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22.11.2007

Agriculteur, un métier d'avenir? Certainement

Champs

 « Ce n'est pas parce qu'on est urbain qu'on n'est pas capable d'être à l'écoute du monde agricole. Les valeurs qui sont les vôtres, ces valeurs qui irriguent en profondeur la société française, je les partage au plus haut degré. Je veux que nos agriculteurs puissent vivre des prix de leurs produits ». Voilà quelques phrases chocs de Nicolas Sarkozy assénées aux agriculteurs au moment de sa campagne électorale, mais aussi dernièrement à Rennes (11 septembre) où il a même été jusqu’à souhaiter une anticipation du calendrier sur la réforme de la PAC. A cette occasion le chef de l’Etat s’est livré à une analyse contradictoire de la situation en défendant le marché, remède à tous les maux, mais aussi en se faisant l’avocat d’une régulation forte, rappelant la nécessité de la préférence communautaire. Comprenne qui pourra !  Une fois encore nous ne pouvons que regretter les simplifications abusives du président de la République, sur un sujet ô combien important en Europe et dans notre pays.

Comme le disent de nombreux observateurs, l’agriculture est le domaine dans lequel l’intégration communautaire est le plus poussé. Cette intégration est la résultante d’une longue évolution depuis le Traité de Rome en 1957, et la mise en place de la PAC (Politique Agricole Commune) en 1962 qui avait pour objectif d’augmenter la production alimentaire en Europe, mais aussi la productivité. Le but étant au final de garantir aux pays membres une auto suffisance alimentaire, et d’assurer aux agriculteurs un prix minimal sur chaque produit ou groupe de produits même si ceux-ci ne trouvent pas preneur.

Depuis 1972, la PAC a été amené à s’adapter à travers quelques réformes successives visant à réduire les excédents grâce à la mise en place de quotas, à diminuer la part de l’agriculture dans le budget communautaire, et à accorder une place plus importante à la dimension qualitative. Cette nouvelle orientation se retrouve dans les objectifs de la nouvelle PAC, qui vise à promouvoir une agriculture de qualité, respectueuse de l’environnement et des normes sanitaires, tout en garantissant aux agriculteurs un niveau de vie leur permettant de vivre de leur travail et non de subventions.

Depuis 2003, le système d’aide aux agriculteurs a en effet été sensiblement modifié. Il est guidé par deux principes : éviter la surproduction, poursuivant en cela la politique initiée dans la décennie 80 (quotas, jachère, gel des terres etc.), et mettre en place une véritable politique de développement rural avec des aides attribuées sous condition (environnement, bien être des animaux etc.), et réorientées vers le financement du développement rural. C’est un défi important qui va devoir être relevé, d’autant que l’agriculture européenne a enregistré un doublement de la surface agricole, et une hausse de 70% du nombre d’agriculteurs, avec l’entrée dans l’Union des pays de l’Est européen en 2004 et 2007.

La France, comme nous le savons, est le premier bénéficiaire de la PAC, loin devant l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. En disant cela on ne fait que rappeler les luttes entre membres de l’UE qui souhaitent périodiquement, et de plus en plus souvent, remettre en cause un système qui profite beaucoup à certains pays et pas du tout à d’autres. Bien entendu, ceux-là souhaitent rompre avec le principe de solidarité financière qui existe depuis les débuts de la Politique Agricole Commune. Cela dit, la PAC dispose d’un budget garanti jusqu’en 2013. Après cette date, il y aura fatalement des changements quant au financement et les discussions ne vont pas tarder puisqu’elles doivent commencer en 2008, donc sous présidence française de l’Union Européenne.

Ces cinq ans ne seront pas de trop compte tenu des enjeux, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, et plus particulièrement en France. L’agriculture dans notre pays est un sujet extrêmement sensible et force est de reconnaître que Jacques Chirac, depuis son passage au ministère de l’Agriculture (1972-1974), avait su s’attirer la confiance des agriculteurs. Sur ce plan, Nicolas Sarkozy ne bénéficie pas au départ du même capital de sympathie, même si beaucoup d’agriculteurs ont voté pour lui, et il lui faudra autre chose que des slogans ou des incantations pour mener à bien, avec ses partenaires européens, la réforme de la PAC. Déjà les propositions de révision de la PAC présentées par la Commission européenne, envisageant l’abandon des quotas, la suppression de la jachère et le mécanisme d’intervention garantissant les prix semblent faire l’unanimité contre elles.

