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28.12.2007

On ne doit parler en France que de l'actualité heureuse

Carte du Pakistan

  Carte du Pakistan

 

La France reste un pays qui suscite la curiosité auprès des étrangers, mais sans doute jamais comme en ce moment tellement nous nous singularisons. De quoi parle-t-on aujourd’hui à la radio ou dans les journaux ? De Benazir Bhutto, et c’est compréhensible tellement sa disparition est un évènement important, non seulement pour son pays, mais aussi pour le monde entier. Rappelons que le Pakistan, créé en 1947, est un pays en proie à toutes les instabilités, mais qu’il est fort de 160 M d’habitants et détenteur de l’arme nucléaire. A cela s’ajoute une géographie capricieuse à certains endroits du pays, comme en témoigne le séisme qui a ravagé le pays en octobre 2005 et qui a causé la mort de milliers de personnes. Cela dit, c’est aussi une nation qui connaît une croissance élevée (+6,6% en 2006) avec un secteur des services très dynamique.

De tout cela on parle aujourd’hui, mais pas suffisamment à mon goût parce que la mort de Benazir Bhutto est l’évènement qui aurait dû occulter tout le reste et malheureusement ce n’est pas le cas. On s’imagine en France qu’il ne faut parler que de belles histoires, qu’il faut occulter toutes les mauvaises nouvelles parce que « la ménagère de moins de 50 ans pourrait moins consommer ». Voilà le mépris avec lequel on traite la population dans la France de Nicolas Sarkozy. Les Français ne sont quand même pas débiles, au point de ne pas savoir faire la part des choses entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. On s’imagine qu’en agissant ainsi, la croissance reviendra. Ridicule !

De fait, à coté des informations en provenance du Pakistan, on voit des reportages sur des sujets très divers tels que les 40 glorieuses de la petite pilule, ce qui commence à dater, la tentative de débauchage par l’UMP d’éléments du Parti Socialiste ou du MoDem, ce qui n’est pas nouveau, sans oublier la libération des otages colombiens, mais pour que le sujet fasse les grands titres des journaux  il aurait fallu que parmi les otages libérés il y ait Ingrid Bétancourt. Là on en aurait beaucoup parlé, parce que Nicolas Sarkozy  aurait vite pris un avion pour aller la chercher sous les yeux émerveillés des caméras de TF1 ou France 2. Comme ce ne sera pas le cas, les journaux continuent à commenter vaillamment les tribulations du nouveau couple, Carla-Nicolas,  qui vient de s’installer à Charm el Cheik et retrouver le couple, déjà plus ancien, Ockrent-Kouchner. Passionnant !

Un autre sujet de la plus haute importance va tenir en haleine la population : Miss France va-t-elle être destitué, au profit de je ne sais quelle autre candidate ? J’avoue que je ne sais pas trop de quoi il s’agit exactement, mais apparemment il y va de l’avenir de la République, car même le Ministre  des DOM-TOM a vigoureusement défendu la demoiselle. Il n’est pas le seul, car il y a des élus UMP et communistes, sans oublier l’évêque de la Réunion. Tout cela est vraiment  grotesque, sauf à essayer de faire oublier à la population que le prix du gaz va augmenter de 4% le 1er janvier, alors que Nicolas Sarkozy s’était engagé à ce qu’il n’augmente pas dans les prochains mois. On aurait pu penser qu’il laisse passer l’hiver, mais le signal au marché était nécessaire nous dit-on.

 Si EDF-GDF était une entreprise publique, comme seul François Bayrou l’avait demandé, nous aurions davantage de maîtrise sur les conditions tarifaires.  N’oublions pas qu’avant la privatisation, nous avions la chance d’avoir un courant électrique vendu sur le marché français 60 % moins cher que sur le marché libre. De ce simple fait, des entreprises étrangères étaient enclines à s’installer en France plutôt qu’ailleurs.  N’oublions pas non plus que lors de son passage au ministère de l’Economie, Nicolas Sarkozy s’était engagé en 2004 à conserver à l’Etat une large majorité dans EDF et dans GDF. Mais qui s’en souvient et surtout lui-même s’en souvient-il ?

Autre sujet qui est assez commenté dans la presse : le rapatriement des Français impliqués dans cette ténébreuse affaire de l’Arche de Zoé. J’ai entendu dire à plusieurs reprises par des journalistes tchadiens que les initiatives de Nicolas Sarkozy, avec le tapage médiatique y afférent, n’avaient pas aidé au règlement rapide de cette affaire. Je ne sais pas, faute d’être dans le secret des dieux. En tout cas, à supposer qu’on connaisse un jour la vérité, ce sont toutes les ONG qui vont être éclaboussées par cet épisode douloureux, où Français et Tchadiens n’auront pas fait preuve d’un grand sens politique, pour ne pas dire d’amateurisme. En d’autre temps, on aurait demandé des comptes avec force pour voir où se situaient les responsabilités de chacun. Mais aujourd’hui…

Ces quelques réflexions sur ce qu’on voit  et entend dans les médias accréditent l’idée que notre pays est en train de perdre sa spécificité. Faux !  La France restera à jamais le pays des Lumières, la France restera à jamais le pays qui a mis fin à l’absolutisme royal de droit divin, même si aujourd’hui hélas la France se comporte comme une nation sans ambition, anesthésiée par ses échecs et son déclin.

Il est clair que notre pays n’aurait jamais dû élire Nicolas Sarkozy à la présidence  de la République. Il avait échoué comme ministre de l’Intérieur pendant les quatre années (ou presque) qu’il a occupé le poste, il avait montré très vite ses limites comme ministre des Finances, donc il n’avait pas l’envergure pour occuper la fonction qui est la sienne depuis le 6 mai. Cela étant, notre pays saura le moment venu retrouver cette foi et cet orgueil qui l’ont conduit à être la patrie des droits de l’homme, mais aussi le moteur de la construction européenne.

Michel Escatafal

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