Page d'accueil | Une France en vert ? Pas sûr »

29.10.2007

Je suis démocrate, je suis européen, donc je suis MoDem

 

 La Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA)

  

Pour tout le monde Europe rime aujourd’hui avec démocratie. Quand je dis Europe, cela signifie bien entendu Union Européenne, ensemble de 500 millions d’habitants, allant de la Mer Noire à l’Océan Atlantique et de la Mer Méditerranée au Cap Nord, sans oublier les territoires ou régions dépendant de pays de l’UE. Le soleil ne se couche jamais sur « cet empire » qui a, surtout, la particularité de s’être constitué dans la paix,  avec pour critère principal le même respect des principes démocratiques dans tous les Etats qui composent cette union. C’est en cela aussi que nous pouvons parler d’ensemble unique sur la planète, les Etats-Unis d’Amérique par exemple ayant encore des Etats appliquant la peine de mort, ou recélant sur leur territoire des prisons type Guantanamo.

Les liens entre l’Europe et la démocratie sont très anciens comme chacun le sait, puisque la démocratie tire son nom de la Grèce Antique. C’est là que fut établi le principe du gouvernement du peuple par le peuple, même si nous savons bien que dans le peuple en question étaient exclus les femmes et les esclaves. Il n’empêche, ce type de gouvernement va beaucoup influencer la vie politique de l’ensemble de l’Occident, appelé communément  « l’Occident Chrétien ».

Certes l’Empire Romain, le Moyen-âge  et ensuite l’absolutisme royal dans les grandes monarchies européennes n’ont pas été des exemples de démocratie, ce qui représente une vingtaine de siècles, mais dès le 18è siècle (siècle des Lumières) cette idée de démocratie représentative s’impose en Angleterre, puis aux Etats-Unis qui en sont aux balbutiements de leur histoire, et enfin en France avec la Révolution et l’adoption par l’Assemblée Constituante, c’est-à-dire les représentants du peuple,  de « la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » le 26 août 1789.

A partir de là, le mouvement ne s’arrêtera plus malgré les inévitables soubresauts de l’histoire. La Révolution française va s’exporter dans une bonne partie de l’Europe Occidentale grâce aux conquêtes militaires, et le mouvement va s’amplifier sous diverses formes pendant la révolution industrielle. Celle-ci, en effet, en raison des problèmes sociaux qu’elle suscite va permettre à certains courants de pensée  de mettre en avant, face au pouvoir de la bourgeoisie capitaliste, des idées aussi simples que la protection des plus faibles et des plus démunis. Cela aboutira à la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » adoptée en 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Un peu plus tard, en 1950, les Etats membres du Conseil de l’Europe adoptent « la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales ». Celle-ci, contrairement à la DDHC de 1789, institue une Cour de Justice chargée de faire respecter les droits de l’homme, la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui siège à Strasbourg. Cependant, si l’on est allé aussi loin dans le respect de l’individu, c’est aussi parce que le monde venait de vivre quelques épisodes parmi les plus effroyables que l’humanité ait connus. Nous voulons parler bien sûr des deux guerres mondiales avec, comble de l’horreur, le totalitarisme national-socialiste en Allemagne.

Il faut aussi souligner qu’à l’époque ou fut signée la Convention de 1950, notre continent vivait dans sa partie orientale une révolution qui, sur le plan de l’horreur à défaut des principes, ressemblait en tous points au nazisme : le totalitarisme communiste illustré par le règne de Staline, qui perdurera encore 38 ans après la mort du Czar rouge. Là aussi, malheureusement, beaucoup soulignent l’influence française dans l’évolution de cette dictature, les idées les plus tyranniques de la Révolution française ayant servi de référence  à « la dictature du prolétariat ». Cela étant, pour être juste, l’apport de la Révolution française a été infiniment plus riche que la dérive thermidorienne ou napoléonienne qu’on lui prête si souvent.

Pour en revenir à l’année 1950, nous dirons qu’elle est sans doute la période la plus marquante pour notre continent,  car c’est là que commence réellement la construction européenne. Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, lance l’idée d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Ce plan est destiné en premier lieu à amorcer le rapprochement entre la France et l’Allemagne.  Il sera mis au point par Jean Monnet qui, dès 1945, avait décidé de fonder une première institution commune aux Européens, avec le soutien affirmé d’hommes d’Etat comme Konrad Adenauer ou Alcide de Gasperi, qui ont été respectivement chancelier de l’Allemagne Fédérale et Président du Conseil italien.

