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29.11.2007
Ce week-end, l'information politique c'est le Congrés du Mouvement Démocrate
Pour François Bayrou, " la banlieue va très mal, et malgré les déclarations multiples qui ont lieu au rythme des émeutes, la vérité est que rien n'a réellement changé sur le fond parce que, hélas, le pays dans lequel on vit se satisfait du retour au calme et des déclarations habituellement grandiloquentes, des plans annoncés majestueusement et qui ne sont pas réellement suivis d'effets" ce qu'il résuma de manière incisive : "Il y a eu trop de promesses et pas assez d'actes."
Le président de l'UDF-Mouvement Démocrate a également tracé les grandes lignes d'une action de long terme en faveur des banlieues autour de trois axes : la lutte contre discrimination "une discrimination devant l'emploi", les services publics et l'Etat dont la présence est nécessaire "là où nous en avons le plus besoin et où ils sont le plus absent" et enfin, le désenclavement afin que "l'on ne soit pas enfermé dans les cités".
Par ailleurs, interrogé sur le départ de Jean-Marie Cavada, François Bayrou a estimé : "On leur a expliqué qu'avoir un poste gouvernemental ça passait par deux choses : premièrement se rallier à l'UMP et conduire sa liste dans un des arrondissements parisiens dont on ignore tout , deuxièmement, si vous voulez un poste ministériel, alors il faut que vous traîniez dans la boue vos anciens amis".
Voilà le résumé des propos tenus hier par notre leader sur France-Inter. Evidemment, s’il bénéficiait du temps de parole que l’on devrait accorder normalement à un candidat qui a obtenu 18,6% des voix à l’élection présidentielle au suffrage universel, il aurait pu commenter plus longuement l’actualité nationale et internationale. Mais le service public, que nous payons avec nos impôts, ne lui en a pas laissé le loisir.
Il est vrai que toutes les chaînes de radio et de télévision du pays sont d’ores et déjà mobilisées par l’intervention de Nicolas Sarkozy de ce soir. Il va parler pour la énième fois, il va de nouveau annoncer quelques mesures qui vont obérer un peu plus le budget de l’Etat, et il va continuer à faire des promesses. Nous allons avoir, c’est certain, quelques questions aseptisées et un long monologue de Nicolas Sarkozy. Ensuite toutes les rédactions vont amplifier le message présidentiel et nous passerons à autre chose, car il faut tenir jusqu’aux élections municipales. Et après ? On verra.
En revanche, je ne suis pas certain que ses journalistes amis vont lui poser quelques questions embarrassantes. Parmi celles-ci, il y en a une relative au maintien de l’exonération de redevance (116 euros par an) pour les plus de 65 ans qui ont des faibles ressources. Théoriquement, elle doit être supprimée le 1er janvier. Il faut savoir en effet que les députés de la Commission des Finances ont écarté plusieurs amendements socialistes demandant le maintien de cette exonération. Il paraît que la question va revenir à l’ordre du jour en décembre, lors de l’examen du collectif budgétaire, aux dires de quelques députés UMP qui, eux aussi, souhaiteraient le maintien de l’exonération. Les élections municipales approchent et ceux-là doivent être en difficulté.
Cette question à poser au chef de l’Etat serait d’autant plus pertinente que l’on parle beaucoup en ce moment de pouvoir d’achat, et 116 euros pour les retraités à faible revenu c’est beaucoup. Cela étant, il faut financer le coût du paquet fiscal voté en juillet au bénéfice des plus riches. Comme nous pouvons le constater, le président de la république et sa majorité ont une priorité : distribuer de l’argent à ceux qui en ont le moins besoin, et pressurer au maximum ceux qui n’arrivent pas à gagner plus et qui ont peu.
Autre question qui pourrait être posée, dans un tout autre domaine, concernant la réforme imminente du secteur audiovisuel extérieur, pour tout dire la voix de la France à l’étranger. Manifestement pour le président de la République, la voix de la France c’est TF1 et accessoirement France Télévision. Mais pour les francophones vivant à l’étranger, c’est aussi France 24 lancée à grand fracas par Chirac fin 2006 (dont TF1 est actionnaire), RFI (Radio France Internationale) et TV5. Pour cette dernière, il y a des actionnaires belges, suisses et canadiens ce qui complique la chose, car ces actionnaires ne sont pas forcément là pour vanter la gloire et les mérites de Nicolas Sarkozy. Gageons, hélas, que le président de la République saura trouver la solution pour faire en sorte que, là aussi, le pluralisme ou la diversité soient absents. Et peu importe si les francophones d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique ne regardent plus TV5 Europe ou Monde.
Nous pourrions continuer longtemps encore sur les questions qui préoccupent les Français et qui ne seront pas abordées ce soir. Mais pour nous, et vous ne m’en voudrez pas, nous sommes tout à notre joie de participer à partir de demain au congrès de l’UDF et du Mouvement Démocrate. L’ambiance sera j’en suis sûr à la fête, même si la naissance d’un mouvement qui compte déjà 80 000 membres est quelque chose de très sérieux et important pour un pays qui, comme le notre, a besoin de retrouver l’espoir, ce qui passe par le renouvellement de son personnel politique. La France traverse une crise profonde, mais son déclin n’est pas inéluctable pour peu que nous le voulions et que nous nous en donnions les moyens. Le Mouvement Démocrate est là pour combler l’attente d’une nation qui doute de plus en plus de son avenir.
Michel Escatafal
10:00 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.11.2007
Construire une République honnête et un Etat impartial
A la veille de partir pour le congrès fondateur du Mouvement Démocrate, je voulais parler du plaisir que j’ai de participer à la naissance d’un parti totalement nouveau, tellement nouveau d’ailleurs que beaucoup de monde essaie de le démolir avant qu’il ne soit né. C’est d’ailleurs toujours le cas, quand un mouvement prend de l’ampleur, surtout si ce mouvement est dirigé par un homme qui veut changer la vie de ses concitoyens, et gouverner autrement. Par certains cotés, ce qui arrive aujourd’hui à François Bayrou me fait penser à Léon Gambetta, quand celui-ci voulait changer la vie des Français et envisageait de grandes réformes institutionnelles, économiques et sociales, notamment en faveur des classes défavorisées.
Que s’est-il passé ? Au moment où il s’apprêtait à gouverner (1881), une coalition d’intérêts s’est soudain retrouvée pour l’empêcher de mettre en place son projet. Cette coalition regroupait la présidence de la République, la haute finance, mais aussi les dirigeants des grands groupes miniers et des compagnies de chemins de fer ; il ne manquait que TF1, mais la télévision n’existait pas. Il avait aussi à affronter l’ensemble du personnel politique, soucieux de préserver ses prérogatives, ses mandats et pour tout dire ses privilèges.
Tout cela nous rappelle quelque chose, et nous ramène à ce qui s’est passé en début d’année au moment où François Bayrou faisait sa percée dans les sondages. Tout a été mis en œuvre pour que le second tour de l’élection présidentielle, oppose les candidats des deux partis qui se partagent le pouvoir depuis 1981. Même le journal Le Monde rompant avec une éthique séculaire, parce que désormais inféodé aux grands groupes financiers, y est allé de son couplet pour barrer coûte que coûte la route à François Bayrou.
Cela étant, on peut comprendre que tout ce petit monde puisse s’inquiéter de l’émergence d’un parti politique fort, soucieux de placer l’homme au centre des préoccupations. L’article 2 du projet de statuts du Mouvement Démocrate est à cet égard significatif : « le Mouvement Démocrate s’engage à promouvoir les idéaux républicains par l’édification d’une démocratie de responsabilité dans la vie politique nationale, européenne et mondiale comme dans la vie politique sociale ».
