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21.12.2007

La fête de Noël c’est quoi aujourd’hui ?

Gravure parue dans le Canadian Illustrated News en 1875.

 

Avant les fêtes de fin d’année, je vais aujourd’hui évoquer  Noël qui est pour le monde chrétien une des deux fêtes majeures de la liturgie avec Pâques. Bien évidemment, je ne vais pas  faire un cours d’instruction religieuse, sauf pour souligner que cette fête de Noël ne correspond aucunement au jour de la naissance du Christ. D’ailleurs comment pourrait-on connaître le jour de la naissance du Christ, alors même que nous avons déjà toutes les difficultés à situer l’année de sa naissance, les historiens la plaçant entre moins 12 et moins 6, voire moins 4 avant notre ère. En revanche il est certain,  si on en croit l’Evangile, qu’il n’est pas né en décembre, car la description qui est faite de cette nuit est plutôt une belle nuit de printemps.

Alors pourquoi avoir choisi le 25 décembre ? Tout simplement parce que le Christianisme s’étant développé avec le monde romain, les chrétiens ne voulaient pas rompre trop vite avec les usages et les rites anciens. Or le 25 décembre les Romains célébraient la fête du soleil  et pour les Chrétiens, le Christ était le soleil qui venait illuminer la Terre. D’ailleurs, comme le remarque Jacques Duquesne dans son livre Jésus, Saint-Augustin lui-même appellera le Christ « l’astre d’en haut ».

 Il y a donc une certaine logique dans cette date fixée au plus fort de la controverse entre défenseurs de la vraie foi et ariens. C’est le pape Libère qui fixa  la date du 25 décembre pour la fête de Noël, en 354 à l’époque de l’empereur Gallus Caesar. Il ne fut pas canonisé pour autant comme l’ont été ses prédécesseurs ou successeurs jusqu’en l’an 800, parce qu’il avait fait preuve à l’époque d’hésitations coupables vis à vis des ariens, ce qui donna des arguments aux adversaires de l’infaillibilité pontificale, reconnue seulement en …1870.

Pour les Chrétiens Orthodoxes la date du 25 décembre est  reportée  au 7 janvier, le calendrier julien ayant 14 jours de décalage avec le calendrier grégorien. Cette date du 7 janvier correspond aussi à la fête de l’Epiphanie fêtée à l’origine le 6 janvier, et qui est le jour où les enfants reçoivent des cadeaux en Espagne.

 Ceci nous amène tout naturellement  à la signification  totalement commerciale de la fête de Noël ou du jour des Rois. On le voit, nous sommes à des années lumière de la foi et de la piété à travers ces fêtes,  où le maître-mot est  vendre pour le commerce et acheter pour la consommation. De fait, nombre de commerces font une bonne partie de leur chiffre d’affaires au moment de la période de Noël.

Cette période est celle où l’on initie les enfants à la société de consommation et ce, dès leur plus jeune âge.  Certes, beaucoup sont loin de voir le Père Noël (institution créée au milieu du 19è siècle) combler tous leurs désirs, mais même les populations les plus défavorisées font de très gros efforts pour acheter des cadeaux à cette époque de l’année. Les jouets sont bien sûr la cible privilégiée des acheteurs, jouets rappelons-le fabriqués de nos jours en quasi-totalité en Chine par des enfants.

Cependant, il n’y a pas que les enfants à être concernés par la fête de Noël, les parents ayant aussi leur part du gâteau. Celui-ci,  comme pour les jouets sera très inégalement réparti en fonction des critères sociaux. Certains passeront le réveillon de Noël en famille dans quelques lieux dits paradisiaques de l’Océan Indien,  où chaque cadeau échangé représentera l’équivalent d’un ou deux SMIC, d’autres les plus nombreux passeront ce Noël en famille dans le respect des traditions avec des cadeaux offerts aux enfants et la dinde traditionnelle, certains enfin un peu plus nombreux chaque année passeront ce Noël dans la rue et dans l’indifférence générale.

