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17.12.2007

Le Kosovo vers l'indépendance début 2008

Principales nationalités en Yougoslavie en 1998

 La Yougoslavie en 1998 avec ses nationalités 

 

Alors que l’actualité du jour est plutôt à l’enjouement, nous allons parler d’un évènement qui pourrait changer durablement la face d’une partie de l’Europe, les Balkans, qui fut la scène de tant de conflits sanglants sur notre continent. En effet, cette fois c’est fait ou presque, la Serbie va se retrouver toute seule et va perdre la dernière province qui lui reste après la dislocation de la fédération yougoslave. L’indépendance du Kosovo est donc inéluctable et devrait intervenir au début de l’année prochaine, juste après les présidentielles serbes dont le deuxième tour est prévu le 3 février 2008. Du coup, les dirigeants européens ont pris samedi la décision politique d’envoyer dans la province serbe,  administrée par l’ONU,  la plus vaste mission d’assistance civile et policière jamais déployée par l’Union Européenne. En clair, l’Europe sera là pour assurer la stabilité du pays, tout comme l’OTAN qui maintiendra le temps qu’il faudra les troupes de la Kfor, présentes depuis 1999.

Bien entendu, cette précipitation pour l’envoi de cette mission est due au fait que jamais la Russie n’acceptera une résolution de l’ONU reconnaissant l’indépendance du Kosovo. Cela signifie que l’Union Européenne enverra pour la première fois une mission au titre de sa politique extérieure sans mandat de l’ONU. Cela étant, l’indépendance du Kosovo paraît inéluctable comme le rappelait Nicolas Sarkozy lors de la réunion de Bruxelles des dirigeants européens, en disant que « les Kosovars et les Serbes ne veulent plus vivre ensemble ». La décision d’envoi de cette mission a été prise à l’unanimité, même si elle a donné lieu à quelques passes d’armes provoquées par les pays opposés à l’indépendance à savoir Chypre, la Grèce, la Slovaquie, l’Espagne et la Roumanie.

Le président roumain Traian Basescu a même  rejeté sans ambiguïté toute indépendance du Kosovo, par crainte que l’exemple kosovar ne fasse tâche d’huile,  et alimente le désir d’indépendance des Hongrois (environ un million) habitant en Tansylvanie. Les Chypriotes en revanche craignent une annexion par la Turquie du Nord de l’île. Cela étant, ces deux Etats sont très minoritaires dans l’Union, puisque les autres pays hésitant à accepter l’indépendance du Kosovo finiront par admettre celle-ci, sous supervision internationale.

La Serbie sera donc la grande perdante d’un Kosovo indépendant,  puisqu’elle sera amputée de 10% de son territoire et d’un des lieux fondateurs de son histoire, le Champ des Merles. Cela nous amène à évoquer brièvement l’histoire de ce territoire qui constitue le berceau la Serbie médiévale. Il faut savoir en effet que l’unification de la Serbie se fit au XII é siècle. D’ailleurs, le tsar Etienne IX Duchan (1331-1355), roi des Serbes,  régna sur un territoire qui engloberait aujourd’hui, la Serbie, la Grèce, la Macédoine et l’Albanie. De nombreux monastères orthodoxes attestent de cette présence serbe au Kosovo depuis le Moyen-Age.

L’Empire serbe se disloqua vers la fin du 14è siècle au profit de l’Empire Ottoman qui annexa, notamment, la Macédoine et la Bulgarie. Après la bataille du « champ des Merles »en 1389, la Serbie passa sous administration ottomane et une partie de sa population, notamment les Albanais, les Bosniaques et les Kosovars, est devenue musulmane, ce qui est encore le cas aujourd’hui. En fait, ce sont les Albanais qui ont investi le Kosovo pendant la période de domination ottomane  prenant la place des Serbes qui, pour la plupart, ont refusé la conversion à l’Islam et se sont réfugiés au Nord du pays. La Serbie retrouva son indépendance en 1878, mais sans le Kosovo qui resta sous tutelle Ottomane.