Bien évidemment, tous les partis politiques peuvent se prévaloir de ce type de phrase, mais le Mouvement Démocrate en fait une question de principe. Léon Gambetta croyait à ce qu’il disait, et cela ses adversaires le savaient. François Bayrou croit à ce qu’il affirme, et c’est pour cela qu’il est combattu par l’ensemble de la classe politique d'autant que notre leader, contrairement à Gambetta, a le soutien d'un grand nombre de militants. Il faut l’abattre, et pour reprendre ce que disait hier Marielle de Sarnez dans le journal Libération, « le départ de J.M. Cavada prouve simplement que Nicolas Sarkozy et l’UMP sont déterminés à tout faire pour empêcher la création d’un grand parti démocrate, libre et indépendant ». Elle aurait pu ajouter que le Parti Socialiste ne voit pas non plus d’un très bon œil la montée en puissance du MoDem.
Et oui, notre mouvement fait peur et plus on ira, plus il prendra de place dans le pays. Les prochaines élections le prouveront, soyons en sûrs. D’ailleurs les Français commencent à réaliser qu’ils se sont trompés, qu’on les a trompés. Devant le vide sidéral en termes d’idées du Parti Socialiste, il n’y a comme alternative que François Bayrou et le Mouvement Démocrate face à Nicolas Sarkozy et l’UMP. Les Français ont déjà compris que le président de la République et son parti renient les valeurs de la République, et leur font subir la dictature des images et des postures sur la raison. Ils commencent à comprendre qu’il faut nous unir, et non pas nous laisser diviser comme le pouvoir ne cesse de le faire, en prenant à témoin la population pour discréditer ceux qui osent s’opposer.
Le responsable de tous nos malheurs n’est pas le chômeur, ni l’immigré, ni le fonctionnaire. Non le responsable, c’est la finance internationale, c’est l’argent facile, c’est l’argent roi, celui que l’on prête aux pauvres sans se soucier des conséquences, parce qu’ils sont très nombreux, et parce qu’ils sont prêts à tout pour essayer de survivre. Tout le monde le sait, Nicolas Sarkozy le premier, comme l’a rappelé récemment François Bayrou quand il dénonçait le ralliement de notre président de la République « à un rêve américain inégalitaire », qualifiant le sarkozysme de « projet inégalitaire assumé ».
Il reste donc aux militants du Mouvement Démocrate que nous sommes, à nous battre pour faire comprendre à nos compatriotes qu’il faut nous rassembler dans un commun intérêt général, seule manière de faire bouger les choses, hors des idéologies, des réseaux, des communautés. Ce projet là, comme le répète sans cesse François Bayrou, dépasse les frontières classiques de la droite et de la gauche. Le Mouvement Démocrate est là pour proposer un monde meilleur, un monde où tout n’est pas sacrifié au profit. Ce monde, je suis convaincu que nous l’établirons en France, et par contagion il se fera aussi en Europe. Sans idéal, la vie politique se ramène à une lutte pour le pouvoir sans s’interroger sur l’usage qu’on en fera. C’est cela que nous ne voulons pas.
Michel Escatafal
12:45 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.11.2007
Le Président est mort, vive le roi!
Charles X, Roi de France (1824-1830)
Si vous aimez l’histoire vous avez beaucoup de chance, car cela vous permet de vivre à travers les siècles ce qui se passe aujourd’hui. Le roi Charles X en est un exemple frappant. Toutes les biographies sur le personnage nous font irrésistiblement penser à Nicolas Sarkozy, président de la République en 2007. Certes, il y a une différence notable par rapport à cette époque : Nicolas Sarkozy a été élu démocratiquement, ce qui évidemment n’était pas le cas de Charles X. Il n’empêche, l’élection de notre président doit beaucoup au pouvoir des médias et des puissances d’argent, qui ont mis tout leur poids dans la balance, afin que François Bayrou ne participe pas au second tour de l’élection présidentielle le 6 mai dernier.
Revenons à Charles X et à cette date du 16 septembre 1824, jour où le roi Louis XVIII s’éteint aux Tuileries. Quelques instants plus tard, on annonce la nouvelle à la famille royale : « Le Roi est mort, vive le Roi », ce qui fit dire à la petite fille de Charles X : « Roi ! Oh ! c’est bien là le pis de l’histoire ! ». Manifestement, elle n’avait pas l’air enchanté de voir son grand-père, pour lequel elle avait beaucoup d’affection, monter sur le trône, au contraire du petit Louis le jour où Nicolas Sarkozy s’empara de l’UMP, quand il lança son désormais fameux : « je te souhaite bonne chance mon Papa ! ».
Charles X a 67 ans quand il devient roi de France, mais on le décrit toujours fringant, presque adolescent avec un éternel sourire charmeur. Sa gentillesse et sa générosité frappent toux ceux qui l’approchent. Cela nous rappelle un autre personnage, sauf que Charles X, précédemment Comte d’Artois, est fils d’une famille royale, avec la courtoisie et la dignité pleine d’aisance qui sied aux princes. En revanche, il n’était pas très cultivé au sens où l’on entend le mot, par la culture encyclopédique ou l’esprit voltairien de son frère Louis XVIII. En cela il ressemble beaucoup à son lointain successeur d’aujourd’hui, qui est loin d’avoir le goût de l’art et des belles lettres de Pompidou, Mitterrand ou Valéry Giscard d’Estaing. Nicolas Sarkozy aime bien Johnny !
Le drame de Charles X aux yeux des historiens, c’est de croire que l’histoire s’est arrêtée en 1789, comme si la Révolution et l’Empire n’avaient jamais existé. Sa conception de la royauté est absolue, comme en témoigne cette phrase qu’il répétait souvent : « j’aimerais mieux scier du bois que de régner à la façon du roi d’Angleterre ». Il n’a de compte à rendre qu’à Dieu et à son peuple. Cela aussi nous rappelle quelque chose : « Les Français ne m’ont pas élu pour regarder passer les trains», répète sans cesse Nicolas Sarkozy. Donc c’est lui et lui seul qui gouverne.
Cela nous ramène à Charles X qui a toujours affirmé qu’il n’avait guère de théorie politique, ni de programme défini. Mais Nicolas Sarkozy en a-t-il ? Notre président réagit plus qu’il n’agit réellement, au gré des circonstances. Comme Charles X, il choisit ses ministres sur des critères plus affectifs et personnels que politiques, même si le fait d’avoir pris des ministres socialistes ou centristes pourrait indiquer le contraire. S’il les a nommés, c’est parce qu’il y voyait un intérêt personnel et non pour rassembler des compétences comme l’aurait fait François Bayrou.
En conseil des ministres, le roi Charles X se mêlait à toutes les discussions, en donnant à son opinion le caractère d’une volonté arrêtée. En fait, comme l’actuel « locataire de l’Elysée », sa préférence allait au travail en comité restreint avec ses principaux conseillers. C’est là que se jouaient les décisions dans le royaume, comme elles se jouent de nos jours dans la République, sauf que le principal conseiller de Charles X, Villèle, était aussi son principal ministre, rôle que n’a pas François Fillon.
D’après Lamartine, Charles X aimait à s’entourer « d’une petite cour de familiers, sans lumières, enivrés par la faveur, avides de régner sous leur maître ». C’est le propre de tout pouvoir de secréter autour de lui un noyau d’affidés, plus particulièrement quand le pouvoir appartient à un seul homme. C’est bien ce qui se passe depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Qui était avec lui lors de la fameuse nuit du Fouquet ? Des chefs d’entreprises importants, quelques amis politiques et ce que l’on appelle « des people », chanteurs, acteurs de cinéma, sportifs etc.
