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29.12.2007
Il aura eu tout faux pendant huit ans
Le 43è président des Etats-Unis
Celui qui a la chance d’aimer l’histoire a certainement une perception plus rationnelle de l’état du monde dans lequel nous vivons. C’est la raison pour laquelle tout ce qui arrive en ce moment était prévisible après la fin de l’Union Soviétique. Bien entendu, je fais partie de ceux qui se sont vivement réjouis de la fin de cette dictature sanglante, qui n’avait trompé en Occident que ceux qui y avaient intérêt. Tout le monde avait entendu parler du goulag et les crimes de Staline avaient largement dépassé les frontières de son empire. Cela étant, il paraît inconcevable qu’autant de gens aient pu croire que l’éclatement de l’empire soviétique allait engendrer une longue période de paix, sous prétexte qu’il n’ y avait plus qu’une seule super puissance sur la planète , les Etats-Unis d’Amérique.
Bien entendu, c’est tout le contraire qui s’est passé. Pourquoi ? Parce que les Etats-Unis, comme toutes les superpuissances, se sont arrogés le droit d’être les garants de la démocratie dans le monde. En d’autres temps, c’était « la pax romana » qu’il fallait sauvegarder en oubliant que les Romains étaient devenus le plus grand empire de l’Antiquité à coup de guerres de conquêtes. Il faudra attendre l’an 116 pour voir enfin l’empire se satisfaire de ses frontières, ce qui n’empêcha pas les successeurs de Trajan de construire « des limes » le long de leurs frontières par crainte d’une attaque ennemie. Moins de cent ans plus tard, c’était déjà la fin du grand empire.
Nous pourrions multiplier les exemples, mais c’est toujours ainsi : plus un empire est grand, plus la domination d’une nation sur les autres est incontestable et plus cet empire se sent vulnérable. Napoléon 1er n’a pas échappé à la règle, quand après la bataille d’Iéna qui lui assurait la domination de la plus grande partie de l’Europe, il décida le 21 novembre 1806 à Berlin de mettre en place le Blocus Continental. Celui-ci avait pour but de fermer tous les ports européens au commerce de l’Angleterre, espérant ainsi ruiner la « perfide Albion ». Cela contribua largement à liguer contre la France l’ensemble des nations européennes.
Au début du 21è siècle, les Etats-Unis de Georges Bush ont voulu eux aussi construire « des limes ». Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis se sentent soudain très vulnérables puisqu’il suffisait d’une attaque coordonnée de quelques personnes bien préparées pour infliger de lourdes pertes à « l’Ogre américain ». Alors Georges Bush fit étalage de son manque total de discernement politique : il fit la guerre en Afghanistan, sans résultat tangible depuis 7 ans, puis il attaqua l’Irak en 2003, pays dans lequel l’armée de l’Oncle Sam subit de nombreux revers. Dans les deux cas, il voulait exporter la démocratie ou plutôt faire en sorte que « l’Axe du Bien » triomphe de « l’Axe du Mal ».
Résultat, les Etats-Unis ont dépensé quasiment 1000 milliards de dollars pour faire la guerre dans ces deux pays, sans avoir remporté la moindre victoire, ni installé la démocratie. Pire encore, les Etats-Unis et par extension le monde occidental, ont perdu beaucoup de crédit auprès de populations à qui ils étaient censés apporter plus de liberté et de bien-être. Georges Bush aura eu tout faux au cours des huit années qu’il aura passées à la Maison Blanche. A ce propos, il est stupéfiant qu’il ait pu se faire réélire en 2004, alors que son bilan était déjà catastrophique. Cela étant, dans un pays que nous connaissons bien, un ministre de l’Intérieur au bilan très déficitaire a pu se faire élire sans trop de difficulté à la présidence de la République, qui plus est en se faisant passer pour un homme neuf.
Le problème pour en revenir à Georges Bush et aux Etats-Unis est que désormais la puissance américaine n’impressionne plus personne. Tout le monde nargue Georges Bush, y compris la petite Corée du Nord qui sait à présent fabriquer une bombe atomique. L’Iran, grâce à son pétrole peut se permettre de jouer avec les nerfs du président américain. Et aujourd’hui c’est le Pakistan, principal allié des Etats-Unis dans la région du sous-continent indien, qui est complètement déstabilisé et dans lequel le sentiment antioccidental est de plus en plus fort. Or ce pays est une puissance nucléaire.
Cela nous fait penser à ce que disait Mao Ze Dong à propos des Américains affirmant que les Etats-Unis étaient « un tigre en papier », ce qui était faux à l’époque et le reste encore, mais les Etats-Unis ont beaucoup perdu de leur superbe. En tout cas, le successeur de Georges Bush va avoir du travail s’il veut que son pays soit de nouveau respecté dans le monde, et surtout dans le monde musulman. D’ailleurs, même les alliés les plus inconditionnels des Etats-Unis commencent à prendre leurs distances, y compris la Grande-Bretagne et l’Australie. Il n’y a guère que la France qui se singularise avec l’alignement de plus en plus avéré de Nicolas Sarkozy sur les positions américaines. Notre président de la République ne manque d’ailleurs jamais une occasion de faire remarquer qu’il faut aider coûte que coûte les Américains dans leur combat pour la démocratie.
Toutefois, Georges Bush ferait bien de se méfier de notre président car ce dernier, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas fiable à cent pour cent dans ses amitiés nationales et internationales. Ce que dit aujourd’hui Nicolas Sarkozy ne sera pas forcément la vérité de demain, les Français s’en aperçoivent tous les jours. Il suffirait, par exemple, d’un mauvais sondage sur sa politique étrangère pour qu’il amorce très vite un des ces revirements dont il a le secret. Cela dit, ce n’est pas moi qui le blâmerais s’il changeait d’attitude. L’indépendance de la France en matière de diplomatie est un bien trop précieux pour que nous le galvaudions. C’est une opinion personnelle qui, j’en suis sûr, est largement partagée.
Michel Escatafal
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