31.10.2007
Un triste temps de Toussaint
Parmi les nouvelles qui interpellent en cette période de Toussaint, il y en a quelques unes qui, à des titres divers, posent question. Tout d’abord il y a cette vilaine affaire des enfants tchadiens « orphelins » dans laquelle, apparemment, les zones d’ombre sont nombreuses. Décidément ce continent, exploité durant des siècles et qui continue de l’être, est la victime de toutes les embrouilles, y compris les plus sordides. Espérons quand même que nous découvrirons la vérité sur cette ténébreuse entreprise.
Dans un tout autre domaine, les médias relatent à l’envie le voyage du président de la République en Corse avec, pour point d’orgue, la tenue d’un Conseil des Ministres décentralisé à Ajaccio. Pourquoi pas ? L’ennui, c’est que cela va encore coûter très cher avec tout le cérémonial qui entoure ce type de manifestation qui, de l’avis général, n’apportera rien de plus à la Corse, sauf à disserter sur les innovations présidentielles. D’ailleurs, malgré tous les voyages effectués en tant que ministre de l’Intérieur, malgré un nombre considérable d’annonces, la situation dans l’Ile de Beauté ne s’est pas vraiment améliorée depuis que Nicolas Sarkozy s’en occupe.
En parlant du coût de ce Conseil des Ministres décentralisé, nous ne pouvons pas éviter d’évoquer l’augmentation de salaire du Président de la République. Celui-ci, en effet, avait promis pendant la campagne présidentielle de restreindre le train de vie de l’Elysée, en réponse à François Bayrou qui avait affirmé, qu’une fois élu et pour montrer l’exemple, il s’engageait à réduire de 20% le budget de l’Elysée.
Il est évident que si le leader du MoDem avait été élu cette promesse aurait été tenue, personne n’en doute. Il est vrai que les militants qui animaient sa campagne avaient pour slogan : « François Bayrou, l’homme qui ne promet que ce qu’il peut tenir ! ». Dommage que les Français aient préféré élire quelqu’un qui disait que dans notre pays tout était possible, y compris à partir de promesses inconsidérées, irréalisables et parfois totalement contradictoires.
Pour revenir au salaire présidentiel, ce qui apparaît le plus choquant dans l’attitude du chef de l’Etat, ce n’est pas tant la somme qui va lui être octroyée (au fond peu importe ce qu’il va gagner chaque mois), mais plutôt le moment choisi. En effet, cette augmentation (+100%) intervient à la suite d’une campagne de dénigrement sans précédent, vis-à-vis « des privilégiés » qui bénéficient d’une retraite à régime spécial. Monsieur Fillon avait même parlé « de l’injustice la plus criante ». Les Français peuvent constater que les injustices criantes ne manquent dans la France dirigée par Messieurs Sarkozy et Fillon, et nous ne parlons pas que du bouclier fiscal à 50%.
Une chose est certaine : si Nicolas Sarkozy va bénéficier d’une forte, très forte progression de son pouvoir d’achat, la quasi-totalité des Français va voir le sien diminuer, et plus particulièrement les plus démunis. « Travailler plus pour gagner plus » était certes un bon slogan de campagne, mais ce n’est en rien une garantie de voir cela se réaliser. D’abord pour travailler plus, il faut qu’il en y ait la possibilité, et ensuite nombreux sont ceux qui pensent que le dispositif gouvernemental, pour coûteux qu’il puisse être, s’apparente quand même beaucoup à « une usine à gaz ».
Par ailleurs, et là Nicolas Sarkozy n’y est pour rien, il y a la flambée des matières premières qui se répercute sur les consommations de base. A cela s’ajoute la forte hausse du cours du pétrole (94 dollars le baril) qui ne manquera pas d’être répercutée sur les prix du fuel, ce qui va pénaliser lourdement les familles utilisant ce moyen de chauffage. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour que le pouvoir d’achat des Français, comme celui des européens d’ailleurs, baisse dans des proportions inquiétantes ce qui, fatalement, aura des répercussions sur la croissance. Malheureusement, « même en allant la chercher avec les dents » comme l’a si joliment dit le président de la République, l’objectif de 2,25 % d’augmentation du PIB en 2008 sera loin d’être atteint.