Charles X avait des rituels en cours de journée qu’il veillait à ne pas négliger. Vers 10 heures, il partait à la chasse qui, comme chacun sait, est une passion très royale, décuplée par le fait qu’il vivait seul, son épouse Marie-Thérèse de Savoie étant décédée en 1805. Notre président de la République ne va pas à la chasse, mais il court et fait son jogging. La différence entre les deux monarques est que Charles X n’avait pas TF1 ou France 2 pour immortaliser ses escapades journalières. On ne le voyait pas arpenter les forêts avec son fusil, comme on voit la petite foulée de Nicolas Sarkozy. Il ne s’arrêtait pas en pleine chasse pour livrer ses confidences aux journalistes face à la caméra.
Nous pourrions citer bien d’autres remarques ou anecdotes entre les deux personnages qui, chacun à leur manière, auront suscité bien des espoirs, voire même une vague d’enthousiasme à leur avènement. Charles X, juché sur un magnifique cheval arabe fait son entrée dans Paris le 27 septembre 1824 au milieu d’une foule en liesse. Le contraste diront les observateurs est saisissant avec Louis XVIII qu’il remplace, roi usé par de longues années d’exil et une santé déficiente. Nicolas Sarkozy le 6 mai au soir, rencontre la même liesse auprès de ceux qui l’ont élu et soutenu, lassés par 12 ans de présidence chiraquienne. Mais comme pour Charles X, nombre de Français ne se reconnaissent pas dans ce nouveau pouvoir fait de clinquant et de paillettes.
A peine arrivé aux Tuileries, Charles X avec l’appui de Villèle fit voter « le fameux milliard aux émigrés », pour compenser les pertes qu’ils avaient subi quand ils quittèrent la France au moment de la Révolution. C’était la toute première mesure du règne de Charles X, une sorte de paquet fiscal pour faire le parallèle avec Nicolas Sarkozy. Cette maladresse de Charles X et Villèle pèsera très lourd six ans plus tard en 1830, comme sans doute le paquet fiscal pèsera dans la prochaine élection présidentielle.
Une fois sur le trône, Charles X va rayonner pendant quelques mois en ayant le sentiment d’avoir renoué avec les plus belles heures de la royauté, mais moins de six ans plus tard les Français le chasseront du pouvoir. Dans quatre ans et demi, ce n’est pas une révolution qui obligera Nicolas Sarkozy à quitter ses fonctions, mais le suffrage universel. La déception est déjà perceptible dans la population. Le président apparaît déjà comme un monarque à court de solutions, face aux défis auxquels est confronté notre pays.
Les Français voudront donc revenir aux principes qui ont guidé les fondateurs de la 5è République, à savoir un équilibre constitutionnel retrouvé et des principes de responsabilité et de légitimité. Ils refuseront aussi « le ralliement à un rêve américain inégalitaire », comme le dit avec justesse François Bayrou qui est, d’ores et déjà, le seul recours possible pour faire avancer notre pays sur la voie de la modernisation politique, sociale et économique.
Michel Escatafal
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24.11.2007
Après les immigrés, les fonctionnaires, à qui le tour?
Il faut oser, aller assez loin, reculer s’il le faut un peu, mais toujours donner l’impression que l’on avance. C’est la stratégie de ceux qui veulent imposer leur loi et sur ce plan, Nicolas Sarkozy et ses communicants sont passés maître dans l’art de faire accepter par l’opinion les mesures qu’ils veulent mettre en œuvre, y compris les plus contestables. Nous en avons l’exemple chaque mois, chaque semaine pour ne pas dire chaque jour. Jamais, depuis bien longtemps, nous n’avions subi un tel matraquage organisé pour laisser accroire aux Français qu’on gouverne le pays avec eux, et pour eux.
Nous n’avons pas besoin de remonter bien loin pour en avoir la preuve. Les grèves à la SNCF et à la RATP en ont été le meilleur exemple. Qu’avons-nous lu et entendu à propos de ces mouvements ? Les mots otages, colère, les expressions ras-le-bol, en avoir marre, les adjectifs furieux, fatigués etc. Qui utilisait ce vocabulaire ? Réponse : le gouvernement et la plupart des médias ou si l’on préfère tous les grands médias, ceux qui comptent le plus dans l’opinion, relayant à sens unique les propos d’usagers jetant l’opprobre sur les cheminots ou les employés de la RATP. En revanche, on n’a quasiment pas entendu les grévistes de la base, à croire que la grève était faite par les Thibault, Chérèque ou Mailly, c’est-à-dire par les leaders des grandes centrales syndicales qui, par parenthèse, ont pu vérifier en quelle estime les tenaient leurs militants et le peu de confiance qu’ils leur font.
Cela n’avait d’ailleurs pas d’importance pour TF1 ou France Télévision, l’essentiel étant que les dirigeants syndicaux aient voulu aller à la table des négociations très rapidement, conformément aux souhaits de Nicolas Sarkozy. A partir de là, on pouvait annoncer que celui-ci sortait grand vainqueur de ce conflit et les Français d’applaudir « parce qu’il n’avait pas lâché ». On aime bien dans notre pays les langages guerriers : « il a tenu » comme à Verdun. Désolant ! Comme si les rapports sociaux dans le pays devaient se résumer à ce type de rapport de force.
Cela étant, si cette grève dans les transports à propos des régimes spéciaux a monopolisé les médias ces derniers jours, il est peut-être bon de revenir sur un exemple emblématique de l’état d’esprit que l’on essaie d’inculquer aux Français : le recours aux tests ADN dans le cadre du regroupement familial. D’abord on en a peu parlé dans les grands médias, sauf pour nous dire que Nicolas Sarkozy a été élu par les Français pour faire des réformes. Soit, mais il y a des réformes que nous préférerions ne pas avoir à commenter, et la dernière loi sur l’immigration avec l’introduction de tests ADN dans le cadre du regroupement familial en fait partie.
Cette loi, en effet, nous ne le redirons jamais assez, est une honte pour notre pays, même si le Conseil Constitutionnel a édulcoré l’amendement qui posait le plus problème. Certains, dont nous faisons partie, ont dit que c’était une demi- victoire que d’avoir obligé le Conseil Constitutionnel à mettre suffisamment d’obstacles au dispositif pour le rendre finalement inapplicable. Malgré tout, la loi a été votée et c’est une de plus, de trop, dans un arsenal anti immigration qui devient indigne de la France.
Là, nous touchons à l’essentiel : les idées du FN se banalisent de plus en plus, et il n’est pas étonnant de voir des élus Front National mener des listes UMP aux élections municipales ou se rallier au parti majoritaire. La stratégie a été payante au moment de l’élection présidentielle, et nous devons tout mettre en œuvre pour qu’elle ne le soit pas une nouvelle fois à l’avenir. Les Français doivent comprendre que Nicolas Sarkozy agit toujours de la même façon : il avance des idées fortes sur l’immigration, sur le droit du travail, sur l’éducation etc., prend à témoin les Français, et fait passer l’essentiel de ces idées.
Quoi de plus facile que profiter d’un crime odieux, pour faire passer une loi qui restreint les libertés. Quoi de plus facile que mettre en opposition une catégorie de salariés qui cotise 40 ans pour sa retraite, et l’autre qui cotise 37 ans et demi. Quoi de plus facile que discréditer des fonctionnaires (ces nantis, ces privilégiés etc.) réclamant un supplément de pouvoir d’achat en disant à ceux qui ne le sont pas, que les employés des services publics ont la garantie de l’emploi et qu’à ce titre, ils ont la possibilité d’empêcher de travailler ceux qui ne bénéficient pas de cette garantie. Imparable, il suffit d’oser !
