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19.12.2007

J'ai mal à mon pays

Jusque vers quels abîmes va descendre notre pays avec à sa tête Nicolas Sarkozy ? Cette question je me la pose tous les jours, et je n’arrive toujours pas à comprendre comment le peuple français a pu se livrer pieds et poings liés à un politicien, qui n’avait jamais réussi jusque là dans les missions qu’on lui avait confiées ou qu’il s’était assignées. Il a été plusieurs fois ministre et son action n’a jamais permis d’améliorer les choses, que ce soit au Budget, aux Finances et plus encore à l’Intérieur, poste qu’il a occupé pendant presque quatre ans, sans résultats tangibles. Au contraire, quand nous faisons le bilan, il est évident qu’à part ses vantardises et ses slogans au futur, jamais la situation n’a été aussi précaire en termes de sécurité. Nous avons même eu droit en 2005, à une crise dans les banlieues comme notre pays n’en avait jamais eu.

Alors pourquoi a-t-il été élu ? Nous allons tout de suite évacuer un problème que nous soulignons sans cesse à savoir la main mise sur les médias. C’est vrai, les médias en quasi-totalité sont aux ordres de Nicolas Sarkozy, mais dire que ce sont les médias qui ont fait l’élection présidentielle est un peu réducteur, surtout pour le second tour. Si le Parti Socialiste avait présenté un (ou une) meilleur candidat, largement soutenu par son parti, il aurait pu gagner cette élection, même s’il ne le méritait pas.

Il n’y a que notre candidat, François Bayrou, qui avait le droit de se plaindre des médias. Lui, c’est vrai a subi de plein fouet le pouvoir de la presse, le summum ayant été enregistré juste avant le premier tour, où on faisait croire aux électeurs qu’il n’y avait de choix qu’entre le candidat UMP et le candidat socialiste. Par ailleurs, le programme de notre leader n’a pas été valorisé comme il aurait dû l’être, notamment sur les thèmes  de la réduction des déficits et de l’école, moins porteurs aux yeux de l’opinion, que les thèmes de l’immigration ou les slogans puérils du type « travailler plus pour gagner plus » ou encore « l’ordre juste ». L’honnêteté, la raison ne peuvent rien contre un parti pris.

En attendant, nous avons Nicolas Sarkozy comme président de la République, et le moins que l’on puisse dire est que jamais sans doute notre pays n’a été autant la risée de l’Europe et du monde. A peine arrivé au pouvoir, Nicolas Sarkozy s’est comporté à la manière d’un chef de service qui veut tout régenter et qui veut se montrer toujours et partout, sa hiérarchie étant les sondages d’opinion. Alors pour plaire à sa hiérarchie, il a déployé toute sa mauvaise foi pour faire croire qu’il travaillait plus que les autres, pour laisser accroire qu’il était plus humain que ceux qui l’ont précédé, donnant dans la compassion. Il a distribué les bons points à certains, fustigeant les autres. Il a aussi essayé par tous les moyens de diviser pour régner, allant jusqu’à contrarier les ambitions de ceux qui l’avaient soutenu et qui se voyaient déjà tout près du chef, à un poste valorisant.

Avec ses collègues européens, il n’a jamais joué franc-jeu ce qui explique notamment les quolibets qu’il endure ces derniers jours. Et oui, jusqu’au mois de septembre, les dirigeants européens, ses collègues n’aimaient pas trop « ses manières », mais se disaient que la France allait rapidement se lasser de lui ce qui l’amènerait à plus de modestie. S’ils avaient raison sur un point, les Français commencent effectivement à se lasser de voir toujours et partout Nicolas Sarkozy, ses pompes et ses œuvres, en revanche il est toujours aussi arrogant, cette arrogance que l’on retrouve chez tous les parvenus nouveaux riches, qui passent leur temps à exposer leurs montres ou  bracelets en or, s’imaginant bêtement que cela leur donne un vernis qu’ils n’ont pas.

