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18.11.2007
Rassembler tous les Français
Contrairement à ce que l’on a souvent entendu dire, le rassemblement tel que l’a toujours envisagé François Bayrou n’a rien à voir avec une coalition de gouvernement, et encore moins à l’ouverture telle que l’a pratiquée Nicolas Sarkozy, qui n’est rien d’autre qu’un simple débauchage de personnalités appartenant à un autre camp. L’histoire fournit de nombreux exemples dans notre pays où plusieurs partis politiques se sont associés pour pouvoir gouverner. Ailleurs, c’est aussi un cas fréquent mais parfois, plus rarement, on parle aussi de grande coalition quand les deux principaux partis de gouvernement décident de s’allier. De nos jours, l’Allemagne vit une deuxième grande coalition. En France, la troisième et la quatrième République ont vécu pendant très longtemps avec des gouvernements de coalition, qui se faisaient et se défaisaient avec une constante régularité.
Ce type de coalition survivait généralement grâce à l’appoint d’un ou plusieurs partis charnières, souvent au centre de l’échiquier politique. Entre 1958 et 1962, le premier gouvernement formé par le général de Gaulle, que tous les constitutionnalistes appellent le gaullisme parlementaire, y fut contraint pour la bonne raison que le gouvernement, présidé par Michel Debré, ne disposait pas du soutien d’une majorité stable. En effet l’UNR, le parti gaulliste, ne disposait que de 212 sièges alors que la majorité absolue s’élevait à 277 sièges. L’UNR avait besoin du MRP et des Indépendants pour gouverner, ce qui ne manquait pas de poser de nombreux problèmes tant ces diverses formations étaient divisées sur de nombreux sujets.
Un autre type de coalition a marqué notre pays entre 1976 et 1981 : la coalition formé entre le RPR et l’UDF avec Raymond Barre comme Premier ministre. Cette période a marqué à tout jamais Raymond Barre tellement le climat était malsain à l’intérieur de la majorité. D’ailleurs pendant cette période de cinq ans, Raymond Barre n’a jamais utilisé l’article 49-3 contre l’opposition, mais toujours contre le RPR. Rien que pour l’approbation du budget en 1979, Raymond Barre dut l’utiliser à trois reprises. Cela confinait au grotesque, d’autant que les deux partis (UDF et RPR) représentaient la majorité présidentielle.
A l’étranger, l’exemple de la coalition que l’on cite régulièrement est généralement celle qui a prévalu en Allemagne entre 1966 et 1969 et depuis 2005. Elle rassemble les deux grandes forces politiques du pays (PSD et CDU-CSU) afin de mettre un terme à un blocage politique, à savoir l’impossibilité de constituer une majorité viable. Cette situation ne peut être que provisoire, même si elle permet de réaliser sans trop de dommages sociaux des réformes importantes réclamant un consensus élargi. Elle s’éteint doucement au fur et à mesure que l’on se rapproche de la date des élections. Aujourd’hui, le retrait récent du vice-chancelier et ministre du Travail, Franz Müntefering, signifie pour de nombreux observateurs le commencement de la fin de la grande coalition. C’est aussi le coup d’arrêt des réformes audacieuses, ou plutôt le début de la campagne électorale pour les prochaines échéances régionales et fédérales.
L’Italie vit aussi avec une coalition de gouvernement depuis avril 2006. Celle-ci est pourtant très différente de la grande coalition allemande parce que très hétéroclite, avec pas moins de neuf partis politiques impliqués allant de la Démocratie Chrétienne à l’ex Parti Communiste. Ce gouvernement, dirigé par Romano Prodi, a beaucoup de mal à survivre avec seulement une voix de majorité au Sénat, mais jusqu’à présent cette union a tenu. Mais combien de temps ? La force de cette coalition tient surtout au fait qu’elle est très impopulaire, et qu’elle serait battue à tout coup en cas d’élections anticipées, les Italiens étant plus versatiles encore que les Français. N’oublions pas que l’Italie a du prendre des mesures drastiques pour redresser des finances publiques dans un état déplorable, après cinq ans de gouvernement Berlusconi, dont nous dirons qu’il est avant tout un illusionniste populiste. Cela nous rappelle quelque chose !
Nous passerons très vite sur la stratégie de Nicolas Sarkozy qui au départ n’avait pas besoin de l’appoint des voix du Nouveau Centre pour gouverner. Pour autant il ne s’est pas privé de faire en sorte que 22 députés sortants UDF soient enrôlés dans les rangs de la majorité présidentielle, au côté de l’UMP. Il a aussi rallié quelques socialistes en leur proposant des ministères ou secrétariat d’Etat, voire même des présidences ou vice-présidences de commission dont l’utilité ne saute pas aux yeux. En fait, Nicolas Sarkozy gouverne seul et la majorité ne sert pas à grand-chose, sinon à approuver sans sourciller les propositions du gouvernement, voire même en aggravant la nocivité de certains textes à caractère populiste (tests ADN par exemple).
En revanche, la démarche de rassemblement de François Bayrou est très différente, peut-être même sans précédent dans l’histoire de notre République. Cela déborde les frontières classiques de la droite et de la gauche, la finalité étant de rassembler dans un commun intérêt général, tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la République. En disant cela nous avons tout dit. En effet, comme l’a écrit François Bayrou à propos du congrès fondateur du Mouvement Démocrate, « nous allons faire naître une nouvelle famille politique. Nous allons adopter une charte éthique, une charte des valeurs et des statuts. Et surtout, une ligne politique, un projet de société, celui d'une société de justice croissante face au modèle d'inégalité croissante qui domine aujourd'hui la mondialisation".
C’est déjà tout un programme, autour duquel peuvent se rassembler un grand nombre de Français issus de familles politiques diverses. C’est le cas présentement, et ce le sera encore davantage à l’avenir. Cela n’a donc rien à voir avec une quelconque coalition ou s’additionnent des forces électorales, chacune défendant son pré-carré, le but étant au contraire de se regrouper et faire reculer peu à peu, avec constance et ténacité, les échecs et le déclin dans lesquels vit depuis trop longtemps notre pays.
A partir de là, il restera à établir un programme présidentiel sérieux, réaliste, sans faux-semblant ni démagogie, sur le modèle de celui qui a déjà rassemblé 18,6% des électeurs en avril 2007. Gageons que cette fois les Français ne se laisseront pas distraire par les promesses démagogiques et fumeuses de Nicolas Sarkozy, même si nous pouvons lui faire confiance pour être encore plus démagogue qu’en 2007(si c’est possible), et pour être capable d’aller très loin dans le mensonge, car il faudra bien expliquer le bilan très négatif du quinquennat. L’euro, la BCE, la conjoncture internationale etc. vont beaucoup servir pour masquer les échecs, mais nous sommes convaincus que ce sera insuffisant pour empêcher les Français de choisir la voix du sérieux incarnée par François Bayrou et le Mouvement Démocrate.
ME
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