Cependant, une question se pose : jusqu’où ira-t-on ? Aujourd’hui nous parlons de l’immigration, de la réforme des régimes spéciaux. Demain ce sera le tour du droit du travail, la première offensive étant lancée par la présidente du MEDEF qui demande carrément la suppression de la durée légale du travail. Ce n’est pas une proposition lancée en l’air, d’autant que si l’on écoute Madame Parisot, c’est le meilleur moyen de pouvoir augmenter le pouvoir d’achat puisque, selon ses dires, « celui-ci est une résultante de la croissance ». Or, pour elle, il y aura plus de croissance sans durée légale du travail. Il faut noter que jusqu’à présent, on a entendu personne au gouvernement dire que cette idée était loufoque, tellement elle leur paraît naturelle.
On va donc s’attacher à préparer les esprits à cette nouvelle rupture, en expliquant que la France est en panne de croissance parce qu’il y a trop de rigidités, et donc « il faut balayer tous ces mécanismes très complexes » pour parler comme Madame Parisot, la présidente du MEDEF. Les médias vont relayer cette idée, en oubliant de dire que le dispositif des heures supplémentaires, pourtant bien aménagé par les précédents gouvernements, n’avait pas permis le supplément de croissance promis. D’ailleurs, nombre d’entreprises sont loin d’utiliser les dispositifs autorisés, mais cela il ne faut pas l’avouer, si on veut imposer à notre pays le modèle américain, dont Nicolas Sarkozy ou Madame Lagarde sont de grands admirateurs.
Cela étant, ce sera quand même plus difficile à imposer aux Français que des lois sur l’immigration ou des suppressions de poste de fonctionnaires. Pendant sa campagne présidentielle et après, François Bayrou n’a cessé de dire que le modèle français n’avançait plus parce qu’il était inadapté à la société d’aujourd’hui. Mais il ajoutait que cette inadaptation avait deux sources principales : « l’abandon du principe de l’égalité des chances et du principe de solidarité ». Le leader du Mouvement Démocrate a raison : c’est dans ses traditions et dans ses valeurs que notre pays trouvera la réponse aux nouveaux défis liés à la mondialisation. En disant cela, nous sommes très loin du rêve des adeptes du libéralisme pur et dur, mais c’est sans doute le seul moyen de refonder notre modèle social.
Néanmoins la partie n’est pas gagnée d’avance, et il faudra se battre pour imposer une société où l’homme a une place prépondérante. En effet, comme pour l’immigration, on va essayer de conditionner la population afin qu’elle accepte des mesures ultra libérales. Avec les cadeaux fiscaux aux plus riches, la dépénalisation du droit des affaires, la suppression de 63 tribunaux de prudhommes, la grande offensive est lancée. Le MEDEF apportera sa pierre à l’édifice et on peut compter sur les propriétaires des grands médias, amis à la fois de Madame Parisot et de Nicolas Sarkozy, pour achever le travail de conditionnement.
Malgré tout, le président de la République aurait tort de trop sous-estimer les Français car dans le domaine du droit du travail, tous sont concernés et pas seulement les immigrés. Le précédent du CNE et plus encore du CPE devrait l’inciter à la prudence. De plus, même ceux qui doivent se contenter d’un emploi précaire ne sont pas prêts à accepter la suppression de la durée légale du travail. Il sera quand même difficile de leur faire admettre qu’ils sont des privilégiés parce qu’ils ont un travail, à moins de vouloir revenir au 19è siècle. Pour notre part, et ce sera notre conclusion, nous faisons confiance à nos compatriotes pour empêcher Nicolas Sarkozy de faire de la France une terre où le salarié est considéré non plus comme un homme, mais seulement comme un agent économique.
M.E.
08:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.11.2007
Et maintenant que va-t-il faire?
Les conflits à la RATP et à la SNCF étant en voie d’extinction, Nicolas Sarkozy et son gouvernement vont pouvoir passer à autre chose. Cela étant, on ne connaît pas encore les résultats de ces grèves liées à la réforme sur les régimes spéciaux. Personne, pour le moment, n’est capable de nous expliquer ce que le gouvernement a réellement gagné dans cette affaire, et pour les syndicats le flou est encore plus marqué dans la mesure où les négociations vont se dérouler pendant quelque temps encore. Une chose est certaine, personne ne sort réellement gagnant du conflit : le pouvoir parce qu’il se contente d’une victoire en ce qui concerne la durée de cotisation, les syndicats parce qu’ils n’ont pas réussi à maintenir une pression suffisante pour faire reculer le gouvernement, au moins sur la durée de cotisation, même s’ils disent avoir obtenu des contreparties intéressantes. Lesquelles ?
En revanche, ce dont on est certain, c’est que la facture sera lourde pour tout le monde. Combien a coûté ce conflit ? Personne ne peut réellement le dire, même si çà et là on entend des chiffres allant de 4 à 5 milliards d’euros. Rien que pour la SNCF, la facture se monterait à 200 millions d’euros. Bien sûr, comme nous avons coutume de le dire, pour Nicolas Sarkozy et le gouvernement quelques centaines de millions voire quelques milliards d’euros, ne pèsent pas lourd à coté des déficits considérables qui grèvent le budget de la Maison France, surtout si cela doit permettre au président de la République de passer pour un grand réformateur. D’ailleurs, on est en droit de se demander si finalement, ce n’était pas le seul but de ce conflit que l’on aurait pu et dû éviter.
En effet, on a beau chercher à comprendre, on ne voit pas ce que ce mouvement social provoqué, a pu apporter comme début de résolution du financement des retraites à échéance de 15, 25 ou 35 ans. Pourtant, le gouvernement Jospin avait mis en place en 1999 un fonds de réserve des retraites, destiné à accumuler des réserves financières jusqu’en 2020. Les revenus de ce fond devaient permettre d’atténuer les charges des régimes de retraite et limiter les besoins de financement. On devait atteindre la somme de 152 milliards d’euros en 2020 grâce aux recettes des privatisations et aux excédents de certains régimes de sécurité sociale. Aujourd’hui ce fonds n’est doté que de 13 milliards d’euros.
Mais au fait où sont passés les 14 milliards d’euros qu’ont rapporté la vente des autoroutes, ce qui a valu au gouvernement précédent un recours au Conseil d’Etat déposé par François Bayrou en février 2006 ? Ou sont passés les milliards de cessions diverses par l’Etat des titres France Télécom qui lui restaient, sans oublier EDF, la SNCM etc. ce qui représente environ 25 milliards d’euros ? En tout cas, ils n’ont pas alimenté le fond de réserve des retraites, et nous n’avons jamais entendu Nicolas Sarkozy, à l’époque numéro deux du gouvernement, s’indigner de cela. Certes, on nous a dit que ces sommes ont servi à recapitaliser les entreprises publiques, parfois avant de les privatiser, mais ce dont nous sommes sûrs c’est que seulement 1,6 milliard d’euro a été versé au Fonds de Réserve des Retraites.
Or le déficit du régime général sera de 4,6 milliards d’euros cette année, et de 5,7 milliards en 2008. Plus inquiétant, le besoin de financement sera d’environ 25 milliards en 2020. Nous nous arrêterons à cette échéance, car au-delà le besoin est un peu plus difficile à évaluer, trop dépendant de nombreux facteurs. Cela dit, l’idée de créer un fonds de réserve était bonne, mais à une condition : l’alimenter, ce qui n’est pas fait. Il est vrai que depuis 1981, tous les gouvernements n’ont cessé de tirer des traites sur le futur, dont on mesure réellement les conséquences de nos jours.
