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20.12.2007
Un chanoine nommé Sarkozy
La basilique Saint-Jean du Latran (XVIIè siècle)
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy rend visite au Pape pour être fait chanoine d’honneur de Saint-Jean du Latran. Apparemment c’est quelque chose qui n’avait pas intéressé les précédents présidents de la République, François Mitterrand et Jacques Chirac, ce dernier n’hésitant pourtant pas à revendiquer le fait d’être catholique pratiquant. Nicolas Sarkozy n’est pas catholique pratiquant, mais il n’a pas pu renoncer à ce voyage. Tout d’abord parce que si le Pape n’a pas beaucoup de divisions, il conserve quand même une certaine influence dans l’électorat, et chacun sait que pour Nicolas Sarkozy c’est bien l’essentiel. Partout où des voix sont à recueillir, on trouve Nicolas Sarkozy.
En ce qui concerne le Pape, c’est un peu différent, mais lui aussi n’est pas fâché de recevoir le chef de l’Etat français, car il sait que Nicolas Sarkozy trouvera bien deux ou trois mots ou expressions pour parler de l’Eglise catholique avec ferveur. Cela il sait faire, et pour le Pape qui lutte comme il peut face à la désaffection des populations européennes pour la pratique religieuse, c’est toujours bon à prendre. Donc pour reprendre une expression que nous avons beaucoup entendu ces derniers temps, c’est du gagnant-gagnant pour chacun.
La pratique religieuse a en effet beaucoup évolué au cours du dernier siècle, et pas seulement dans notre pays, inversant totalement les tendances des siècles précédents. Même Napoléon Bonaparte s’était crû obligé de signer un concordat avec le Pape Pie VII, le but étant bien évidemment de mettre l’Eglise Catholique, très influente, à son service. Ce concordat va rester en application quasiment jusqu’à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Bonaparte tirera un grand bénéfice de cette signature, car cela va lui apporter le soutien des catholiques et même de certains monarchistes.
Cependant, sans remonter très loin, les relations du Saint-Siège avec les dirigeants de notre pays n’ont pas toujours été idylliques. Déjà, Napoléon lui-même n’a jamais eu de très bonnes relations avec le pape Pie VII, qui a toujours opposé une vive résistance à l’empereur des Français. D’une certaine manière, sans entrer dans les détails de l’histoire, il est permis de dire que c’est probablement le Pape Pie VII qui fut le plus grand adversaire de Napoléon, et qui sans doute participa le plus à sa chute. Cela nous fait penser au combat, il n’y a pas d’autre mot, livré par Jean-Paul II aux régimes communistes avec le résultat que l’on sait.
Ensuite, les relations de la France avec le Vatican s’améliorèrent, et furent même très proches au moment du Second Empire. Certes, la France aida l’Italie à recouvrer son indépendance (1859), mais en se gardant bien de ne pas toucher aux Etats Pontificaux, qui vont être protégés des assauts des nationalistes italiens (1867). En revanche, le Pape Pie IX formulera des exigences trop fortes politiquement pour Napoléon III, notamment en demandant de rendre obligatoire le mariage religieux. Malgré tout l’ultramontanisme de l’Impératrice Eugénie fera de nouveau de la France « la fille aînée de l’Eglise », ce qu’elle était déjà à l’époque de Clovis (465-511).
Les rapports seront plus difficiles avec l’avènement définitif de la République, dont les principaux dirigeants étaient peu disposés vis-à-vis de l’Eglise Catholique. Il est vrai que cette dernière s’y entendait pour semer d’embûches l’affermissement de la jeune République. Par exemple en 1890, quand le Pape Léon XIII pourtant le chef de l’Eglise invite l’épiscopat à s’accommoder du régime républicain, il se heurte aux évêques royalistes nommés par Pie IX. Trente ans plus tard, Pie XI rencontrera les mêmes difficultés avec les évêques nommés par Pie X. En plus l’Action Française, mouvement politique royaliste et nationaliste, a une influence considérable sur le clergé.
Enfin, le rôle de l’Eglise fut loin d’être glorieux au moment de l’affaire Dreyfus, nombre de religieux se rangeant dans le chœur antisémite, ce qui contribua d’une certaine façon à accélérer le vote de la loi qui sépare l’Eglise et l’Etat. Cette loi, pour aussi douloureuse qu’elle apparaisse aux catholiques pratiquants, nombreux à l’époque, a été quand même considérée par certains comme une véritable aubaine pour l’Institution, l’Eglise de France ayant l’occasion de revenir aux sources dans la pauvreté. Cela étant, cela ne lui permettra pas de renouer avec certaines catégories sociales dont elle devrait se sentir proche, notamment la classe ouvrière.
La doctrine marxiste était passée par là avec son slogan : « la religion est l’opium du peuple », à laquelle la hiérarchie catholique, par ses comportements avait donné force. De fait, les gens les plus proches de l’Eglise de France demeurent la bourgeoisie, petite et grande, et les campagnes. L’expérience des prêtres ouvriers dans les années 60 ou 70 ayant été un fiasco, l’influence de l’Eglise dans les milieux ouvriers défavorisés s’est semble-t-il définitivement éloignée d’un monde qui a priori aurait dû être le sien. Il est vrai que le cadre traditionnel d’un catholicisme conventionnel et encore un peu bourgeois, semble mal adapté auprès d’une misère qui ne semble guérissable que par une refonte totale des rapports sociaux. Ce n’est pas, hélas, pour demain !
En résumé, cette visite de Nicolas Sarkozy au Pape apparaît plutôt anecdotique en termes de géopolitique, et d’ailleurs lui-même semble beaucoup plus préoccupé par sa nouvelle toquade, à savoir l’Union méditerranéenne. A ce propos, nous avons appris qu’il rencontrera à Rome, outre Romano Prodi, José Luis Zapatero et Jose Manuel Barroso pour parler de ce projet qui, disons-le encore une fois, apparaît assez fumeux aux yeux de nombreux observateurs.
Cela étant, nous espérons que le Pape lui rappellera la position des évêques de France sur les tests ADN dans le cadre du regroupement familial. Il pourra également ajouter à ce rappel, une supplique sur les quotas d’expulsion tels que les fait appliquer son dévoué ministre de l’Immigration Brice Hortefeux, sans oublier également l’obligation morale de gouverner pour tous, et non d’accorder toujours plus à ceux qui ont déjà beaucoup, au détriment de ceux qui n’ont pas assez. Est-ce un vœu pieux ?
Michel Escatafal
10:30 Publié dans histoire politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Analyse très juste !
Nonobstant qu'en est-il de la "délégation" accompagnant le monarque ?
Notons parmi la Cour l'inattendue présence de JM Bigard "je suis très croyant" et celle de la future belle-maman, en somme Mme Bruni.
Ainsi cette prestigieuse diplomatie française s'inscrit-elle aussi dans le cadre de la "rupture" tant prônée par sa Majesté. Rupture également dans la tradition monarchique, quitter la France sans les Sceaux du roi, Mme Dati, relève d'une majestueuse surprise...
Ecrit par : Nicolas | 20.12.2007
Vous avez raison, la présence de Bigard est étonnante et l'autre l'est encore plus... Quand à Rachida, son importance diminue...d'autant qu'elle commence à fatiguer tous les services de justice. Cordialement.
Ecrit par : esca | 21.12.2007
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