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29.10.2007

Une France en vert ? Pas sûr

 

Centrale thermique fonctionnant au charbon en Allemagne.

Centrale thermique fonctionnant au charbon

 

 Si après tout cela Nicolas Hulot n’est pas ministre, c’est à désespérer de tout. En tout cas, le producteur d’émissions de TF1 n’y est pas allé par quatre chemins  dans le dithyrambe : pour lui le Grenelle de l’environnement, c’est l’équivalent de Valmy ou si l’on préfère de la bataille de la Marne. La France est sauvée et la planète aussi ! Rendons grâce au Président Sarkozy d’avoir organisé ces réunions ! Certes, j’exagère un peu, mais depuis jeudi soir nous sommes abreuvés de bonnes nouvelles sur l’environnement.

Cela ne signifie pas pour autant que  je suis contre ce type de manifestation, loin de là. Cela ne signifie pas non plus que je ne souhaite pas la réussite de ce qui a été décidé suite à ce Grenelle de l’environnement, je pense simplement qu’il faut savoir raison garder avant de manifester un enthousiasme démesuré. Compte tenu des enjeux, il faut des résultats c’est-à-dire du concret. Nicolas Sarkozy sait parfaitement s’y prendre pour donner de l’importance à tout ce qu’il fait, mais souvent à peine le sujet effleuré on passe à autre chose. C’est pour cela que je suis tellement méfiant, et que j’approuve totalement Vauvenargues quand il dit : « l’art de plaire est l’art de tromper ».

En tout cas, on ne pourra pas reprocher au président de la République de n’avoir pas mis tout son poids pour assurer la réussite de ce « forum », qui a duré plusieurs semaines et qui a abouti à deux journées de négociations intenses, avant qu’il ne prononce son discours de clôture. Et là personne ne fut déçu au point que les écologistes, sans voix, se sentaient quasiment tous rassurés sur la volonté du pouvoir de mettre la France au vert. Il n’y a guère que Noël Mamère pour doucher quelque peu le bonheur ambiant en parlant du financement, mais que vaut la parole de Mamère par rapport à celle de Nicolas Hulot ? Pas grand-chose.

 Nicolas Sarkozy a donc beaucoup promis dans ce discours. Les mauvaises langues diront que c’est une habitude de sa part, mais là il s’est en quelque sorte surpassé, même s’il a eu l’habileté de renvoyer à plus tard quelques uns des sujets qui fâchent.

Dans le secteur des transports, le chef de l’Etat a tout simplement proposé un plan Marshall d’un milliard d’euros sur quatre ans, pour financer les énergies et les moteurs du futur. Un gros effort va être fait, nous dit-il, sur le fret ferroviaire et fluvial. En revanche, il pense qu’il est impossible de se passer du nucléaire, mais pour faire plaisir aux écologistes, il ne veut pas créer de nouveaux sites. Toutefois, ceux qui sont à peine commencés (EPR) ne seront pas arrêtés. Il n’a pas parlé non plus des déchets. Mais cela ne fait rien, il y a du grain à moudre pour tout le monde.

Le bâtiment figure également parmi les priorités, même si les résultats ne se feront sentir qu’en 2020, ce qui est loin. Tous les nouveaux immeubles seront construits avec des normes très strictes destinées à faire baisser de 40% la facture énergétique. Nicolas Sarkozy avance sans sourciller le chiffre de 140 000 emplois crées par ces mesures,  dont 40 000 pour le seul secteur de l’énergie. On ne peut qu’applaudir à ces mesures qui, toutefois, devront être financées comme d’ailleurs  celles destinées au secteur des transports. Or, sans vouloir jouer les rabat-joie, cela représente des sommes considérables qu’il faudra trouver, sous peine de voir ces bonnes  intentions s’évaporer très rapidement.

Sur les autres sujets « délicats », le président de la République veut laisser « du temps au temps ». Ainsi, il s’engage à étudier la création d’une taxe carbone, « à condition qu’elle vienne en contre partie d’un allègement de la taxation du travail ». Nicolas Hulot s’est dit satisfait, même si pour le moment rien n’est fait. Cependant, pour rassurer définitivement son auditoire, Nicolas Sarkozy va proposer au niveau européen une taxe carbone sur les produits importés qui ne respectent pas le protocole de Kyoto. L’Europe dans ces cas-là est bien utile.

Pour les pesticides, il faut d’ici 10 ans réduire de 50% leur usage, et encore à la condition que cela soit possible. Les agriculteurs s’en remettront, tout comme ils ont été satisfaits d’entendre le président de la république confirmer le moratoire sur les OGM jusqu’en janvier. Cela dit, les semis de maïs se font  fin avril-début mai. On verra ce que diront les experts, et surtout seront-ils écoutés et par qui ? Quelle sera l’attitude des députés UMP élus dans des circonscriptions agricoles (il y en a beaucoup) quand le Parlement sera saisi du problème ?