Reste à régler le problème avec les étudiants et les lycéens, dont on entend peu parler parce qu’occulté par la grève dans les transports. Celle-ci, évidemment, provoque des gênes pour les usagers sans commune mesure avec celle provoquée par les étudiants, ce qui explique son faible écho dans l’opinion, contrairement à ce qui s’était passé au moment de l’affaire du CPE. Néanmoins, l’affaire s’annonce peut-être plus compliquée que ne le croit le gouvernement, malgré l’accord de l’UNEF pour négocier. A ce propos, nous ne pouvons qu’être stupéfait de voir Bruno Juillard, dont on dit qu’il joue sa place sur une liste socialiste, être le représentant des étudiants aux yeux de Madame Pécresse, la ministre des Universités, alors que pratiquement aucun étudiant ne se reconnaît en lui. Au fait, il est étudiant en quoi et depuis combien de temps?
Pour terminer, il faut là aussi rappeler que François Bayrou avait fait de nombreuses propositions pendant la campagne présidentielle qui auraient permis à coup sûr d’éviter ce conflit. D’abord ces propositions auraient fait l’objet de nombreuses discussions avec l’ensemble des personnes concernées. Ensuite ces propositions s’inscrivaient dans une logique de diversité des intelligences et dans une orientation plus efficace. Par exemple, la classe de terminale qui est la clé du passage vers l’enseignement supérieur, devait marquer l’amorce des études supérieures, avec possibilité de changer de voie si le futur étudiant s’apercevait que son orientation n’était pas la bonne.
Rappelons quand même que le but de l’université est de distribuer des diplômes, et non pas d’être une sélection par l’échec. L’enseignement supérieur méritait mieux qu’une réforme bâclée, même si le gouvernement a annoncé une augmentation du budget des universités de 5 milliards d’euros sur cinq ans. Comme le rappelait François Bayrou lors du vote de confiance au Parlement début juillet, « c’est dix fois moins que l’engagement présidentiel de Nicolas Sarkozy d’augmenter de 50% le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche qui est aujourd’hui de 20 milliards d’euros ». Ah, les promesses !
Michel Escatafal
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22.11.2007
Agriculteur, un métier d'avenir? Certainement
« Ce n'est pas parce qu'on est urbain qu'on n'est pas capable d'être à l'écoute du monde agricole. Les valeurs qui sont les vôtres, ces valeurs qui irriguent en profondeur la société française, je les partage au plus haut degré. Je veux que nos agriculteurs puissent vivre des prix de leurs produits ». Voilà quelques phrases chocs de Nicolas Sarkozy assénées aux agriculteurs au moment de sa campagne électorale, mais aussi dernièrement à Rennes (11 septembre) où il a même été jusqu’à souhaiter une anticipation du calendrier sur la réforme de la PAC. A cette occasion le chef de l’Etat s’est livré à une analyse contradictoire de la situation en défendant le marché, remède à tous les maux, mais aussi en se faisant l’avocat d’une régulation forte, rappelant la nécessité de la préférence communautaire. Comprenne qui pourra ! Une fois encore nous ne pouvons que regretter les simplifications abusives du président de la République, sur un sujet ô combien important en Europe et dans notre pays.
Comme le disent de nombreux observateurs, l’agriculture est le domaine dans lequel l’intégration communautaire est le plus poussé. Cette intégration est la résultante d’une longue évolution depuis le Traité de Rome en 1957, et la mise en place de la PAC (Politique Agricole Commune) en 1962 qui avait pour objectif d’augmenter la production alimentaire en Europe, mais aussi la productivité. Le but étant au final de garantir aux pays membres une auto suffisance alimentaire, et d’assurer aux agriculteurs un prix minimal sur chaque produit ou groupe de produits même si ceux-ci ne trouvent pas preneur.
Depuis 1972, la PAC a été amené à s’adapter à travers quelques réformes successives visant à réduire les excédents grâce à la mise en place de quotas, à diminuer la part de l’agriculture dans le budget communautaire, et à accorder une place plus importante à la dimension qualitative. Cette nouvelle orientation se retrouve dans les objectifs de la nouvelle PAC, qui vise à promouvoir une agriculture de qualité, respectueuse de l’environnement et des normes sanitaires, tout en garantissant aux agriculteurs un niveau de vie leur permettant de vivre de leur travail et non de subventions.
Depuis 2003, le système d’aide aux agriculteurs a en effet été sensiblement modifié. Il est guidé par deux principes : éviter la surproduction, poursuivant en cela la politique initiée dans la décennie 80 (quotas, jachère, gel des terres etc.), et mettre en place une véritable politique de développement rural avec des aides attribuées sous condition (environnement, bien être des animaux etc.), et réorientées vers le financement du développement rural. C’est un défi important qui va devoir être relevé, d’autant que l’agriculture européenne a enregistré un doublement de la surface agricole, et une hausse de 70% du nombre d’agriculteurs, avec l’entrée dans l’Union des pays de l’Est européen en 2004 et 2007.
La France, comme nous le savons, est le premier bénéficiaire de la PAC, loin devant l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. En disant cela on ne fait que rappeler les luttes entre membres de l’UE qui souhaitent périodiquement, et de plus en plus souvent, remettre en cause un système qui profite beaucoup à certains pays et pas du tout à d’autres. Bien entendu, ceux-là souhaitent rompre avec le principe de solidarité financière qui existe depuis les débuts de la Politique Agricole Commune. Cela dit, la PAC dispose d’un budget garanti jusqu’en 2013. Après cette date, il y aura fatalement des changements quant au financement et les discussions ne vont pas tarder puisqu’elles doivent commencer en 2008, donc sous présidence française de l’Union Européenne.
Ces cinq ans ne seront pas de trop compte tenu des enjeux, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, et plus particulièrement en France. L’agriculture dans notre pays est un sujet extrêmement sensible et force est de reconnaître que Jacques Chirac, depuis son passage au ministère de l’Agriculture (1972-1974), avait su s’attirer la confiance des agriculteurs. Sur ce plan, Nicolas Sarkozy ne bénéficie pas au départ du même capital de sympathie, même si beaucoup d’agriculteurs ont voté pour lui, et il lui faudra autre chose que des slogans ou des incantations pour mener à bien, avec ses partenaires européens, la réforme de la PAC. Déjà les propositions de révision de la PAC présentées par la Commission européenne, envisageant l’abandon des quotas, la suppression de la jachère et le mécanisme d’intervention garantissant les prix semblent faire l’unanimité contre elles.
Les Jeunes Agriculteurs veulent garder « l’indispensable régulation des marchés aussi bien en termes de prix que de volumes ». La Coordination rurale, beaucoup plus radicale, juge que la PAC se livre aux desiderata du marché et estime qu’elle «a besoin d’un sérieux redressement plutôt que d’une liquidation ». En fait, les agriculteurs refusent le désengagement des politiques de peur que la période actuelle ne perdure très longtemps. La Commission de son coté, a surtout le souci d’une bonne adaptation de l’agriculture européenne face aux mouvements des marchés, dans un contexte de forte hausse de la demande mondiale.
