« Après les immigrés, les fonctionnaires, à qui le tour? | Page d'accueil | Construire une République honnête et un Etat impartial »

26.11.2007

Le Président est mort, vive le roi!

 

Portrait de Charles X

Charles X, Roi de France (1824-1830) 

 

Si  vous aimez  l’histoire vous avez beaucoup de chance, car cela vous permet  de vivre à travers les siècles ce qui se passe aujourd’hui. Le roi Charles X en est un exemple frappant. Toutes les biographies sur le personnage nous font irrésistiblement penser à Nicolas Sarkozy, président de la République en 2007. Certes, il y a une différence notable par rapport à cette époque : Nicolas Sarkozy a été élu démocratiquement, ce qui évidemment n’était pas le cas de Charles X. Il n’empêche, l’élection de notre président doit beaucoup au pouvoir des médias et des puissances d’argent,  qui ont mis tout leur poids dans la balance, afin que François Bayrou ne participe pas au second tour de l’élection présidentielle le 6 mai dernier.

Revenons à Charles X et à cette date du 16 septembre 1824, jour où le roi Louis XVIII s’éteint aux Tuileries. Quelques instants plus tard, on annonce la nouvelle à la famille royale : « Le Roi est mort, vive le Roi », ce qui fit dire à la petite fille de Charles X : « Roi ! Oh ! c’est  bien là le pis de l’histoire ! ».  Manifestement, elle n’avait pas l’air enchanté de voir son grand-père, pour lequel elle avait beaucoup d’affection, monter sur le trône, au contraire du petit Louis le jour où Nicolas Sarkozy s’empara de l’UMP, quand il lança son désormais fameux : « je te souhaite bonne chance mon Papa ! ».

Charles X a 67 ans quand il devient roi de France, mais on le décrit toujours fringant, presque adolescent avec un éternel sourire charmeur.  Sa gentillesse et sa générosité frappent toux ceux qui l’approchent. Cela nous rappelle un autre personnage, sauf que Charles X, précédemment Comte d’Artois, est  fils d’une famille royale, avec la courtoisie et la dignité pleine d’aisance qui sied aux princes. En revanche, il n’était pas très cultivé au sens où l’on entend le mot, par la culture encyclopédique ou l’esprit voltairien de son frère Louis XVIII. En cela il ressemble beaucoup à son lointain successeur d’aujourd’hui, qui est loin d’avoir le goût de l’art et des belles lettres de Pompidou,  Mitterrand ou Valéry Giscard d’Estaing. Nicolas Sarkozy aime bien Johnny !

Le drame de Charles X aux yeux des historiens, c’est de croire que l’histoire s’est arrêtée en 1789, comme si la Révolution et l’Empire n’avaient jamais existé. Sa conception  de la royauté est absolue, comme en témoigne cette phrase qu’il répétait souvent : « j’aimerais mieux scier du bois que de régner à la façon du roi d’Angleterre ». Il n’a de compte à rendre qu’à Dieu et à son peuple. Cela aussi nous rappelle quelque chose : « Les Français ne m’ont pas élu pour regarder passer les trains», répète sans cesse Nicolas Sarkozy. Donc c’est lui et lui seul qui gouverne.

Cela nous ramène à Charles X qui a toujours affirmé qu’il n’avait guère de théorie politique, ni de programme défini. Mais Nicolas Sarkozy en a-t-il ? Notre président réagit plus qu’il n’agit réellement, au gré des circonstances. Comme Charles X, il choisit ses ministres sur des critères plus affectifs et personnels que politiques, même si le fait d’avoir pris des ministres socialistes ou centristes pourrait indiquer le contraire. S’il les a nommés, c’est parce qu’il y voyait un intérêt personnel et non pour rassembler des compétences comme l’aurait fait  François Bayrou.

