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23.11.2007

Et maintenant que va-t-il faire?

Les conflits à la RATP et à la SNCF étant en voie d’extinction, Nicolas Sarkozy et son gouvernement vont pouvoir passer à autre chose. Cela étant, on ne connaît pas encore les résultats  de ces grèves liées à la réforme  sur les régimes spéciaux. Personne, pour le moment,  n’est capable de nous expliquer ce que le gouvernement a réellement gagné dans cette affaire, et pour les syndicats le flou est encore plus marqué dans la mesure où les négociations vont se dérouler pendant  quelque temps encore. Une chose est certaine,  personne ne sort réellement gagnant du conflit : le pouvoir parce qu’il se contente d’une victoire en ce qui concerne la durée de cotisation, les syndicats parce qu’ils n’ont pas réussi à maintenir une pression suffisante pour faire reculer le gouvernement, au moins sur la durée de cotisation, même s’ils disent avoir obtenu des contreparties intéressantes. Lesquelles ?

En revanche, ce dont on est certain, c’est que la facture sera lourde pour tout le monde. Combien a coûté ce conflit ? Personne ne peut réellement le dire, même si çà et là on entend des chiffres allant de 4 à 5 milliards d’euros. Rien que pour la SNCF, la facture se monterait à 200 millions d’euros. Bien sûr, comme nous avons coutume de le dire, pour Nicolas Sarkozy et le gouvernement  quelques centaines de millions voire quelques milliards d’euros, ne pèsent pas lourd à coté des déficits considérables qui grèvent le budget de la Maison France, surtout si cela doit permettre au président de la République de passer pour un grand réformateur. D’ailleurs, on est en droit de se demander si finalement, ce n’était pas le seul but de ce conflit que l’on aurait pu et dû éviter.

En effet, on a beau chercher à comprendre, on ne voit pas ce que ce mouvement social provoqué, a pu apporter comme début de résolution du financement des retraites à échéance de 15, 25 ou 35 ans. Pourtant, le gouvernement Jospin avait mis en place en 1999 un fonds de réserve des retraites, destiné à accumuler des réserves financières jusqu’en 2020. Les revenus de ce fond devaient  permettre d’atténuer les charges des régimes de retraite et limiter les besoins de financement. On devait atteindre la somme de 152 milliards d’euros en 2020 grâce aux recettes des privatisations et aux excédents de certains régimes de sécurité sociale. Aujourd’hui ce fonds n’est doté que de 13 milliards d’euros.

Mais au fait où sont passés les 14 milliards d’euros qu’ont rapporté la vente des autoroutes, ce qui a valu au gouvernement précédent  un recours au Conseil d’Etat déposé par François Bayrou en février 2006 ? Ou sont passés les milliards de cessions diverses par l’Etat des titres France Télécom qui lui restaient, sans oublier  EDF, la SNCM etc. ce qui représente environ 25 milliards d’euros ? En tout cas, ils n’ont pas alimenté le fond de réserve des retraites, et nous n’avons jamais entendu Nicolas Sarkozy, à l’époque numéro deux du gouvernement, s’indigner de cela.  Certes, on nous a dit que ces sommes ont servi à recapitaliser les entreprises publiques, parfois avant de les privatiser, mais ce dont nous sommes sûrs c’est que seulement 1,6 milliard d’euro a été versé au Fonds de Réserve des Retraites.

Or le déficit du régime général sera de 4,6 milliards d’euros cette année,  et de 5,7 milliards en 2008. Plus inquiétant, le besoin de financement sera d’environ 25 milliards en 2020. Nous nous arrêterons à cette échéance, car au-delà le besoin est un peu plus difficile à évaluer, trop dépendant de nombreux facteurs. Cela dit, l’idée de créer un fonds de réserve était bonne, mais à une condition : l’alimenter,  ce qui n’est pas fait. Il est vrai que depuis 1981, tous les gouvernements n’ont cessé de tirer des traites sur le futur, dont on mesure réellement  les conséquences de nos jours.

Reste à régler le problème avec les étudiants et les lycéens, dont on entend peu parler parce qu’occulté par la grève dans les transports. Celle-ci, évidemment, provoque des gênes pour les usagers sans commune mesure avec celle provoquée par les étudiants, ce qui explique son faible écho dans l’opinion, contrairement à ce qui s’était passé au moment de l’affaire du CPE. Néanmoins, l’affaire s’annonce peut-être plus compliquée  que ne le croit le gouvernement, malgré l’accord de l’UNEF pour négocier. A ce propos, nous ne pouvons qu’être stupéfait de voir Bruno Juillard, dont on dit qu’il joue sa place sur une liste socialiste, être le représentant des étudiants aux yeux de Madame Pécresse, la ministre des Universités, alors que pratiquement aucun étudiant ne se reconnaît en lui. Au fait, il est étudiant en quoi et depuis combien de temps?

Pour terminer, il faut là aussi rappeler que François Bayrou avait fait de nombreuses propositions pendant la campagne présidentielle qui auraient permis à coup sûr d’éviter ce conflit. D’abord ces propositions auraient fait l’objet de nombreuses discussions avec l’ensemble des personnes concernées. Ensuite ces propositions s’inscrivaient dans une logique de diversité des intelligences et dans une orientation plus efficace. Par exemple, la classe de terminale qui est la clé du passage vers l’enseignement supérieur, devait marquer l’amorce des études supérieures, avec possibilité de changer de voie si le futur étudiant s’apercevait que son orientation n’était pas la bonne.

Rappelons quand même que le but de l’université est de distribuer des diplômes, et non pas d’être une sélection par l’échec. L’enseignement supérieur méritait mieux qu’une réforme bâclée, même si le gouvernement a annoncé une augmentation du budget des universités de 5 milliards d’euros sur cinq ans. Comme le rappelait François Bayrou lors du vote de confiance au Parlement début juillet, « c’est dix fois moins que l’engagement présidentiel de Nicolas Sarkozy d’augmenter de 50% le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche qui est aujourd’hui de 20 milliards d’euros ». Ah, les promesses !

Michel Escatafal

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