Les paysans observent ce qui arrive avec la méfiance de celui qui se dit qu’une année peut-être bonne et l’autre non. Dans ce cas, on bénéficie un temps d’une hausse des revenus, mais que se passe-t-il si la conjoncture s’alourdit ? Il est évident que les prix garantis sont un confort et une sécurité dont il est difficile de se passer, même s’ils profitent surtout aux plus grandes exploitations pour qui ce système est une véritable rente de situation. En revanche, cela permet aux petites exploitations de survivre, les aides qu’ils reçoivent étant sans commune mesure avec celles que touchent les gros céréaliers par exemple. Ces derniers, en effet, peuvent investir sans risque dans le développement industriel des productions, ce qu’ils font en ce moment dans le domaine des biocarburants pour lequel ils bénéficient également de subventions !
Pour en revenir à la conjoncture actuelle, les professionnels de l’agriculture ou de l’agroalimentaire sont nombreux à penser que la hausse des prix des produits laitiers, et plus généralement des matières premières agricoles, sont un phénomène durable. En tout cas, c’est au moins une stabilisation à un haut niveau qui est anticipé pour les deux prochaines années. De plus, pour l’agriculture cette évolution s’accompagne d’un signe favorable de développement avec la sensibilité accrue des consommateurs pour les produits de qualité, avec une traçabilité incontestable, sans parler du désir toujours plus aiguisé pour les produits bio.
Il y a donc une formidable opportunité pour l’agriculture européenne à saisir, et la France doit en profiter. Raison de plus pour prendre le problème à bras le corps et non pas se contenter de formules simplistes qui ne permettront pas de faire avancer la profession comme elle le doit et le mérite. L’agriculture reste un secteur économique très important de notre pays. Une dynamique doit s’enclencher pour l’amener à se réformer sans heurt. Les paysans doivent reprendre confiance pour saisir la chance qui s’offre à eux. Il y va de l’avenir de milliers d’emplois en France et dans l’UE, sans oublier le nécessaire maintien d’une vie rurale dans nos régions. Ce sera aussi un bon moyen d’éviter la disparition programmée des services publics ruraux auquel on essaie de nous préparer.
Pour conclure, rappelons ce que François Bayrou disait pendant la campagne présidentielle sur une nouvelle politique agricole commune : «notre ligne politique est de changer de politique agricole. Elle doit être fondée sur les prix et non sur les aides, qui déstabilisent le marché, découragent les producteurs, et font artificiellement monter les prix pour les consommateurs. La politique agricole devra répondre à la triple exigence de la sécurité des approvisionnements en produits sains, des conduites protectrices de l’environnement et le choix d’un tissu dense d’agriculteurs au sein d’un monde rural vivant».
Tout est dit dans ce résumé : les agriculteurs qu’on a si souvent montré du doigt parce qu’ils refusent toute évolution, devraient pouvoir se retrouver dans un discours où on reconnaît leur spécificité, leur utilité qui pourrait être beaucoup plus grande si l’agriculture revenait à son marché de proximité, et leur nécessaire densité avec davantage de petites exploitations qui abaisseront le coût de l’empreinte écologique.
M.E.
| Dépenses de l'U.E. | % budget | Montant en Mds € |
| croissance durable | 43% | 54,90 |
| agriculture | 34% | 42,70 |
| Developt rural, envrt, pêche | 11% | 13,60 |
| Acteur mondial | 5% | 6,80 |
| Autres dépenses et frais div. | 7% | 8,50 |
| Total | 100% | 126,50 |
| Recettes de l'UE | % recettes | Montant en Mds € |
| R.N.B. Prelevt taux de 0,73% | 69% | 79,20 |
| Prelevt sur TVA | 15% | 17,80 |
| Droits douane et agricoles | 15% | 17,30 |
| Autres | 1% | 1,20 |
| Total | 100% | 115,50 |
Source U.E. et Toute l'Europe.fr
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21.11.2007
"J'irai jusqu'au bout" : mais où?
Enfin, nous allons avoir l’impression d’être gouvernés. Le Président de la République va s’adresser aux Français jeudi ou vendredi pour leur parler, mais de quoi ? Du pouvoir d’achat nous dit-on. Soit, mais que va nous proposer Nicolas Sarkozy qu’il ne nous ait déjà dit. On a déjà l’impression, après 6 ou 7 mois de gouvernement d’avoir tout vu et entendu avec lui et qu’il n’a plus rien à promettre. Certes, il ne faut pas le sous-estimer, et nous le savons capable de sortir de son chapeau une mesure à laquelle nous ne pensons pas, mais quelque part les Français commencent à douter des capacités de celui qu’ils ont élu le 6 mai dernier.
Ils doutent et s’inquiètent. Tout va tellement vite avec ce président de la République, mais rien ne se fait comme ce devrait l’être. Il est illusoire de vouloir gouverner seul, sans réelle négociation et sans dialogue avec les acteurs concernés. On nous parle de la réforme des universités comme une des grandes œuvres du quinquennat, mais il est impossible de parler de vraie réforme quand on sait dans quelles conditions elle a été réalisée. Après, il y a la réforme des régimes spéciaux sur laquelle tout a été dit, et qui est l’exemple type de ce qui n’aurait pas dû être fait. Enfin, et pour couronner le tout, il y a la réforme de la carte judiciaire qui est surtout une liste supprimant des tribunaux. Là aussi, il n’y a pas eu l’ombre d’une concertation au point que juges et avocats, pour ne citer qu’eux, manifestent comme s’ils avaient fait cela toute leur vie.
Mais au fait que veut ce pouvoir ? Il veut d’abord diviser pour régner. Tout est bon pour discréditer ceux qui dans le pays manifestent leur mécontentement, et ils sont nombreux. Les grands médias, souvent aux ordres, se parent des vertus de la défense des usagers, et ne cessent de montrer les plus mécontents d’entre eux fustigeant les gens qui prennent en otage la population. C’est d’ailleurs une des expressions préférées du gouvernement : « nous sommes pris en otage » et heureusement que le gouvernement est là pour nous sauver ! Voilà ce qu’on essaie de faire croire aux Français par l’intermédiaire de la radio et la télévision.
Ce pouvoir veut aussi détricoter tout notre système de protection sociale et, plus généralement, supprimer tout ce qui permet aux plus démunis de vivre et de survivre. Ainsi, on instaure des franchises sur les médicaments, en sachant très bien que ce n’est pas avec des mesures de ce genre que l’on va réduire le déficit de la sécurité sociale. En revanche, si dans deux ou trois ans le déficit reste très élevé, ce qui est certain, on nous proposera des mesures beaucoup plus drastiques qui feront que les personnes en grande difficulté sociale (chômeurs, rmistes etc.) ne pourront plus se soigner. On veut instaurer une autre franchise, cette fois sur l’aide juridictionnelle, ce qui est le meilleur moyen pour empêcher certaines catégories de Français d’avoir accès à la justice.
A propos de justice, il est évident que cette suppression de tribunaux va jouer un rôle dans le traitement des dossiers. La justice était déjà lente faute de moyens de toutes sortes, alors on imagine ce qui va se passer avec ce regroupement de tribunaux. Les gens ont quand même du mal à comprendre comment en supprimant la justice de proximité on va améliorer la situation. Même de nombreux maires UMP s’inquiètent, c’est dire ! Cela étant, rassurons-nous, ils s’inquiètent surtout parce que les élections municipales approchent. Le reste ce n’est pas leur problème.
Voilà quelques exemples du mépris dans lequel Nicolas Sarkozy, son gouvernement et leurs soutiens UMP et Nouveau Centre, tiennent les électeurs. En revanche, on écoute et on cajole les plus riches. Après les mesures de ce que l’on a appelé le paquet fiscal qui va coûter 9 Milliards d’euros en 2008, on a même été jusqu’à supprimer dans le projet de loi des finances l’impôt de bourse, mis en place en 1893, et destiné à lutter à l’époque contre la spéculation.