Du coup, nos finances publiques déjà obérées par le paquet fiscal seront lourdement pénalisées, et il faudra nécessairement prendre des mesures pour limiter les déficits et contenir la progression de la dette. Et là, nous savons qui sera sollicité en premier : la plupart des Français qui travaillent (ou pas) à travers quelques mesures comme la hausse de la TVA, et ou une augmentation des impôts pour ceux qui ne bénéficient pas du bouclier fiscal. C’est effectivement la seule perspective crédible que nous offrent Nicolas Sarkozy et l’UMP. Ce n’est pas cela que les Français espéraient, même s’ils auraient pu imaginer que les mêmes hommes feraient la même politique.
M.E.
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30.10.2007
L'UE et la France ont besoin d'immigrés
Au moment où la France prend des mesures de plus en plus contraignantes vis-à-vis des étrangers qui veulent venir chez nous, on apprend que la Commission européenne propose « la carte bleue » pour attirer en Europe des personnes en âge de travailler, et les détourner d’aller s’installer aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie. En fait cette carte bleue ressemble à la « green card » américaine, que reçoivent certains étrangers venant travailler aux Etas-Unis.
Nous disons bien certains étrangers, car ils ne sont pas tous bienvenus. Les populations concernées par cet accueil chaleureux étant plutôt composées d’ingénieurs, de médecins ou d’informaticiens, venus du Tiers-Monde et des pays émergents. En revanche, jusqu’à présent, l’Union Européenne accueillait surtout des travailleurs non qualifiés. Avec le projet présenté par Franco Frattini, Commissaire en charge de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité, la Commission européenne espère inverser les choses, même si tout le monde sait bien que les Etats-Unis continueront encore un certain temps à être l’Eldorado des étrangers hautement qualifiés.
Pour le Commissaire, « une nouvelle vision s’impose », et l’Europe doit recruter à un niveau supérieur. Les recommandations en termes de rémunération seront d’ailleurs assez séduisantes, puisque les ressortissants d’un pays obtenant un emploi dans l’Union Européenne, toucheront un salaire au moins trois fois supérieur à celui du salaire minimum de son pays d’origine. De plus, ils bénéficieront de conditions favorables en matière de regroupement familial. Bien entendu, ce candidat devra être titulaire d’un diplôme reconnu, et justifier de trois ans d’expérience. En outre, il ne pourra postuler que pour une offre d’emploi non pourvue par un travailleur communautaire.
Le dispositif permettrait en outre aux travailleurs immigrés ayant terminé leur contrat et retournant dans leur pays, de pouvoir revenir ensuite en Europe, sans devoir refaire les démarches auxquelles ils ont été contraint lors de leur premier séjour. C’est ce que Monsieur Barroso, le Président de la Commission Européenne, appelle « le dispositif de migration circulaire qui constitue la valeur ajoutée européenne par rapport à la green card américaine ». Ces dispositions devraient être adoptées assez rapidement, sans doute au prochain Conseil européen, malgré quelques réticences de la part de l’Allemagne et de l’Autriche.
Cela rappelle un peu les mesures prises par le gouvernement français qui veut « faire passer l’immigration professionnelle de 7 à 50% des personnes s’installant durablement en France. Toutefois, la liste des emplois en France est beaucoup plus large puisque l’on répertorie 30 professions susceptibles d’être proposées aux immigrés en provenance des pays non membres de l’Union Européenne, et 152 métiers ouverts aux ressortissants des pays de l’Est européens, membres de l’Union. Les professionnels du bâtiment et de la restauration, notamment, sont satisfaits d’autant que le recrutement en France dans ces secteurs demeure très difficile.
