convictions de certains hommes politiques. Nous disons bien de certains car, heureusement,  tous n’ont pas été ou ne sont pas de cette nature.

Mais au fait, Tony Blair peut-il réellement devenir le premier président de l’Europe ? A titre personnel je ne le souhaite pas pour plusieurs raisons. Tout d’abord Tony Blair est britannique, et même s’il est le plus européen des Britanniques ce qui reste à prouver, il est quand même un sujet de sa gracieuse Majesté et donc ne peut pas être considéré comme un authentique européen. Pendant son séjour au numéro 10 Dawning Street, à chaque sommet européen il n’a fait que défendre les positions soutenues autrefois par  Madame Thatcher, même si le style était très différent. La position de la Grande-Bretagne a toujours été de dire OUI à l’Union Européenne quand elle y avait intérêt,  et de dire NON quand une décision nécessitait des efforts de sa part. Pour Tony Blair comme pour les autres dirigeants britanniques, l’Union Européenne est d’abord une grande zone de libre-échange et rien de plus.

Pour toutes ces raisons et quelques autres de moindre importance, il est impensable que le premier président de l’Union Européenne  s’appelle Tony Blair. A ce propos, l’Europe n’aura aucun mal à trouver au sein de l’Union des dirigeants autrement plus engagés dans la construction européenne que ne l’a jamais été Tony Blair. Parmi ceux-ci, nous citerons Jean-Claude Juncker ou Louis Michel mais la liste est loin d’être exhaustive. De plus, il est hautement souhaitable que le responsable d’un tel poste appartienne à un pays de la Zone Euro, ce qui est quand même la moindre des choses.

Si l’Europe existe encore de nos jours, c’est bien en premier lieu grâce à sa monnaie unique, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy. Alors de grâce, confions le poste de président de l’Union Européenne  à quelqu’un qui veut et souhaite la construction d’une véritable Union, au même titre d’ailleurs que celui de Haut Commissaire aux Affaires étrangères, et non à quelqu’un dont on sait déjà qu’il n’est pas partisan d’une véritable politique européenne indépendante de celle des Etats-Unis.

Il est vrai que sur ce plan, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, les positions de Tony Blair sont assez  proches de celles de notre président de la République, qui voue une admiration sans bornes au modèle conservateur américain. Il est d’ailleurs proche de lui sur bien d’autres plans, notamment cette propension commune aux deux hommes à côtoyer les milliardaires. Bref, les deux hommes semblaient faits pour s’entendre au contraire de l’austère Gordon Brown, qui paraît n’avoir guère de points communs avec Nicolas Sarkozy. Sa vie semble apparemment sans histoire, et d’une banalité qui n’en fera jamais un produit vendeur pour les magazines people.

Michel Escatafal

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