Certes, aujourd’hui nous ne sommes plus à la fin du 19è siècle, et la bourse a évolué, mais cela démontre un état d’esprit de la part des élus de la majorité, d’autant que cela va augmenter encore un peu plus le déficit public qui atteint déjà près de 42 milliards d’euros. On n’est plus à quelques millions d’euros près, sauf que la France va présider dans 7 mois l’Union Européenne et que nous serons parmi les plus mauvais élèves de la Zone Euro et même de l’UE. Peut-on faire illusion avec un tel bilan ?
Pour terminer, sur une note plus optimiste, nous nous contenterons de reprendre une phrase de ce qu’a dit François Bayrou au cours d’une émission télévisée ces derniers jours : « les lois qui font le monde de l'argent ne sont pas les seules, ne doivent pas être les seules qui s'imposent à la société. Il y a d'autres manières d'aborder les choses ». Nous ne pouvons que souscrire à une telle déclaration. Elle représente l’antithèse des valeurs prônées par Nicolas Sarkozy et sa majorité. Cela les Français sauront s’en souvenir dans les mois et les années à venir, d’autant que leurs inquiétudes, pour ne pas dire leurs angoisses, ne peuvent que s’amplifier dans une société ou tout est fait pour que l’argent domine l’homme.
M.E.
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19.11.2007
La France au ralenti, mais une croissance accélérée dans le monde
Pendant que les Français s’interrogent pour savoir combien de temps vont durer les différents conflits sociaux dans l’hexagone, il y a un coin de France où la croissance est très forte (+4,5%) sans que Nicolas Sarkozy « aille la chercher avec les dents », pour reprendre une de ses expressions imagées. Il s’agit de la Nouvelle-Calédonie qui, il est vrai, dispose d’une richesse inestimable en ce moment puisque son sous-sol recèle 30% des réserves mondiales de nickel. En parlant de richesse, celle-ci toutefois n’est pas réellement partagée car si les gros investisseurs français et étrangers ont un retour sur investissement important, les inégalités sociales se creusent à grande vitesse au fur et à mesure que le boom économique se développe.
Certains même s’inquiètent de voir une telle accumulation de valeurs sur une île qui abrite à peine 250 000 habitants. En effet, si l’on prend seulement en compte les investissements des trois plus grands opérateurs (brésilien, suisse et français) initiés depuis 2005, c’est la somme colossale de trois milliards d’euros qui a été injectée. Bien entendu un tel développement n’est pas sans poser de problèmes humains, sociaux et écologiques (rejets d’une multitude de métaux lourds, montagnes défigurées etc.) dans un contexte particulier, puisque la souveraineté en Nouvelle Calédonie est partagée jusqu’en 2018 au plus tard, entre l’Ile et la métropole, avant un référendum sur l’indépendance à cette échéance.
Ces besoins en nickel, comme sur les autres minerais, sont évidemment alimentés par la demande pressante des pays asiatiques, notamment la Chine et l’Inde qui cette année encore vont enregistrer des taux de croissance allant de 11,2% pour la Chine à 8,5% pour l’Inde. Sur un plan global, en excluant ces deux géants, la croissance dans le Sud-Est asiatique atteindra 5,7%, ce qui est loin d’être négligeable et ce, malgré la hausse des cours du pétrole et les turbulences des marchés mondiaux. Par ailleurs, tous les organismes internationaux prévoient le même taux de croissance ou presque pour 2008, dans la région.
En Europe la situation est bien entendu très différente, sauf pour l’Europe émergente où après une hausse du PIB de 6,3% en 2007, les prévisionnistes attendent 5,7% en 2008. Dans la Zone euro, en revanche on espère 2,5% en 2007 et 2,1% en 2008, ce qui est inquiétant pour la France malgré l’optimisme affiché par Nicolas Sarkozy et Madame Lagarde. Cela étant, en France, nous savons pertinemment que l’objectif de croissance est beaucoup plus un slogan qu’une prévision.
Pour en revenir à la Zone euro, le bilan dressé par le FMI est plutôt positif, surtout par rapport à l’autre grand pôle économique mondial, les Etats-Unis. La croissance en Zone euro est supérieure à celle des Etats-Unis favorisée, notamment, par la modération salariale et le recul du chômage un peu partout dans la Zone. Enfin, le FMI fait toute confiance à la BCE pour maîtriser l’inflation et ramener les chiffres autour de 2% en 2008, contre 2,6% aujourd’hui, avec plusieurs pays qui dépassent les 3% (Espagne, Luxembourg, Slovénie) ou qui les ont atteint (Grèce, Irlande).
Le constat est moins favorable sur ce point en Europe de l’Est avec une situation de surchauffe économique dans certains pays. La Lituanie, par exemple, qui a un taux de croissance à deux chiffres (11,6% au 3è trimestre en glissement annuel), dont la demande d’adhésion à la Zone euro avait été repoussée en raison d’une inflation très légèrement supérieure (+0,1%) à la norme, ce qui avait valu à la BCE d’être jugée trop rigoriste, a vu son taux d’inflation progresser nettement cette année, puisqu’en glissement annuel il a quasiment doublé en un an pour dépasser les 7%.
Dans ces conditions, une hausse des taux monétaires de la part de la BCE n’est pas à exclure, au grand dam sans doute de Nicolas Sarkozy, sauf si la crise des crédits hypothécaires américains devait se propager aux pays de la Zone, ce qui paraît assez peu vraisemblable. Toutefois, dans le domaine rien n’est totalement exclu. Une chose est certaine, la Banque Centrale Européenne reste extrêmement vigilante face aux risques engendrés par la hausse des matières premières, notamment le pétrole et les produits agricoles, sans oublier les probables revalorisations en janvier des prix administrés.
Et pendant ce temps en France, au milieu d’une forte agitation sociale dans laquelle le pouvoir a une responsabilité majeure, notre président de la République qui n’a cessé pendant des mois de parler, courir et amuser la galerie, semble aujourd’hui s’enfermer dans un mutisme qui fait que beaucoup se demandent « s’il y a un pilote dans l’avion ». C’est un comportement habituel chez lui : à la première difficulté on ne l’entend plus, car il semble incapable de gérer la situation. En fait, la réalité est là, cruelle : notre pays est mal gouverné. Il souffre qu’on ne lui dise pas la vérité, il n’en peut plus d’être pris en otage par un pouvoir qui s’imagine pouvoir diriger le pays en opposant les Français entre eux.
Mais attention tout cela n’a qu’un temps, et Nicolas Sarkozy ferait bien d’avoir la sagesse d’examiner froidement la situation et de ne pas se contenter de faire des coups. Pourquoi, n’écoute-t-il pas François Bayrou quand celui-ci dit « qu’il n’y a pas d’autre manière de sortir d’une crise que de s’assoir autour d’une table ». Il est vrai que le leader du Mouvement Démocrate a d’abord le souci de la France, inquiet de voir chaque jour des millions d’euros s’envoler au moment où notre pays accuse de lourds déficits. Nicolas Sarkozy au contraire en est déjà à spéculer sur une éventuelle réélection, alors qu’il vient tout juste d’être élu.
M.E.