Bien entendu, ces mesures soulèvent l’indignation des associations de défense des étrangers qui, à juste titre, s’étonnent que l’on ne veuille pas régulariser les sans-papiers travaillant au noir, alors que les besoins existent et que l’on va chercher de la main d’œuvre à l’extérieur, qui n’est pas nécessairement plus qualifiée. Sur ce plan, le gouvernement est confronté à une logique qui n’est pas cohérente entre l’immigration dite de travail, et la mise en place de toutes sortes de quotas contradictoires. D’ailleurs, comme l’a souvent répété François Bayrou, « l’immigration choisie est au mieux un slogan, au pire un leurre ».
A ce propos, il faudra bien que Nicolas Sarkozy et le ministre de l’Immigration Brice Hortefeux comprennent que la coopération européenne est plus que jamais nécessaire. Il faut absolument construire une politique commune de visas, de lutte contre l’immigration clandestine y compris et même surtout dans les DOM-TOM, sans oublier le co-développement notamment avec les pays africains. D’ailleurs au cours de sa visite au Maroc, Nicolas Sarkozy a été interpellé par le roi Mohammed VI qui a souhaité la création de «mécanismes innovants », lors du deuxième sommet Afrique-UE à Lisbonne en décembre 2007 sur l’immigration.
Or sur l’immigration, l’Union Européenne a beaucoup de difficultés à adopter une politique harmonisée. L’Espagne régularise massivement, l’Italie aussi à un degré moindre, et pendant ce temps la France et la Grande Bretagne se montrent beaucoup plus restrictives. Bref, chacun fait sa politique de son côté, en considérant d’abord ses intérêts nationaux et les enjeux électoraux qui accompagnent ces réflexions.
Pourtant, quoiqu’en pensent les gouvernants européens, l’Europe vieillissante aura besoin d’immigrés. Ces immigrés il faudra les accueillir, les former, quitte à en voir certains repartir dans leurs pays. Il est impensable d’imaginer que l’on puisse piller les richesses humaines des pays en voie de développement, comme on le fait des richesses de leur sous-sol. Cependant, compte tenu des problèmes démographiques rencontrés par l’Union Européenne, problèmes qui vont s’amplifier dans les décennies à venir, il va falloir gérer la situation migratoire.
Certains disent que la France n’est pas concernée par cet affaiblissement de la population, ce qui est vrai par rapport à des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou certains pays à l’Est de l’Union Européenne. Toutefois, le problème se pose quand même puisqu’on est obligé de prendre des mesures pour pourvoir à des emplois qualifiés, mais aussi non qualifiés. Nous manquons d’informaticiens, d’interprètes ou traducteurs, mais aussi de bûcherons et de balayeurs. Le phénomène est général dans la quasi-totalité des Etats de l’UE.
Raison de plus pour faire un effort sur la politique communautaire en matière d’immigration. Raison de plus, également, pour trouver un équilibre entre les aspects humanitaires et économiques des flux migratoires des pays tiers. Raison de plus enfin, comme ne cesse de le répéter François Bayrou, « de bâtir la politique d’immigration avec les pays d’émigration sur des principes clairs et, notamment, sur la mise en œuvre de partenariats et d’accords de coopération avec les pays concernés ». Cela nous permettrait surtout d’avoir une vision prospective sur le sujet. Nous y gagnerions en efficacité et plus encore en humanité. La France est quand même la patrie des Droits de l’Homme et l’Europe le berceau de la démocratie.
M.E.
09:05 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.10.2007
Une France en vert ? Pas sûr
Centrale thermique fonctionnant au charbon
Si après tout cela Nicolas Hulot n’est pas ministre, c’est à désespérer de tout. En tout cas, le producteur d’émissions de TF1 n’y est pas allé par quatre chemins dans le dithyrambe : pour lui le Grenelle de l’environnement, c’est l’équivalent de Valmy ou si l’on préfère de la bataille de la Marne. La France est sauvée et la planète aussi ! Rendons grâce au Président Sarkozy d’avoir organisé ces réunions ! Certes, j’exagère un peu, mais depuis jeudi soir nous sommes abreuvés de bonnes nouvelles sur l’environnement.