A la fin de l’Empire ottoman, et au moment de la création de l’Etat albanais en 1912, l’Albanie revendiqua le Kosovo, mais grâce à la pression de la Russie tsariste, le Kosovo fut rattaché à la Serbie, elle-même formant  plus tard  en 1918 avec la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine  et la Slovénie, le royaume de Yougoslavie. Les kosovars ne se reconnaissant pas une place dans ce nouvel Etat, se révoltèrent à maintes reprises, mais tous ces soulèvements furent chaque fois réprimés dans le sang. En 1919-1920, le Kosovo vivait un peu dans la même situation que celle qui prévalait entre 1995 et 1999, année de la mise en place du protectorat de l’ONU. Après la parenthèse de l’Italie fasciste, le Kosovo redeviendra en 1945 une entité administrative de la Serbie, puis province autonome en 1968, statut qui fut confirmé en 1974 avant d’être aboli en 1989, le président serbe Milosevic instituant un régime ethnique discriminatoire envers les Albanais.

Ce rappel historique nous aide à mieux comprendre les arguments de ceux qui plaident pour l’indépendance du Kosovo,  et de ceux qui y sont hostiles. Il y a finalement beaucoup d’arguments pour, mais les tenants du contre ont eux aussi quelques arguments non négligeables, et notamment l’intangibilité des frontières reconnue par la communauté internationale dans les années 90, à destination des Balkans. Toutefois, si l’on s’en tient au seul droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le Kosovo doit devenir indépendant d’autant que dans les années 1998-1999, les unités spéciales de la police serbe  ont laissé le souvenir d’une terrible répression avec la mort de 200 000 Kosovars et l’exode de plus de 300 000 réfugiés. De plus, le Kosovo parle l’albanais (90% de la population), et la religion est essentiellement musulmane et non chrétienne orthodoxe comme en Serbie.

Pour aider à régler le problème, d’autant plus urgent que les Kosovars albanais font subir aux Kosovars serbes ce qu’ils ont subi eux-mêmes du temps de Milosevic, Nicolas Sarkozy et ses collègues européens ont proposé d’accélérer le processus d’intégration de la Serbie dans l’Union Européenne, mais ce marchandage a été considéré comme « insultant » par le premier Ministre serbe Kostunica. En tout cas, en reportant l’acceptation de l’indépendance du Kosovo à février 2008, les Européens espèrent aider le président serbe pro-européen, Tadic, à renouveler son mandat face aux nationalistes de tous bords qui ne manqueront pas d’exploiter la situation.

Voilà où nous en sommes en cette fin d’année 2007 dans une province serbe qui ne l’est plus que formellement. La seule bonne nouvelle dans cette situation est que la Serbie, par la voie de son président,  a redit encore samedi qu’elle ne recourrait pas à la violence, preuve s’il en était besoin qu’elle sait que son combat pour garder le Kosovo est perdu d’avance, même si les partis patriotiques ne sont pas de cet avis. Il lui reste donc à livrer un ultime baroud d’honneur qui pourrait lui rapporter une aide importante de l’Union Européenne, vu l’intérêt évident de cette dernière à aboutir le plus rapidement possible à une solution.

Le Kosovo sera-t-il beaucoup plus heureux pour cela? Difficile à dire, car mis à part l’inévitable sentiment de fierté que ressent un pays quand il acquiert son indépendance, la viabilité économique d’un micro-Etat de 2, 1 millions d’habitants est loin d’être assurée, même si le Kosovo recèle sur son territoire des terres fertiles, celles-là même qui ont attiré les Albanais au 17è siècle. Cela dit, ces terres sont de plus en plus abandonnées dans l’indifférence des responsables politiques, au point que le Kosovo importe tout ce qu’il mange. De plus, ceux qui connaissent bien le pays disent que le Kosovo n’a plus d’autorité civile depuis longtemps,  et  vit dans l’anarchie avec une corruption généralisée, alors que crimes et assassinats sont monnaie courante. C’est d’ailleurs pour installer un état de droit que l’Union Européenne va envoyer sa mission civile dès le mois de janvier.

Il reste donc à souhaiter que cette mission réalise les objectifs qui lui seront assignés, et que l’indépendance du Kosovo se déroule sans effusion de sang, à l’instar de celle du Monténégro, malgré les multiples menaces des groupements paramilitaires de tous bords, sans parler du rôle ambigu de l’Eglise serbe othodoxe.  Il est surtout absolument indispensable qu’une fois l’indépendance obtenue, le Kosovo ne retombe pas dans une dictature dirigée cette fois par les Kosovars albanais. Si l’Union Européenne parvient à ce résultat, elle aura démontré encore une fois son rôle dans la voie de la réconciliation et de la solidarité entre les peuples. Et ces mots sonnent avec une résonnance particulière dans cette partie des Balkans.

Michel Escatafal

KOSOVO : 10 887 km², 2,1 M d’habitants dont 90% parlent albanais

Capitale : Pristina

Monnaie : l’euro

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