Avec ce rappel, je ne veux surtout pas culpabiliser les chanceux qui appartiennent à la deuxième catégorie d’autant que, parmi eux,  l’endettement supplée souvent le manque de pouvoir d’achat, ni même ceux appartenant à la première, mais je souhaite que la France et les pays de l’Union Européenne comprennent que le type de société, par essence très inégalitaire, qu’on veut nous imposer n’est pas viable à terme.

Quand le président de la République, Nicolas Sarkozy, se veut le chantre d’une société où l’argent est roi, nous sommes obligés de nous dire que cette société va broyer tous ceux qui la composent. « Les dangers d’une mondialisation sans contrôle sont bien réels », ne cesse de dire François Bayrou. La concurrence sans limite, la recherche de profits sans aucun rapport avec la réalité économique, sont les vecteurs qui vont précipiter notre monde dans le pire des chaos.

Or que se passe-t-il dans notre pays en ce moment ? On dérégule et c’est tout. On appelle réforme la dérégulation du marché du travail, la diminution des prestations de toutes sortes (sociales, médicales etc.) alors que les plus riches au contraire bénéficient d’avantages fiscaux toujours plus importants, soi-disant pour éviter qu’ils n’aillent s’installer à l’étranger ou pour faire en sorte qu’ils reviennent dans notre pays. Silvio Berlusconi avait usé des mêmes arguments au moment de son amnistie fiscale et la récolte avait été peu abondante. Nicolas Sarkozy, à son tour, a privilégié les avantages pour les gens les plus fortunés, quitte à voir notre taux d’endettement public s’envoler très rapidement vers des sommets.

Depuis le 6 mai, combien de ses « chers amis » installés à l’étranger pour des raisons fiscales,  qui l’accompagnaient à la fameuse soirée du Fouquet le soir de son élection, sont revenus dans notre pays ? Aucun, et c’est bien naturel dans la mesure où le seul et unique but de ces gens-là est de gagner toujours plus. N’oublions pas que sur les 1500 ou 2000 milliards de dollars qui s’échangent chaque jour sur les bourses du monde entier, 95% va aux spéculations qu’alimentent des produits financiers toujours plus sophistiqués et la  variation des taux de change, au point qu’en cas de crise financière comme celle que nous vivons aujourd’hui, personne ne sait plus qui possède quoi.

Alors bien évidemment, quand tout va mal on s’efforce d’apporter des remèdes en espérant qu’ils permettront « de passer le cap ». Les banques centrales injectent de l’argent, mais elles ne peuvent pas tout et les taux d’intérêt remontent. Or qui souffre en priorité de cette remontée des taux ? Les emprunteurs les moins solvables,  donc ceux qui n’ont pas le choix pour continuer leur activité ou pour consommer.

Du coup un pays comme les Etats-Unis est au bord de la récession,  et il y a fort à parier que les autres grandes économies occidentales souffrent à leur tour d’une baisse de croissance plus ou moins forte selon les régions économiques. De plus, chacun sait que l’inflation fait un retour marqué sur l’ensemble de la planète et, notamment, dans les pays émergents qui fabriquent nombre de produits que nous consommons, ce qui alimentera la hausse des prix chez nous et donc la baisse du pouvoir d’achat.

Bref, nous vivons à une époque charnière qui ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Alors, que nos gouvernants cessent de nous mentir, et nous fassent comprendre qu’il est temps  à nouveau de faire des efforts. Mais ces efforts ne doivent pas concerner uniquement ceux qui en font déjà le plus. Tout le monde est concerné par le redressement du pays, y compris les plus riches d’entre nous. Cela Nicolas Sarkozy et sa majorité UMP doivent le comprendre.

Certains députés l’ont déjà compris puisque j’en ai entendu un, dernièrement,  qui disait à une journaliste : « si vous voulez me faire dire que la situation est difficile, je vous dirais que c’est vrai ». La lucidité en effet veut que le temps des fanfaronnades soit passé, d’autant que beaucoup de promesses ont été faites qui ne pourront être tenues. Mais quand la parole n’est pas tenue, le peuple peut avoir des réactions auxquelles on ne pense pas. Pour le moment, le show Sarko comme disent les journalistes amuse la galerie. Gare toutefois à ne pas trop prendre les Français pour ce qu’ils ne sont pas.

M.E.

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