Cela ne signifie pas pour autant que je suis contre ce type de manifestation, loin de là. Cela ne signifie pas non plus que je ne souhaite pas la réussite de ce qui a été décidé suite à ce Grenelle de l’environnement, je pense simplement qu’il faut savoir raison garder avant de manifester un enthousiasme démesuré. Compte tenu des enjeux, il faut des résultats c’est-à-dire du concret. Nicolas Sarkozy sait parfaitement s’y prendre pour donner de l’importance à tout ce qu’il fait, mais souvent à peine le sujet effleuré on passe à autre chose. C’est pour cela que je suis tellement méfiant, et que j’approuve totalement Vauvenargues quand il dit : « l’art de plaire est l’art de tromper ».
En tout cas, on ne pourra pas reprocher au président de la République de n’avoir pas mis tout son poids pour assurer la réussite de ce « forum », qui a duré plusieurs semaines et qui a abouti à deux journées de négociations intenses, avant qu’il ne prononce son discours de clôture. Et là personne ne fut déçu au point que les écologistes, sans voix, se sentaient quasiment tous rassurés sur la volonté du pouvoir de mettre la France au vert. Il n’y a guère que Noël Mamère pour doucher quelque peu le bonheur ambiant en parlant du financement, mais que vaut la parole de Mamère par rapport à celle de Nicolas Hulot ? Pas grand-chose.
Nicolas Sarkozy a donc beaucoup promis dans ce discours. Les mauvaises langues diront que c’est une habitude de sa part, mais là il s’est en quelque sorte surpassé, même s’il a eu l’habileté de renvoyer à plus tard quelques uns des sujets qui fâchent.
Dans le secteur des transports, le chef de l’Etat a tout simplement proposé un plan Marshall d’un milliard d’euros sur quatre ans, pour financer les énergies et les moteurs du futur. Un gros effort va être fait, nous dit-il, sur le fret ferroviaire et fluvial. En revanche, il pense qu’il est impossible de se passer du nucléaire, mais pour faire plaisir aux écologistes, il ne veut pas créer de nouveaux sites. Toutefois, ceux qui sont à peine commencés (EPR) ne seront pas arrêtés. Il n’a pas parlé non plus des déchets. Mais cela ne fait rien, il y a du grain à moudre pour tout le monde.
Le bâtiment figure également parmi les priorités, même si les résultats ne se feront sentir qu’en 2020, ce qui est loin. Tous les nouveaux immeubles seront construits avec des normes très strictes destinées à faire baisser de 40% la facture énergétique. Nicolas Sarkozy avance sans sourciller le chiffre de 140 000 emplois crées par ces mesures, dont 40 000 pour le seul secteur de l’énergie. On ne peut qu’applaudir à ces mesures qui, toutefois, devront être financées comme d’ailleurs celles destinées au secteur des transports. Or, sans vouloir jouer les rabat-joie, cela représente des sommes considérables qu’il faudra trouver, sous peine de voir ces bonnes intentions s’évaporer très rapidement.
Sur les autres sujets « délicats », le président de la République veut laisser « du temps au temps ». Ainsi, il s’engage à étudier la création d’une taxe carbone, « à condition qu’elle vienne en contre partie d’un allègement de la taxation du travail ». Nicolas Hulot s’est dit satisfait, même si pour le moment rien n’est fait. Cependant, pour rassurer définitivement son auditoire, Nicolas Sarkozy va proposer au niveau européen une taxe carbone sur les produits importés qui ne respectent pas le protocole de Kyoto. L’Europe dans ces cas-là est bien utile.
Pour les pesticides, il faut d’ici 10 ans réduire de 50% leur usage, et encore à la condition que cela soit possible. Les agriculteurs s’en remettront, tout comme ils ont été satisfaits d’entendre le président de la république confirmer le moratoire sur les OGM jusqu’en janvier. Cela dit, les semis de maïs se font fin avril-début mai. On verra ce que diront les experts, et surtout seront-ils écoutés et par qui ? Quelle sera l’attitude des députés UMP élus dans des circonscriptions agricoles (il y en a beaucoup) quand le Parlement sera saisi du problème ?
