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30.10.2007

L'UE et la France ont besoin d'immigrés

Au moment où la France prend des mesures de plus en plus contraignantes vis-à-vis des étrangers qui veulent venir chez nous, on apprend que la Commission européenne propose « la carte bleue » pour attirer en Europe des personnes en âge de travailler, et les détourner d’aller s’installer aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie. En fait cette carte bleue ressemble à la « green card » américaine, que reçoivent certains étrangers venant travailler aux Etas-Unis.

Nous disons bien certains étrangers, car ils ne sont pas tous bienvenus. Les populations concernées par cet accueil chaleureux étant plutôt composées d’ingénieurs, de médecins ou d’informaticiens, venus du Tiers-Monde et des pays émergents. En revanche, jusqu’à présent, l’Union Européenne accueillait surtout des travailleurs non qualifiés. Avec le projet présenté par Franco Frattini,  Commissaire en charge de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité, la Commission européenne espère inverser les choses, même si tout le monde sait bien que les Etats-Unis continueront encore un certain temps à être l’Eldorado des étrangers hautement qualifiés.

Pour le Commissaire, « une nouvelle vision s’impose »,  et l’Europe doit recruter à un niveau supérieur. Les recommandations en termes de rémunération seront d’ailleurs assez  séduisantes, puisque les ressortissants d’un pays obtenant un emploi dans l’Union Européenne, toucheront un salaire au moins trois fois supérieur  à celui du salaire minimum de son pays d’origine. De plus, ils bénéficieront de conditions favorables en matière de regroupement familial.  Bien entendu, ce candidat devra être titulaire d’un diplôme reconnu,  et justifier de trois ans d’expérience. En outre, il ne pourra postuler que pour une offre d’emploi non pourvue par un travailleur communautaire.

Le dispositif permettrait en outre aux travailleurs immigrés ayant terminé leur contrat et retournant dans leur pays, de pouvoir revenir ensuite en Europe, sans devoir refaire les démarches auxquelles ils ont été contraint lors de leur premier séjour. C’est ce que Monsieur Barroso, le Président de la Commission Européenne, appelle « le dispositif de migration circulaire qui constitue la valeur ajoutée européenne par rapport à la green card américaine ». Ces dispositions devraient être adoptées assez rapidement, sans doute au prochain Conseil européen, malgré quelques réticences de la part de l’Allemagne et de l’Autriche.

Cela rappelle un peu les mesures prises par le gouvernement français qui veut « faire passer l’immigration professionnelle de 7 à 50% des personnes s’installant durablement en France. Toutefois, la liste des emplois en France est beaucoup plus large puisque l’on répertorie 30 professions susceptibles d’être proposées aux immigrés en provenance des pays non membres de l’Union Européenne, et 152 métiers ouverts aux ressortissants des pays de l’Est européens, membres de l’Union.  Les professionnels du  bâtiment et de la restauration, notamment, sont satisfaits d’autant que le recrutement en France dans ces secteurs demeure très difficile.

Bien entendu, ces mesures soulèvent l’indignation des associations de défense des étrangers qui, à juste titre, s’étonnent que l’on ne veuille pas régulariser les sans-papiers travaillant au noir, alors que les besoins existent et que l’on va chercher de la main d’œuvre à l’extérieur, qui n’est pas nécessairement plus qualifiée. Sur ce plan, le gouvernement est confronté à une logique qui n’est pas cohérente entre l’immigration dite de travail, et la mise en place de toutes sortes de quotas contradictoires. D’ailleurs, comme l’a souvent répété François Bayrou, « l’immigration choisie est au mieux un slogan, au pire un leurre ».

A ce propos, il faudra bien que Nicolas Sarkozy et le ministre de l’Immigration Brice Hortefeux comprennent que la coopération européenne est plus que jamais nécessaire. Il faut absolument construire une politique commune de visas, de lutte contre l’immigration clandestine y compris et même surtout dans les DOM-TOM, sans oublier le co-développement  notamment avec les pays africains. D’ailleurs au cours de sa visite au Maroc, Nicolas Sarkozy a été interpellé par le roi Mohammed VI qui a souhaité la création de «mécanismes innovants », lors du deuxième sommet Afrique-UE à Lisbonne en décembre 2007 sur l’immigration.

Or sur l’immigration, l’Union Européenne a beaucoup de difficultés à adopter une politique harmonisée. L’Espagne régularise massivement, l’Italie aussi à un degré moindre, et pendant ce temps la France et la Grande Bretagne se montrent beaucoup plus restrictives. Bref, chacun fait sa politique de son côté, en considérant d’abord ses intérêts nationaux et les enjeux électoraux qui accompagnent ces réflexions.

Pourtant, quoiqu’en pensent les gouvernants européens, l’Europe vieillissante aura besoin d’immigrés. Ces immigrés il faudra les accueillir, les former, quitte à en voir certains repartir dans leurs pays. Il est impensable d’imaginer que l’on puisse  piller les richesses humaines des pays en voie de développement, comme on le fait des richesses de leur sous-sol. Cependant,  compte tenu des problèmes démographiques rencontrés par l’Union Européenne, problèmes qui vont s’amplifier dans les décennies à venir, il va falloir gérer la situation migratoire.

Certains disent que la France n’est pas  concernée par cet affaiblissement de la population, ce qui est vrai par rapport à des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou certains pays à l’Est de l’Union Européenne. Toutefois, le problème se pose quand même puisqu’on est obligé de prendre des mesures pour pourvoir à des emplois qualifiés, mais aussi non qualifiés.  Nous manquons d’informaticiens, d’interprètes ou traducteurs, mais aussi de bûcherons et de balayeurs. Le phénomène est général dans la quasi-totalité des Etats de l’UE.

Raison de plus pour faire un effort sur la politique communautaire en matière d’immigration. Raison de plus,  également, pour trouver un équilibre entre les aspects humanitaires et économiques des flux migratoires des pays tiers. Raison de plus enfin, comme ne cesse de le répéter François Bayrou, « de bâtir la politique d’immigration avec les pays d’émigration sur des principes clairs et, notamment, sur la mise en œuvre de partenariats et d’accords de coopération avec les pays concernés ».  Cela nous permettrait surtout d’avoir une vision prospective sur le sujet. Nous y gagnerions en efficacité et plus encore en humanité. La France est quand même la patrie des Droits de l’Homme et l’Europe le berceau de la démocratie.

M.E.

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