Les Jeunes Agriculteurs veulent garder « l’indispensable régulation des marchés aussi bien en termes de prix que de volumes ». La Coordination rurale, beaucoup plus radicale, juge que la PAC se livre aux desiderata du marché et estime qu’elle «a besoin d’un sérieux redressement plutôt que d’une liquidation ». En fait, les agriculteurs refusent le désengagement des politiques de peur que la période actuelle ne perdure très longtemps. La Commission de son coté, a surtout le souci d’une bonne adaptation de l’agriculture européenne face aux mouvements des marchés, dans un contexte de forte hausse de la demande mondiale.

Les paysans observent ce qui arrive avec la méfiance de celui qui se dit qu’une année peut-être bonne et l’autre non. Dans ce cas, on bénéficie un temps d’une hausse des revenus, mais que se passe-t-il si la conjoncture s’alourdit ? Il est évident que les prix garantis sont un confort et une sécurité dont il est difficile de se passer, même s’ils profitent surtout aux plus grandes exploitations pour qui ce système est une véritable rente de situation. En revanche, cela permet aux petites exploitations de survivre, les aides qu’ils reçoivent étant sans commune mesure avec celles que touchent les gros céréaliers par exemple. Ces derniers, en effet, peuvent investir sans risque dans le développement industriel des productions, ce qu’ils font en ce moment dans le domaine des biocarburants pour lequel ils bénéficient également de subventions !

Pour en revenir à la conjoncture actuelle, les professionnels de l’agriculture ou de l’agroalimentaire sont nombreux à penser que la hausse des prix des produits laitiers, et plus généralement des matières premières agricoles, sont un phénomène durable. En tout cas, c’est au moins une stabilisation à un haut niveau qui est anticipé pour les deux prochaines années. De plus, pour l’agriculture cette évolution s’accompagne d’un signe favorable de développement avec la sensibilité accrue des consommateurs pour les produits de qualité, avec une traçabilité incontestable, sans parler du désir toujours plus aiguisé pour les produits bio.

Il y a donc une formidable opportunité pour l’agriculture européenne à saisir, et la France doit en profiter. Raison de plus pour prendre le problème à bras le corps et non pas se contenter de formules simplistes qui ne permettront pas de faire avancer la profession comme elle le doit et le mérite. L’agriculture reste un secteur économique très important de notre pays. Une dynamique doit s’enclencher pour l’amener à se réformer sans heurt. Les paysans doivent reprendre confiance  pour saisir la chance qui s’offre à eux. Il y va de l’avenir de milliers d’emplois en France et dans l’UE, sans oublier le nécessaire maintien d’une vie rurale dans nos régions. Ce sera aussi un bon moyen d’éviter la disparition programmée des services publics ruraux auquel on essaie de nous préparer.

Pour conclure, rappelons ce que François Bayrou disait pendant la campagne présidentielle sur une nouvelle politique agricole commune : «notre ligne politique est de changer de politique agricole. Elle doit être fondée sur les prix et non sur les aides, qui déstabilisent le marché, découragent les producteurs, et font artificiellement monter les prix pour les consommateurs. La politique agricole devra répondre à la triple exigence de la sécurité des approvisionnements en produits sains, des conduites protectrices de l’environnement et le choix d’un tissu dense d’agriculteurs au sein d’un monde rural vivant».

Tout est dit dans ce résumé : les agriculteurs qu’on a si souvent montré du doigt parce qu’ils refusent toute évolution, devraient pouvoir se retrouver dans un discours où on reconnaît leur spécificité, leur utilité qui pourrait être beaucoup plus grande si l’agriculture revenait à son marché de proximité, et leur nécessaire densité avec davantage de petites exploitations qui abaisseront le coût de l’empreinte écologique.

M.E.

 

Dépenses de l'U.E. % budget Montant en Mds €
croissance durable 43%                        54,90  
agriculture 34%                        42,70  
Developt rural, envrt, pêche 11%                        13,60  
Acteur mondial 5%                           6,80  
Autres dépenses et frais div. 7%                           8,50  
Total 100%                      126,50  
Recettes de l'UE % recettes Montant en Mds €
R.N.B. Prelevt taux de 0,73% 69%                        79,20  
Prelevt sur TVA 15%                        17,80  
Droits douane et agricoles 15%                        17,30  
Autres 1%                           1,20  
Total 100%                      115,50  

Source U.E. et Toute l'Europe.fr

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