Autant de questions sans réponse qui méritent réflexion, et qui tempèrent l’enthousiasme de ceux qui espéraient beaucoup (trop) de ces travaux. Certains diront même qu’il s’agit d’abord de rattraper notre retard sur l’application des décrets européens. D’autres feront le rapport entre le milliard d’euros pour sauver la planète et les milliards de cadeaux fiscaux octroyés en juillet. La pastille verte va-t-elle faire baisser les ventes de 4X4, alors que ceux qui les achètent sont généralement parmi les plus aisés. Rien n’est moins sûr. Enfin, quid des biocarburants dont on nous a tellement parlé jusque là et qui semblent aujourd’hui en perte de vitesse. Là aussi les experts décideront, mais on ne remet pas en cause les engagements pris, pour parler comme Nicolas Sarkozy qui tient, là aussi, à rassurer les agriculteurs engagés dans la filière.
Et pendant ce temps, le prix du pétrole continue d’augmenter (91- 92 dollars le baril), et ce n’est sans doute qu’un début, car selon l’Institut Energy Watch Group, groupe d’études indépendant de l’industrie pétrolière, la production de pétrole dans le monde qui a atteint son pic en 2006, devrait décroître et décliner de moitié d’ici 2030. Actuellement le monde produit environ 80 millions de barils par jour. En 2020, il devrait en produire 58 millions par jour, puis 39 millions en 2030, soit une baisse de 50% par rapport aux niveaux actuels. Cette hypothèse de l’EWG est très différente de celle de l’AIE (Agence internationale de l’Energie) qui table sur 105 millions de barils par jour en 2020 et 116 millions en 2030. Qui a raison, qui a tort ?
En fait, selon EWG, l’AIE conteste la théorie d’une raréfaction des ressources fossiles et même son épuisement à terme, car elle est partie prenante de l’industrie pétrolière. L’EWG estime d’ailleurs qu’à travers ses projections beaucoup trop optimistes, l’AIE envoie aux milieux d’affaires un message extrêmement négatif, en présupposant que le pétrole va continuer à couler à flot dans les 20 ou 30 prochaines années, car cela n’encourage ni l’industrie, ni les gouvernements du monde à se lancer dans les changements structurels nécessaires.
Pourtant, les tenants du tout pétrole devraient se rendre compte qu’en un mois les prix du baril ont augmenté de plus de 10 dollars tant à New-York qu’à Londres, la hausse sur un an atteignant 50%. Il est vrai que les évènements se succèdent pour favoriser cette hausse des cours, avec la décrue des stocks européens et américains, les sanctions américaines contre l’Iran, les bruits de botte au Kurdistan (le transit du pétrole irakien se fait par la Turquie), sans oublier les violences continues au Nigéria qui est le premier producteur africain. A cela s’ajoute la baisse du dollar qui donne l’impression aux pays producteurs que les prix doivent sans cesse augmenter pour maintenir leurs revenus.
Sur ce plan, nous ne pouvons que nous féliciter de voir la France commencer à réfléchir à l’après-pétrole, à travers les mesures décidées pour réduire la consommation d’énergie. Nous sommes en accord avec le président de la République quand il dit ne pas pouvoir se passer du nucléaire même si nous, militants du MoDem, pensons qu’il faut davantage de transparence sur ce type d’énergie. N’oublions pas, comme l’a souvent rappelé François Bayrou, que la France ne remplit ses engagements en matière de gaz à effet de serre que grâce au nucléaire.
Cependant, il faut aussi investir massivement sur les énergies de substitution, comme l’ont fait l’Allemagne et les pays nordiques. Nous sommes très en retard sur les énergies telles que le solaire, la géothermie, les éoliennes, et nous n’avons pas l’impression que cela ait été souligné suffisamment dans le Grenelle de l’environnement. On a beaucoup évoqué les taxes écologiques, mais cela ne suffit pas.