Autant de questions sans réponse qui méritent réflexion,  et qui tempèrent l’enthousiasme de ceux qui espéraient beaucoup (trop) de ces travaux. Certains diront même qu’il s’agit d’abord de rattraper notre retard sur l’application des décrets européens. D’autres feront le rapport entre le milliard d’euros pour sauver la planète et les milliards de cadeaux fiscaux octroyés en juillet.  La pastille verte va-t-elle faire baisser les ventes de 4X4, alors que ceux qui les achètent sont généralement parmi les plus aisés. Rien n’est moins sûr. Enfin, quid des biocarburants dont on nous a tellement parlé jusque là et qui semblent aujourd’hui en perte de vitesse. Là aussi les experts décideront, mais on ne remet pas en cause les engagements pris,  pour parler comme Nicolas Sarkozy qui tient, là aussi, à rassurer les agriculteurs engagés dans la filière.

Et pendant ce temps, le prix du pétrole continue d’augmenter (91- 92 dollars le baril), et ce n’est sans doute qu’un début, car selon l’Institut Energy Watch Group, groupe d’études indépendant de l’industrie pétrolière, la production de pétrole dans le monde qui a atteint son pic en 2006, devrait décroître et décliner de moitié d’ici 2030. Actuellement le monde produit environ 80 millions de barils par jour. En 2020, il devrait en produire 58 millions par jour, puis 39 millions en 2030, soit une baisse de 50% par rapport aux niveaux actuels. Cette hypothèse de l’EWG est très différente de celle de l’AIE (Agence internationale de l’Energie) qui table sur 105 millions de barils par jour en 2020 et 116 millions en 2030. Qui a raison, qui a tort ?

En fait, selon EWG, l’AIE conteste la théorie d’une raréfaction des ressources fossiles et même son épuisement à terme, car elle est partie prenante de l’industrie pétrolière. L’EWG estime d’ailleurs qu’à travers ses projections beaucoup trop optimistes, l’AIE envoie aux milieux d’affaires un message extrêmement négatif, en présupposant que le pétrole va continuer à couler à flot dans les 20 ou 30 prochaines années, car cela n’encourage ni l’industrie, ni les gouvernements du monde à se lancer dans les changements structurels nécessaires.

Pourtant, les tenants du tout pétrole devraient se rendre compte qu’en un mois les prix du baril ont augmenté de plus de 10 dollars tant à New-York qu’à Londres, la hausse sur un an atteignant 50%. Il est vrai que les évènements se succèdent pour favoriser cette hausse des cours, avec la décrue des stocks européens et américains, les sanctions américaines contre l’Iran, les bruits de botte au Kurdistan (le transit du pétrole irakien se fait par la Turquie), sans oublier les violences continues au Nigéria qui est le premier producteur africain. A cela s’ajoute la baisse du dollar qui donne l’impression aux pays producteurs que les prix doivent sans cesse augmenter pour maintenir leurs revenus.

Sur ce plan, nous ne pouvons que nous féliciter de voir la France commencer à réfléchir à l’après-pétrole, à travers les mesures décidées pour réduire la consommation d’énergie. Nous sommes en accord avec le président de la République  quand il dit ne pas pouvoir se passer du nucléaire même si nous, militants du MoDem,  pensons qu’il faut davantage de transparence sur ce type d’énergie. N’oublions pas, comme l’a souvent rappelé François Bayrou, que la France ne remplit ses engagements en matière de gaz à effet de serre que grâce au nucléaire.

Cependant, il faut aussi investir massivement sur les énergies de substitution, comme l’ont fait l’Allemagne et les pays nordiques. Nous sommes très en retard sur les énergies telles que le solaire, la géothermie, les  éoliennes, et nous n’avons pas l’impression que cela ait été souligné suffisamment dans le Grenelle de l’environnement. On a beaucoup évoqué les taxes écologiques, mais cela ne suffit pas.

Il faut insister sur l’énergie à la fois propre, si tant est qu’on puisse y arriver, et renouvelable. Seulement, le problème est que cela coûte beaucoup d’argent et pourquoi ne pas le reconnaître, nous n’avons pas les moyens de nos ambitions, sauf à davantage impliquer la population dans les investissements à réaliser  pour, à terme, finir par faire des économies tout en vivant mieux. L’Allemagne, pour ne citer qu’elle, fait un gros effort en ce sens.

Qu’avons-nous fait en France ces dernières années pour préparer l’après pétrole ? Peu de choses, et ce ne sont pas Messieurs Sarkozy et Fillon, membres éminents des gouvernements Raffarin ou de Villepin,  qui nous diront le contraire. On a essayé de développer la filière des biocarburants, alors que déjà nombre d’organisations en charge de la planète mettaient en garde sur ses effets néfastes pour l’environnement, sans parler du coût. On a essayé etc. Rien de bien concret, sinon une impression de bricolage. Raison de plus pour prendre des mesures et prévoir leur financement. On y revient toujours !

M. E.

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