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19.11.2007

La France au ralenti, mais une croissance accélérée dans le monde

Pendant que les Français s’interrogent  pour savoir combien de temps vont durer les différents conflits sociaux dans l’hexagone, il y a un coin de France où la croissance est très forte (+4,5%) sans que Nicolas Sarkozy « aille la chercher avec les dents »,  pour reprendre une de ses expressions imagées.  Il s’agit de la Nouvelle-Calédonie qui, il est vrai, dispose d’une richesse inestimable en ce moment puisque son sous-sol recèle 30% des réserves mondiales de nickel. En parlant de richesse, celle-ci toutefois n’est pas réellement partagée car si les gros investisseurs français et étrangers ont un retour sur investissement important, les inégalités sociales se creusent à grande vitesse au fur et à mesure que le boom économique se développe.

Certains même s’inquiètent de voir une telle accumulation de valeurs sur une île qui abrite à peine 250 000 habitants. En effet, si l’on prend seulement en compte les investissements des trois plus grands opérateurs (brésilien, suisse et français)  initiés depuis 2005, c’est la somme colossale de trois milliards d’euros qui a été injectée. Bien entendu un tel développement n’est pas sans poser de problèmes humains, sociaux et écologiques (rejets d’une multitude de métaux lourds, montagnes défigurées etc.) dans un contexte particulier, puisque la souveraineté en Nouvelle Calédonie est partagée jusqu’en 2018 au plus tard, entre l’Ile et la métropole, avant un référendum sur l’indépendance à cette échéance.

Ces besoins en nickel, comme sur les autres minerais, sont évidemment alimentés par la demande pressante des pays asiatiques, notamment la Chine et l’Inde qui cette année encore vont enregistrer des taux de croissance allant de 11,2% pour la Chine à 8,5% pour l’Inde. Sur un plan global, en excluant  ces deux géants, la croissance dans le Sud-Est asiatique atteindra 5,7%, ce qui est loin d’être négligeable et ce, malgré la hausse des cours du pétrole et les turbulences des marchés mondiaux. Par ailleurs, tous les organismes internationaux prévoient le même taux de croissance ou presque pour 2008, dans la région.

En Europe la situation est bien entendu très différente, sauf pour l’Europe émergente où après une hausse du PIB de 6,3% en 2007, les prévisionnistes attendent 5,7% en 2008. Dans la Zone euro, en revanche on espère 2,5% en 2007 et 2,1% en 2008, ce qui est inquiétant pour la France malgré l’optimisme affiché par Nicolas Sarkozy et Madame Lagarde.  Cela étant, en France, nous savons pertinemment que l’objectif de croissance est beaucoup plus un slogan qu’une prévision.

Pour en revenir à la Zone euro, le bilan dressé par le FMI est plutôt positif, surtout par rapport à l’autre  grand pôle économique mondial, les Etats-Unis. La croissance en Zone euro est supérieure à celle des Etats-Unis favorisée, notamment, par la modération salariale et le recul du chômage un peu partout dans la Zone.  Enfin, le FMI fait toute confiance à la BCE pour maîtriser l’inflation et ramener les chiffres autour de 2% en 2008, contre 2,6% aujourd’hui,  avec  plusieurs pays qui dépassent les 3% (Espagne, Luxembourg, Slovénie) ou qui les ont atteint (Grèce, Irlande).

Le constat est moins favorable sur ce point en Europe de l’Est avec une situation de surchauffe économique dans certains pays. La Lituanie, par exemple, qui a un taux de croissance à deux chiffres (11,6% au 3è trimestre en glissement annuel), dont la demande d’adhésion à la Zone euro avait été repoussée  en raison d’une inflation très légèrement supérieure (+0,1%) à la norme, ce qui avait valu à la BCE d’être jugée trop rigoriste, a vu son taux d’inflation progresser nettement cette année, puisqu’en glissement annuel il a quasiment doublé en un an pour dépasser les 7%.

Dans ces conditions, une hausse des taux monétaires de la part de la BCE n’est pas à exclure, au grand dam sans doute de Nicolas Sarkozy, sauf si la crise des crédits hypothécaires américains devait se propager aux pays de la Zone, ce qui paraît assez peu vraisemblable. Toutefois,  dans le domaine rien n’est totalement exclu. Une chose est certaine, la Banque Centrale Européenne reste extrêmement vigilante face aux risques engendrés par  la hausse des matières premières, notamment le pétrole et les produits agricoles, sans oublier les probables revalorisations en janvier des prix administrés.

Et pendant ce temps  en France,  au milieu d’une forte agitation sociale dans laquelle le pouvoir a une responsabilité majeure, notre président de la République qui n’a cessé pendant des mois de parler, courir et amuser la galerie, semble aujourd’hui s’enfermer dans un mutisme qui fait que beaucoup se demandent « s’il y a un pilote dans l’avion ». C’est  un comportement habituel chez lui : à la première difficulté on ne l’entend plus, car il semble incapable de gérer la situation. En fait, la réalité est là, cruelle : notre pays est mal gouverné. Il  souffre qu’on ne lui dise pas la vérité, il n’en peut plus d’être pris en otage par un pouvoir qui s’imagine pouvoir diriger le pays en opposant les Français entre eux.

 Mais attention  tout cela n’a qu’un temps,  et Nicolas Sarkozy ferait bien d’avoir la sagesse d’examiner froidement la situation et de ne pas se contenter de faire des coups. Pourquoi, n’écoute-t-il pas François Bayrou quand celui-ci dit « qu’il n’y a pas d’autre manière de sortir d’une crise que de s’assoir autour d’une table ». Il est vrai que le leader du Mouvement Démocrate a d’abord le souci de la France, inquiet de voir chaque jour des millions d’euros s’envoler au moment où notre pays accuse de lourds déficits. Nicolas Sarkozy au contraire en est déjà à spéculer sur une éventuelle réélection, alors qu’il vient tout juste d’être élu.

M.E.

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