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31.12.2007
Le Brésil ce n’est pas que le football ou la F1
Vue de Sao Paulo
Il y a des pays qui sont marqués par quelques clichés qui ont tellement la vie dure qu’ils occultent tout le reste. Le Brésil en fait partie au point qu’un habitant de ce pays est étonné si on n’évoque pas le football quand on parle de cette grande nation. Et oui, le Brésil ce n’est pas que le football, même si celui-ci tient un rôle très important dans sa notoriété. Les noms de Pelé, Didi, Tostao, Ronaldo, Ronaldinho ou Kaka sont connus dans le monde entier, au même titre d’ailleurs que celui des pilotes de Formule 1, Ayrton Senna, sans doute le plus grand de tous, Nelson Piquet ou Felipe Massa.
En écrivant cela je m’aperçois que je tombe moi aussi dans le même travers que le commun des mortels. Essayons donc de parler de ce grand pays sur le plan économique et politique, le cinquième dans le monde par sa superficie (15 fois la France), peuplé de presque 190 millions d’habitants. De plus, contrairement à ce qui est écrit un peu partout, le Brésil ne figure plus parmi les pays émergents, son industrialisation ayant été réalisée dans les années 70.
Son PNB est parmi les plus élevés du monde (11è) grâce notamment à un sous-sol d’une grande richesse en minerais (fer, bauxite, étain), mais aussi en pétrole puisque le Brésil a une production et des réserves connues équivalentes à l’Algérie. Ses richesses agricoles sont également très importantes puisque le Brésil est premier producteur mondial de café, de canne à sucre ou de bovins. Enfin, ses réserves en bois (forêt amazonienne) et en eau douce (Amazone) sont considérables.
Bref, le Brésil est un pays très riche ce qui devrait lui permettre de devenir dans les 20 ans à venir une authentique grande puissance, pour peu que le « plan d’accélération de la croissance » que prévoit le gouvernement actuel, d’un montant de 235 milliards de dollars, aille à son terme. En effet, le Brésil, pour le moment, manque cruellement d’infrastructures pour parvenir à rattraper le peloton de tête des grands pays industrialisés.
Et là nous retrouvons le sport car, comme chacun le sait, le Brésil va organiser la Coupe du Monde de football en 2014, ce qui va donner un gros coup d’accélérateur à ses équipements à la fois sportifs, techniques, mais aussi en transports ou en assainissement. Cela va obliger aussi le Brésil à mettre encore davantage l’accent sur la sécurité, l’organisation d’une compétition de cette ampleur et de cette durée (un mois) ne souffrant pas de risques à ce niveau.
Mais au fait quelle est l’histoire du Brésil ? D’abord c’est un pays à la fois très ancien et très neuf. Son histoire est d’ailleurs surtout connue depuis l’arrivée des Portugais en 1500. Jusque là le Brésil était peuplé d’Indiens semi nomades, vivant de chasse, de cueillette et d’une agriculture très primaire. Quand le navigateur portugais Cabral atteignit les côtes brésiliennes, il proclama officiellement la région possession du Portugal, le nouveau pays prenant le nom de Brésil à la place de Terra de Vera Cruz. A partir de 1530, ce territoire fit l’objet d’un programme de colonisation systématique avec une administration et une justice mise en place par la métropole portugaise.
A ce propos, il faut noter que les Français essayèrent de récupérer ce territoire en installant une colonie sur les rives de la baie de Rio de Janeiro. Ils n’y restèrent pas longtemps, les Portugais reprenant le contrôle de ce qui allait devenir la ville de Rio de Janeiro en 1567. Les Portugais subirent d’autres agressions de la part des Hollandais et des Anglais, mais le Brésil resta sous souveraineté portugaise. Il le fut tellement que lorsque Napoléon envahit le Portugal en 1807, le gouvernement royal du Portugal s’installa à Rio de Janeiro jusqu’à la chute de Napoléon.
