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21.11.2007

"J'irai jusqu'au bout" : mais où?

  

A l'Université Paris-Dauphine devant 1 000 étudiants, le 21 avril 2005

 

 Enfin, nous allons avoir l’impression d’être gouvernés.  Le Président de la République va s’adresser aux Français  jeudi ou vendredi  pour leur parler,  mais de quoi ? Du pouvoir d’achat nous dit-on. Soit, mais que va nous proposer Nicolas Sarkozy qu’il ne nous ait déjà dit. On a déjà l’impression, après 6 ou 7 mois de gouvernement d’avoir tout vu et entendu avec lui et  qu’il n’a plus rien à promettre. Certes, il ne faut pas le sous-estimer, et nous le savons capable de sortir de son chapeau une mesure à laquelle nous ne pensons pas, mais quelque part les Français commencent à douter des capacités de celui qu’ils ont élu le 6 mai dernier.

Ils doutent et s’inquiètent. Tout va tellement vite avec ce président de la République, mais rien ne se fait comme ce devrait l’être. Il est illusoire de vouloir gouverner seul, sans réelle négociation et sans dialogue avec les acteurs concernés. On nous parle de la réforme des universités comme une des grandes œuvres du quinquennat,  mais il est impossible de parler de vraie réforme quand on sait dans quelles conditions elle a été réalisée. Après, il y a la réforme des régimes spéciaux sur laquelle tout a été dit, et qui est l’exemple type de ce qui n’aurait pas dû être fait. Enfin, et pour couronner le tout, il y a la réforme de la carte judiciaire qui est surtout une liste supprimant des tribunaux. Là aussi, il n’y a pas eu l’ombre d’une concertation au point que juges et avocats, pour ne citer qu’eux, manifestent  comme s’ils avaient fait cela toute leur vie.

Mais au fait que veut ce pouvoir ? Il veut d’abord diviser pour régner. Tout est bon pour discréditer ceux qui dans le pays manifestent leur mécontentement,  et ils sont nombreux. Les grands médias, souvent aux ordres,  se parent des vertus de la défense des usagers,  et ne cessent de montrer les plus mécontents d’entre eux fustigeant les gens qui prennent en otage la population. C’est d’ailleurs une des expressions préférées du gouvernement : « nous sommes pris en otage » et heureusement que le gouvernement est là pour nous sauver ! Voilà ce qu’on essaie de faire croire aux Français par l’intermédiaire de la radio et  la télévision.

Ce pouvoir veut aussi détricoter tout notre système de protection sociale et, plus généralement,  supprimer  tout ce qui permet aux plus démunis de vivre et de survivre. Ainsi, on instaure des franchises sur les médicaments, en sachant très bien que ce n’est pas avec des mesures de ce genre que l’on va réduire le déficit de la sécurité sociale. En revanche, si  dans deux ou trois ans le déficit reste très élevé, ce qui est certain, on nous proposera des mesures beaucoup plus drastiques qui feront que les personnes en grande difficulté sociale (chômeurs, rmistes etc.) ne pourront plus se soigner. On veut instaurer une autre franchise, cette fois sur l’aide juridictionnelle, ce qui est le meilleur moyen pour empêcher certaines catégories de Français d’avoir accès à la justice.

A propos de justice, il est évident que cette suppression de tribunaux va jouer un rôle dans le traitement des dossiers. La justice était déjà lente faute de moyens de toutes sortes, alors on imagine ce qui va se passer avec ce regroupement de tribunaux. Les gens ont quand même du mal à comprendre comment en supprimant la justice de proximité on va améliorer la situation. Même de nombreux maires UMP s’inquiètent, c’est dire ! Cela étant, rassurons-nous, ils s’inquiètent surtout parce que les élections municipales approchent. Le reste ce n’est pas leur problème.

Voilà quelques exemples du mépris dans lequel Nicolas Sarkozy, son gouvernement et leurs soutiens UMP et Nouveau Centre, tiennent les électeurs. En revanche, on écoute et on cajole les plus riches. Après les mesures de ce que l’on a appelé le paquet fiscal qui va coûter 9 Milliards d’euros en 2008, on a même été jusqu’à supprimer dans le projet de loi des finances  l’impôt de bourse, mis en place en 1893, et destiné à lutter à l’époque contre la spéculation.

 Certes, aujourd’hui nous ne sommes plus à la fin du 19è siècle, et la bourse a évolué, mais cela démontre un état d’esprit de la part des élus de la majorité, d’autant que cela va augmenter encore un peu plus le déficit public qui atteint déjà près de 42 milliards d’euros. On n’est plus à quelques millions d’euros près, sauf que la France va présider dans 7 mois l’Union Européenne et que nous serons parmi les plus mauvais élèves de la Zone Euro et même de l’UE. Peut-on faire illusion avec un tel bilan ?

Pour terminer, sur une note plus optimiste, nous nous contenterons de reprendre une phrase de ce qu’a dit François Bayrou au cours d’une émission télévisée ces derniers jours : « les lois qui font le monde de l'argent ne sont pas les seules, ne doivent pas être les seules qui s'imposent à la société. Il y a d'autres manières d'aborder les choses ». Nous ne pouvons que souscrire à une telle déclaration. Elle représente l’antithèse des valeurs prônées par Nicolas Sarkozy et sa majorité. Cela les Français sauront s’en souvenir dans les mois et les années à venir, d’autant que leurs inquiétudes, pour ne pas dire leurs angoisses, ne peuvent que s’amplifier dans une société ou tout est fait pour que l’argent domine l’homme.

M.E.

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