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18.11.2007
Rassembler tous les Français
Contrairement à ce que l’on a souvent entendu dire, le rassemblement tel que l’a toujours envisagé François Bayrou n’a rien à voir avec une coalition de gouvernement, et encore moins à l’ouverture telle que l’a pratiquée Nicolas Sarkozy, qui n’est rien d’autre qu’un simple débauchage de personnalités appartenant à un autre camp. L’histoire fournit de nombreux exemples dans notre pays où plusieurs partis politiques se sont associés pour pouvoir gouverner. Ailleurs, c’est aussi un cas fréquent mais parfois, plus rarement, on parle aussi de grande coalition quand les deux principaux partis de gouvernement décident de s’allier. De nos jours, l’Allemagne vit une deuxième grande coalition. En France, la troisième et la quatrième République ont vécu pendant très longtemps avec des gouvernements de coalition, qui se faisaient et se défaisaient avec une constante régularité.
Ce type de coalition survivait généralement grâce à l’appoint d’un ou plusieurs partis charnières, souvent au centre de l’échiquier politique. Entre 1958 et 1962, le premier gouvernement formé par le général de Gaulle, que tous les constitutionnalistes appellent le gaullisme parlementaire, y fut contraint pour la bonne raison que le gouvernement, présidé par Michel Debré, ne disposait pas du soutien d’une majorité stable. En effet l’UNR, le parti gaulliste, ne disposait que de 212 sièges alors que la majorité absolue s’élevait à 277 sièges. L’UNR avait besoin du MRP et des Indépendants pour gouverner, ce qui ne manquait pas de poser de nombreux problèmes tant ces diverses formations étaient divisées sur de nombreux sujets.
Un autre type de coalition a marqué notre pays entre 1976 et 1981 : la coalition formé entre le RPR et l’UDF avec Raymond Barre comme Premier ministre. Cette période a marqué à tout jamais Raymond Barre tellement le climat était malsain à l’intérieur de la majorité. D’ailleurs pendant cette période de cinq ans, Raymond Barre n’a jamais utilisé l’article 49-3 contre l’opposition, mais toujours contre le RPR. Rien que pour l’approbation du budget en 1979, Raymond Barre dut l’utiliser à trois reprises. Cela confinait au grotesque, d’autant que les deux partis (UDF et RPR) représentaient la majorité présidentielle.
A l’étranger, l’exemple de la coalition que l’on cite régulièrement est généralement celle qui a prévalu en Allemagne entre 1966 et 1969 et depuis 2005. Elle rassemble les deux grandes forces politiques du pays (PSD et CDU-CSU) afin de mettre un terme à un blocage politique, à savoir l’impossibilité de constituer une majorité viable. Cette situation ne peut être que provisoire, même si elle permet de réaliser sans trop de dommages sociaux des réformes importantes réclamant un consensus élargi. Elle s’éteint doucement au fur et à mesure que l’on se rapproche de la date des élections. Aujourd’hui, le retrait récent du vice-chancelier et ministre du Travail, Franz Müntefering, signifie pour de nombreux observateurs le commencement de la fin de la grande coalition. C’est aussi le coup d’arrêt des réformes audacieuses, ou plutôt le début de la campagne électorale pour les prochaines échéances régionales et fédérales.
L’Italie vit aussi avec une coalition de gouvernement depuis avril 2006. Celle-ci est pourtant très différente de la grande coalition allemande parce que très hétéroclite, avec pas moins de neuf partis politiques impliqués allant de la Démocratie Chrétienne à l’ex Parti Communiste. Ce gouvernement, dirigé par Romano Prodi, a beaucoup de mal à survivre avec seulement une voix de majorité au Sénat, mais jusqu’à présent cette union a tenu. Mais combien de temps ? La force de cette coalition tient surtout au fait qu’elle est très impopulaire, et qu’elle serait battue à tout coup en cas d’élections anticipées, les Italiens étant plus versatiles encore que les Français. N’oublions pas que l’Italie a du prendre des mesures drastiques pour redresser des finances publiques dans un état déplorable, après cinq ans de gouvernement Berlusconi, dont nous dirons qu’il est avant tout un illusionniste populiste. Cela nous rappelle quelque chose !
Nous passerons très vite sur la stratégie de Nicolas Sarkozy qui au départ n’avait pas besoin de l’appoint des voix du Nouveau Centre pour gouverner. Pour autant il ne s’est pas privé de faire en sorte que 22 députés sortants UDF soient enrôlés dans les rangs de la majorité présidentielle, au côté de l’UMP. Il a aussi rallié quelques socialistes en leur proposant des ministères ou secrétariat d’Etat, voire même des présidences ou vice-présidences de commission dont l’utilité ne saute pas aux yeux. En fait, Nicolas Sarkozy gouverne seul et la majorité ne sert pas à grand-chose, sinon à approuver sans sourciller les propositions du gouvernement, voire même en aggravant la nocivité de certains textes à caractère populiste (tests ADN par exemple).
En revanche, la démarche de rassemblement de François Bayrou est très différente, peut-être même sans précédent dans l’histoire de notre République. Cela déborde les frontières classiques de la droite et de la gauche, la finalité étant de rassembler dans un commun intérêt général, tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la République. En disant cela nous avons tout dit. En effet, comme l’a écrit François Bayrou à propos du congrès fondateur du Mouvement Démocrate, « nous allons faire naître une nouvelle famille politique. Nous allons adopter une charte éthique, une charte des valeurs et des statuts. Et surtout, une ligne politique, un projet de société, celui d'une société de justice croissante face au modèle d'inégalité croissante qui domine aujourd'hui la mondialisation".
C’est déjà tout un programme, autour duquel peuvent se rassembler un grand nombre de Français issus de familles politiques diverses. C’est le cas présentement, et ce le sera encore davantage à l’avenir. Cela n’a donc rien à voir avec une quelconque coalition ou s’additionnent des forces électorales, chacune défendant son pré-carré, le but étant au contraire de se regrouper et faire reculer peu à peu, avec constance et ténacité, les échecs et le déclin dans lesquels vit depuis trop longtemps notre pays.
A partir de là, il restera à établir un programme présidentiel sérieux, réaliste, sans faux-semblant ni démagogie, sur le modèle de celui qui a déjà rassemblé 18,6% des électeurs en avril 2007. Gageons que cette fois les Français ne se laisseront pas distraire par les promesses démagogiques et fumeuses de Nicolas Sarkozy, même si nous pouvons lui faire confiance pour être encore plus démagogue qu’en 2007(si c’est possible), et pour être capable d’aller très loin dans le mensonge, car il faudra bien expliquer le bilan très négatif du quinquennat. L’euro, la BCE, la conjoncture internationale etc. vont beaucoup servir pour masquer les échecs, mais nous sommes convaincus que ce sera insuffisant pour empêcher les Français de choisir la voix du sérieux incarnée par François Bayrou et le Mouvement Démocrate.
ME
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17.11.2007
"On ne construit rien de durable sur l'affrontement"
Nicolas Sarkozy avait pour principal slogan pendant sa campagne présidentielle : « Ensemble tout est possible ». Et bien il est en train de faire la preuve qu’avec lui tout est effectivement possible, y compris mettre beaucoup de monde dans la rue. Plus remarquable encore, pour employer un terme dont il use et abuse, le président de la République multiplie les provocations envers ceux qui, a priori, n’ont pas voté pour lui. Le but de cette manœuvre étant bien entendu d’adresser un clin d’œil appuyé à son électorat de base, mais aussi à ceux qui se sont ralliés à lui venant du Front National. Et ça marche !
Il suffit de parler avec les gens pour s’en rendre compte. Combien de ces électeurs qui avouent franchement soutenir Nicolas Sarkozy, c’est leur droit, n’hésitent pas à lancer à la cantonade des formules du style : « ces fonctionnaires, ils devraient avoir honte d’empêcher les gens