Mais la contagion des idées révolutionnaires se fit sentir jusque là-bas et peu de temps après, le 7 septembre 1822, le Brésil proclama son indépendance. Quelques trente ans plus tard, en 1853, l’empereur Pierre II interdit le débarquement d’esclaves noirs et en 1871, le Parlement approuva une loi affranchissant les enfants nés d’une mère esclave. Moins de 20 ans plus tard, le Brésil devint une République avec une constitution, inspirée sur le modèle américain, et des lois qui ressemblaient à celles de notre troisième République, notamment la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Mais il y a république et république, ce qui signifie que le Brésil a été loin d’être dans sa jeune histoire une démocratie comme les Etats-Unis et la France. Il y eut en effet, une longue période de dictature appuyée sur l’armée qui organisa quelques coups d’Etat. Même quand des élections avaient lieu, elles ne débouchaient pas nécessairement sur la démocratie, les militaires voulant garder le contrôle du pouvoir.
En fait, il fallut attendre 1985 pour que le Brésil retrouve un gouvernement civil. S’ensuivit une période très difficile sur le plan économique qui a conduit le Brésil à avoir recours à l’aide du FMI et des pays riches, avec à la clé une potion extrêmement douloureuse pour le peuple brésilien. Cela dit le Brésil finit enfin par redresser son économie, et comme pour marquer une rupture avec une période ô combien difficile, il a élu un président de la République de gauche en 2002, Luis Inacio Lula Da Silva qui, d’ailleurs, sera de nouveau réélu en 2006. Le Brésil semble avoir définitivement pris la voie de la démocratie.
Certes, tous les problèmes du pays ne sont pas réglés. L’inflation menace de nouveau et cette année elle atteindra 4,5%, chiffre cible pour 2008, ce qui empêche la Banque Centrale d’abaisser ses taux d’intérêts. Du coup la monnaie du pays (le réal) se situe à un niveau élevé ce qui provoque la grogne dans certains secteurs comme la production agricole et la confection. Cela étant, pour l’année 2007 l’estimation de croissance atteint 5,2%, chiffre tout à fait honorable et en hausse par rapport aux estimations du mois de septembre. Une évolution qui doit faire rêver Nicolas Sarkozy !
En ce qui concerne la dette publique, son niveau par rapport au PIB apparaît de prime abord supportable (50% du PIB), mais elle coûte très cher car les taux d’intérêts de cette dette sont élevés. De plus, la pression fiscale reste plus forte que dans la plupart des pays développés. Enfin, plus que tout encore, les inégalités se creusent de plus en plus entre les classes favorisées et les plus pauvres, de loin les plus nombreuses. Certes la mondialisation et le développement des techniques ont stimulé les processus de développement, mais cela s’est fait « en laissant beaucoup de monde au bord de la route ».
Il reste donc souhaiter pour le Brésil, comme pour nombre d’autres pays, que la mondialisation ne se fasse plus sans contrôle comme c’est le cas de nos jours, et qu’on en arrive même à une forme de régulation qui permettrait à chaque nation de bénéficier, notamment, de prix stables et équitables pour ses matières premières. L’Etat du monde y gagnerait. Mais comment y parvenir ? Il n’y a qu’un moyen, comme l’avait indiqué François Bayrou pendant sa campagne présidentielle : renforcer l’ONU, seule instance internationale disposant de l’audience nécessaire pour réguler les marchés financiers, assurer une gestion mondiale de l’environnement et traiter de la pauvreté et des inégalités nord-sud. Cette proposition est plus que jamais d’actualité, et nous aimerions que la France contribue à la rendre possible, mais cela fait-il partie des priorités de Nicolas Sarkozy ? Nous en doutons, hélas !
En attendant, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2008. Qu’elle apporte joie, bonheur et santé, mais aussi plus de démocratie, et que cessent surtout ces pratiques indignes de notre pays que sont la chasse effrénée aux sans-papiers, les quotas d’expulsions etc.
Michel Escatafal
18:30 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Ce n'est peut-être pas que le foot, mais tout le monde connait le Brésil à cause du foot. En tout cas merci de nous avoir informé parce que personne ne parle de l'histoire du Brésil et on n'a pas d'information sur ce pays.
Ecrit par : Damien | 01.01.2008
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