Il faut insister sur l’énergie à la fois propre, si tant est qu’on puisse y arriver, et renouvelable. Seulement, le problème est que cela coûte beaucoup d’argent et pourquoi ne pas le reconnaître, nous n’avons pas les moyens de nos ambitions, sauf à davantage impliquer la population dans les investissements à réaliser pour, à terme, finir par faire des économies tout en vivant mieux. L’Allemagne, pour ne citer qu’elle, fait un gros effort en ce sens.
Qu’avons-nous fait en France ces dernières années pour préparer l’après pétrole ? Peu de choses, et ce ne sont pas Messieurs Sarkozy et Fillon, membres éminents des gouvernements Raffarin ou de Villepin, qui nous diront le contraire. On a essayé de développer la filière des biocarburants, alors que déjà nombre d’organisations en charge de la planète mettaient en garde sur ses effets néfastes pour l’environnement, sans parler du coût. On a essayé etc. Rien de bien concret, sinon une impression de bricolage. Raison de plus pour prendre des mesures et prévoir leur financement. On y revient toujours !
M. E.
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Je suis démocrate, je suis européen, donc je suis MoDem
La Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA)
Pour tout le monde Europe rime aujourd’hui avec démocratie. Quand je dis Europe, cela signifie bien entendu Union Européenne, ensemble de 500 millions d’habitants, allant de la Mer Noire à l’Océan Atlantique et de la Mer Méditerranée au Cap Nord, sans oublier les territoires ou régions dépendant de pays de l’UE. Le soleil ne se couche jamais sur « cet empire » qui a, surtout, la particularité de s’être constitué dans la paix, avec pour critère principal le même respect des principes démocratiques dans tous les Etats qui composent cette union. C’est en cela aussi que nous pouvons parler d’ensemble unique sur la planète, les Etats-Unis d’Amérique par exemple ayant encore des Etats appliquant la peine de mort, ou recélant sur leur territoire des prisons type Guantanamo.
Les liens entre l’Europe et la démocratie sont très anciens comme chacun le sait, puisque la démocratie tire son nom de la Grèce Antique. C’est là que fut établi le principe du gouvernement du peuple par le peuple, même si nous savons bien que dans le peuple en question étaient exclus les femmes et les esclaves. Il n’empêche, ce type de gouvernement va beaucoup influencer la vie politique de l’ensemble de l’Occident, appelé communément « l’Occident Chrétien ».
Certes l’Empire Romain, le Moyen-âge et ensuite l’absolutisme royal dans les grandes monarchies européennes n’ont pas été des exemples de démocratie, ce qui représente une vingtaine de siècles, mais dès le 18è siècle (siècle des Lumières) cette idée de démocratie représentative s’impose en Angleterre, puis aux Etats-Unis qui en sont aux balbutiements de leur histoire, et enfin en France avec la Révolution et l’adoption par l’Assemblée Constituante, c’est-à-dire les représentants du peuple, de « la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » le 26 août 1789.
A partir de là, le mouvement ne s’arrêtera plus malgré les inévitables soubresauts de l’histoire. La Révolution française va s’exporter dans une bonne partie de l’Europe Occidentale grâce aux conquêtes militaires, et le mouvement va s’amplifier sous diverses formes pendant la révolution industrielle. Celle-ci, en effet, en raison des problèmes sociaux qu’elle suscite va permettre à certains courants de pensée de mettre en avant, face au pouvoir de la bourgeoisie capitaliste, des idées aussi simples que la protection des plus faibles et des plus démunis. Cela aboutira à la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » adoptée en 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies.
Un peu plus tard, en 1950, les Etats membres du Conseil de l’Europe adoptent « la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales ». Celle-ci, contrairement à la DDHC de 1789, institue une Cour de Justice chargée de faire respecter les droits de l’homme, la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui siège à Strasbourg. Cependant, si l’on est allé aussi loin dans le respect de l’individu, c’est aussi parce que le monde venait de vivre quelques épisodes parmi les plus effroyables que l’humanité ait connus. Nous voulons parler bien sûr des deux guerres mondiales avec, comble de l’horreur, le totalitarisme national-socialiste en Allemagne.