Du coup, l’annonce d’une romance amoureuse de notre président de la République avec une chanteuse fait l’objet d’un concert d’ironie dans la presse étrangère. Nous n’allons pas reprendre tout ce qui se dit dans les journaux, largement commenté et au-delà par la presse française, mais il y a quand même quelques petites perfidies qui en disent long sur l’idée que l’on se fait en Europe de notre chef de l’Etat. On parle de sa taille, on évoque une chansonnette de sa nouvelle amie etc. Plus sérieusement la Tribune de Genève note que c’est au royaume de Disney que Nicolas Sarkozy a choisi de dévoiler sa liaison, ajoutant  que « le monde selon Mickey a, il est vrai, plus d’attraits que celui des sans domicile fixe qui battent le pavé parisien ». D’autres ajoutent que cette révélation est destinée à faire oublier la visite du colonel Kadhafi, désastreuse pour l’image de Nicolas Sarkozy.

Surtout comme le titre Il Messagero, on  ajoute en conclusion que « l’omniprésent Sarkozy semble avoir décidé d’occuper la scène médiatique ». Cette remarque nous amuse car  les Français que nous sommes, ont compris depuis longtemps que  pour Nicolas Sarkozy, c’est le seul moyen dont il dispose pour entretenir l’illusion. Cela étant, cette révélation au ras du caniveau n’ajoutera rien à sa gloire et à l’opinion que se font les Français de son étrange président. Il n’y a qu’à voir les réflexions ou remarques gênées de ses ministres quand ils sont interrogés sur la liaison de Nicolas Sarkozy avec une chanteuse, pour s’apercevoir qu’il va trop loin, au moment où il devrait s’occuper prioritairement des dossiers qui concernent les Français, le pouvoir d’achat, les mal-logés, la croissance etc.

On peut d’ailleurs se poser la question de savoir quand notre président trouve le temps de travailler. Certes, il a réussi un temps à convaincre les Français que c’était un bourreau de travail, jusqu’à ce que certains découvrent qu’il était loin de maîtriser nombre de dossiers. Pour avoir eu la chance de travailler avec certains hommes politiques par le passé, je puis affirmer qu’ils avaient une réelle connaissance de leurs dossiers, y compris les plus compliqués. Tel n’est pas le cas de Nicolas Sarkozy qui, tout le monde doit l’admettre, se disperse beaucoup trop pour pouvoir accomplir un travail suivi. Entre ses joggings, ses escapades, ses vacances à l’étranger, ses actions sur des terrains où il ne devrait pas être, quand a-t-il le temps de s’occuper du pays ?

En disant cela, je ne suis pas dans la polémique, mais dans la réalité de la vie. Certains sont des travailleurs de l’ombre et il est difficile de souligner l’efficacité de leur travail, précisément parce qu’ils refusent de se mettre en avant. Nicolas Sarkozy ne fait évidemment pas partie de ceux-là, tout le monde l’a compris. Ce qui compte pour lui c’est la communication,  mais ses conseillers devraient l’avertir que  ses fonctions exigent à la fois un minimum de décence et de dignité, et qu’il ne sert à rien de vouloir infantiliser le peuple français en prodiguant les paillettes d’un optimisme trompeur.

La France mérite mieux que s’attirer la moquerie du monde entier à cause des fadaises et des toquades  d’un président de la République qui ne pense qu’à lui, sans se soucier des problèmes de ses compatriotes. Nicolas Sarkozy n’a pas de projet pour son pays et il n’en a jamais eu, sinon il n’aurait pas multiplié les promesses, parfois tout à fait contradictoires. Par comparaison, nous citerons quelques phrases  de François Bayrou qui en disent long sur la différence d’approche de la politique entre le leader du Mouvement Démocrate et le chef de l’Etat : «un projet, c’est d’abord une vision qui résulte de l’analyse de la société, mais aussi des attentes de nos concitoyens. C’est un guide pour l’action, c’est un cap pour demain. C’est une inspiration unificatrice qui concerne l’ensemble des Français : il parle de tous et il parle à tous ». On est à des années-lumière de la pensée de Nicolas Sarkozy.

Michel Escatafal

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