En conseil des ministres, le roi Charles X se mêlait à toutes les discussions, en donnant à son opinion le caractère d’une volonté arrêtée. En fait, comme l’actuel « locataire de l’Elysée », sa préférence allait au travail en comité restreint avec ses principaux conseillers. C’est là que se jouaient  les décisions dans le royaume, comme elles se jouent de nos jours dans la République, sauf que le principal conseiller de Charles X, Villèle, était aussi son principal ministre, rôle que n’a pas François Fillon.

 D’après Lamartine,  Charles X aimait à s’entourer « d’une petite cour de familiers, sans lumières, enivrés par la faveur, avides de régner sous leur maître ». C’est le propre de tout pouvoir de secréter autour de lui un noyau d’affidés, plus particulièrement quand le pouvoir appartient à un seul homme. C’est bien ce qui se passe depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Qui était avec lui lors de la fameuse nuit du Fouquet ? Des chefs d’entreprises importants, quelques amis politiques et ce que l’on appelle « des people », chanteurs, acteurs de cinéma, sportifs etc.  

Charles X avait des rituels en cours de journée qu’il veillait à ne pas négliger. Vers 10 heures, il partait à la chasse qui, comme chacun sait, est une passion très royale, décuplée par le fait qu’il vivait seul, son épouse Marie-Thérèse de Savoie étant décédée en 1805. Notre président de la République ne va pas à la chasse, mais il court et fait son jogging. La différence entre les deux monarques est que Charles X n’avait pas TF1 ou France 2 pour immortaliser ses escapades journalières. On ne le voyait pas arpenter les forêts avec son fusil, comme on voit la petite foulée de Nicolas Sarkozy. Il ne s’arrêtait pas en pleine chasse pour livrer ses confidences aux journalistes face à la caméra.

Nous pourrions citer bien d’autres remarques ou anecdotes entre les deux personnages qui, chacun à leur manière, auront suscité bien des espoirs, voire même une vague d’enthousiasme à leur avènement. Charles X, juché sur un magnifique cheval arabe fait son entrée dans Paris le 27 septembre 1824 au milieu d’une foule en liesse. Le contraste diront les observateurs est saisissant avec Louis XVIII qu’il remplace, roi usé par de longues années d’exil et une santé déficiente.  Nicolas Sarkozy le 6 mai au soir, rencontre la même liesse auprès de ceux qui l’ont élu et soutenu,  lassés par 12 ans de présidence chiraquienne. Mais comme pour Charles X, nombre de Français ne se reconnaissent pas dans ce nouveau pouvoir fait de clinquant et de paillettes.

A peine arrivé aux Tuileries, Charles X avec l’appui de Villèle  fit voter « le fameux milliard aux émigrés », pour compenser les pertes qu’ils avaient subi quand ils quittèrent la France au moment de la Révolution. C’était la toute première mesure du règne de Charles X, une sorte de paquet fiscal pour faire le parallèle avec Nicolas Sarkozy. Cette maladresse de Charles X et Villèle pèsera très lourd six ans plus tard en 1830, comme sans doute le paquet fiscal pèsera dans la prochaine élection présidentielle.

Une fois sur le trône, Charles X va rayonner pendant quelques mois en ayant le sentiment d’avoir renoué avec les plus belles heures de la royauté, mais moins de six ans plus tard les Français le chasseront du pouvoir.  Dans quatre ans et demi, ce n’est pas une révolution qui obligera Nicolas Sarkozy à quitter ses fonctions, mais le suffrage universel. La déception est déjà perceptible dans la population. Le président apparaît déjà comme un monarque à court de solutions, face aux défis auxquels est confronté notre pays.

Les Français voudront donc revenir aux principes qui ont guidé les fondateurs de la 5è République, à savoir un équilibre constitutionnel retrouvé et des principes de responsabilité et de légitimité. Ils refuseront  aussi « le ralliement à un rêve américain inégalitaire », comme le dit avec justesse François Bayrou qui est, d’ores et déjà, le seul recours possible pour faire avancer notre pays sur la voie de la modernisation politique, sociale et économique.

Michel Escatafal

Les commentaires sont fermés.