Il faut aussi souligner qu’à l’époque ou fut signée la Convention de 1950, notre continent vivait dans sa partie orientale une révolution qui, sur le plan de l’horreur à défaut des principes, ressemblait en tous points au nazisme : le totalitarisme communiste illustré par le règne de Staline, qui perdurera encore 38 ans après la mort du Czar rouge. Là aussi, malheureusement, beaucoup soulignent l’influence française dans l’évolution de cette dictature, les idées les plus tyranniques de la Révolution française ayant servi de référence à « la dictature du prolétariat ». Cela étant, pour être juste, l’apport de la Révolution française a été infiniment plus riche que la dérive thermidorienne ou napoléonienne qu’on lui prête si souvent.
Pour en revenir à l’année 1950, nous dirons qu’elle est sans doute la période la plus marquante pour notre continent, car c’est là que commence réellement la construction européenne. Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, lance l’idée d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Ce plan est destiné en premier lieu à amorcer le rapprochement entre la France et l’Allemagne. Il sera mis au point par Jean Monnet qui, dès 1945, avait décidé de fonder une première institution commune aux Européens, avec le soutien affirmé d’hommes d’Etat comme Konrad Adenauer ou Alcide de Gasperi, qui ont été respectivement chancelier de l’Allemagne Fédérale et Président du Conseil italien.
Nous n’allons pas évidemment faire l’historique de la construction européenne, mais plutôt rappeler l’extraordinaire apport démocratique de l’Union Européenne sur notre continent. Tout d’abord la paix entre les peuples. N’oublions pas que la démocratie, c’est d’abord la paix à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est quand même une idée nouvelle en Europe. La France pour ne citer qu’elle, se nourrit d’une histoire militaire intense au cours des derniers siècles.
Sans remonter très loin, entre les guerres de Louis XIV, de la Révolution, de Napoléon et son neveu Napoléon III, plus les deux guerres mondiales, la France a été constamment en guerre avec nos principaux partenaires de l’Union Européenne. Or, aujourd’hui tout conflit est impossible entre les 27 pays membres. Mieux même, quoi qu’on puisse en dire, et même si l’on peut regretter que l’union politique ne soit pas suffisante au niveau des instances européennes, l’Union Européenne est inattaquable par aucune autre puissance dans le monde que ce soit sur le plan militaire, ou sur le plan économique. L’UE est la première puissance économique mondiale, avec un PIB qui dépasse largement le quart des richesses produites dans le monde, loin devant les Etats-Unis.
La paix n’est pas le seul acquis de l’Union Européenne. Il y a aussi le progrès social, fruit d’une croissance soutenue par la coopération économique, et la libération des échanges à l’intérieur de l’Union. Grâce à l’UE, des pays quasiment en voie de développement dans les années 70, comme l’Espagne, l’Irlande, le Portugal ou la Grèce sont devenus aujourd’hui des pays développés, voire même très riches comme l’Irlande. D’autres suivent le même chemin, notamment les pays de l’Est entrés dans l’Union après la chute du communisme.
Sur le plan politique, la construction de l’Europe s’est accompagnée dans toute l’UE d’une application avancée de l’Etat de droit avec, en particulier, la primauté du droit communautaire institué « en ordre juridique propre »sur les droits nationaux, les citoyens pouvant en demander l’application devant les tribunaux. Cet apport est particulièrement bienvenu pour les pays récemment libérés de la dictature communiste.
Cependant, le tableau de cette Europe ne saurait être idyllique pour plusieurs raisons : la première vient en grande partie des dirigeants politiques eux-mêmes. Tous les pays, dont le nôtre, ne sont pas dirigés par « d’authentiques européens » quelles que soient leurs gesticulations de façade, ces dirigeants refusant farouchement d’aliéner une partie de leurs pouvoirs nationaux.
Ensuite, il y a les effets conjoints de l’ouverture totale des marchés à l’intérieur de l’Union, mais aussi de la mondialisation, avec la vague de restructurations économiques qui ont accompagné ces mouvements, et les drames sociaux qu’ils ont engendrés dans certaines régions. Du coup, plusieurs pays ont vu monter une vague de populisme et de nationalisme exacerbée, qui rappelle de mauvais souvenirs aux plus anciens d’entre nous.
Enfin, il y a le risque de dilution de l’Union avec l’élargissement à marche forcée que l’on a connu ces dernières années. Les nouveaux pays membres pèsent d’un poids de plus en plus lourd dans les institutions et procédures européennes ce qui paraît une évidence à première vue. Cela étant, il faut que les pays entrants fassent l’apprentissage de la politique communautaire, sous peine de voir les nations les moins portées à l’approfondissement politique, la Suède, le Danemark et surtout la Grande Bretagne risquer de tirer parti de l’élargissement pour reporter sine die la construction de l’Europe politique. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que ces trois pays ont refusé leur adhésion à la Zone Euro.
A ce propos, nous ne pouvons que nous féliciter du fonctionnement de l’Eurosystème (13 pays membres aujourd’hui). Nous n’allons pas redire une nouvelle fois les multiples avantages que nous avons retirés de cette monnaie unique. Simplement, sa plus belle réussite réside dans le fait que démonstration est faite qu’une gouvernance européenne est possible dans un domaine aussi important que la monnaie. Le projet européen imaginé par les pionniers de l’Union a trouvé sa conclusion sur le plan économique et social. Et le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter car plusieurs pays (Malte, Chypre, Lituanie, Estonie) seront intégrés très rapidement, une fois les critères de Maastricht satisfaits, notamment en matière d’inflation.
Tout cela signifie qu’une intégration européenne plus approfondie est possible. Si l’Europe fédérale, comme nous l’avons vu n’est plus d’actualité, si l’on assiste à une renaissance des nationalités, je suis persuadé que le sentiment national n’est pas nécessairement incompatible avec le sentiment européen. Les pays de l’Est ont un sentiment national très fort, mais ils ont voulu faire partie de l’Europe et ils sont heureux d’y être, quoi que puissent en dirent les europhobes. L’Europe a permis de réconcilier les multiples sentiments nationaux et, surtout, elle a fait reculer le nationalisme qui est « un sentiment négatif » comme disait Raymond Barre, européen convaincu.
Cela m’amène une nouvelle fois à déplorer le NON français à la Constitution européenne. Je ne veux pas donner l’impression de me répéter, mais qu’un pays comme le nôtre ait pu dire NON à la Constitution européenne telle qu’on nous la proposait est, tout simplement, indigne de notre passé. J’en veux surtout aux politiciens appartenant aux partis de gouvernement d’avoir pour des raisons personnelles, c’est-à-dire, en espérant en tirer profit sur le plan politique, fait campagne pour le NON et laisser croire qu’il y avait une autre alternative (plan B).
Malgré tout, je suis convaincu que le processus enclenché en 1950 n’est pas prêt de s’arrêter et qu’il va s’approfondir, pour peu que les hommes au pouvoir dans les divers Etats de l’Union n’y fassent pas trop obstacle. Comme le dit souvent François Bayrou « si les égoïsmes nationaux ou les seuls intérêts financiers prenaient le dessus, on pourrait détricoter, morceau par morceau, l’ensemble patiemment édifié jusqu’ici ». Malgré tout, grâce à des femmes ou des hommes de pouvoirs comme Angela Merkel, François Bayrou, Romano Prodi, Jean-Claude Junker, pour ne citer qu’eux, nous devons rester confiants pour l’avenir de l’Union Européenne qui, dans le sillage de l’euro, finira par s’imposer à tous. Les peuples eux-mêmes imposeront leurs choix, notamment les nouvelles générations. Ce sera la victoire de la démocratie. Je suis convaincu qu’en France le Mouvement Démocrate sera la formation politique la mieux à même d’imposer et d’accompagner ces évolutions indispensables.
Michel Escatafal12:05 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