Nous n’allons pas évidemment faire l’historique de la construction européenne, mais plutôt rappeler l’extraordinaire apport démocratique de l’Union Européenne sur notre continent. Tout d’abord la paix entre les peuples. N’oublions pas que la démocratie, c’est d’abord la paix à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est quand même une idée nouvelle en Europe. La France pour ne citer qu’elle, se nourrit d’une histoire militaire intense au cours des derniers siècles.

Sans remonter très loin, entre les guerres de Louis XIV, de la Révolution, de Napoléon et son neveu Napoléon III, plus les deux guerres mondiales, la France a été constamment en guerre avec nos principaux partenaires de l’Union Européenne. Or, aujourd’hui tout conflit est impossible entre les 27 pays membres. Mieux même, quoi qu’on puisse en dire, et même si l’on peut regretter que l’union politique ne soit pas suffisante au niveau des instances européennes, l’Union Européenne est inattaquable par aucune autre puissance dans le monde que ce soit sur le plan militaire, ou sur le plan économique. L’UE est la première puissance économique mondiale,  avec un PIB qui dépasse largement le quart des richesses produites dans le monde, loin devant les Etats-Unis.

La paix n’est pas le seul acquis de l’Union Européenne. Il y a aussi le progrès social, fruit d’une croissance soutenue par la coopération économique, et la libération des échanges à l’intérieur de l’Union.  Grâce à l’UE,  des pays quasiment en voie de développement dans les années 70, comme l’Espagne, l’Irlande, le Portugal ou la Grèce sont devenus aujourd’hui des pays développés, voire même très riches comme l’Irlande. D’autres suivent le même chemin, notamment les pays de l’Est entrés dans l’Union après la chute du communisme.

Sur le plan politique, la construction de l’Europe s’est accompagnée dans toute l’UE d’une application avancée de l’Etat de droit avec, en particulier, la primauté du droit communautaire institué « en ordre juridique propre »sur les droits nationaux, les citoyens pouvant en demander l’application devant les tribunaux. Cet apport est particulièrement bienvenu pour les pays récemment libérés de la dictature communiste.

Cependant, le tableau de cette Europe ne saurait être idyllique pour plusieurs raisons : la première vient en grande partie des dirigeants politiques eux-mêmes. Tous les pays, dont le nôtre, ne sont pas dirigés par « d’authentiques européens » quelles que soient leurs gesticulations de façade, ces dirigeants refusant farouchement d’aliéner une partie de leurs pouvoirs nationaux.

Ensuite, il y a les effets conjoints de l’ouverture totale des marchés à l’intérieur de l’Union, mais aussi de la mondialisation,  avec la vague de restructurations économiques qui ont accompagné ces mouvements, et les drames sociaux qu’ils ont engendrés dans certaines régions. Du coup, plusieurs pays ont vu monter une vague de populisme et de nationalisme exacerbée,  qui rappelle de mauvais souvenirs aux plus anciens d’entre nous.

Enfin, il y a le risque de dilution de l’Union avec l’élargissement à marche forcée que l’on a connu ces dernières années. Les nouveaux pays membres pèsent d’un poids de plus en plus lourd dans les institutions et procédures européennes ce qui paraît une évidence à première vue. Cela étant, il faut que les pays entrants fassent l’apprentissage de la politique communautaire,  sous peine de voir les nations les moins portées à l’approfondissement politique, la Suède, le Danemark et surtout la Grande Bretagne  risquer de tirer parti de l’élargissement pour reporter sine die la construction de l’Europe politique. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que ces trois pays ont refusé leur adhésion à la Zone Euro.

A ce propos, nous ne pouvons que nous féliciter du fonctionnement de l’Eurosystème (13 pays membres aujourd’hui). Nous n’allons pas redire une nouvelle fois les multiples avantages que nous avons retirés de cette monnaie unique. Simplement, sa plus belle réussite réside dans le fait que démonstration est faite qu’une gouvernance européenne est possible dans un domaine aussi important que la monnaie. Le projet européen imaginé par les pionniers de l’Union a trouvé sa conclusion sur le plan économique et social.  Et le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter car plusieurs pays (Malte, Chypre, Lituanie, Estonie) seront intégrés très rapidement, une fois les critères de Maastricht satisfaits, notamment en matière d’inflation.

Tout cela signifie qu’une intégration européenne plus approfondie est possible. Si l’Europe fédérale, comme nous l’avons vu n’est plus d’actualité, si l’on assiste à une renaissance des nationalités, je suis persuadé que le sentiment national n’est pas nécessairement incompatible avec le sentiment européen. Les pays de l’Est ont un sentiment national très fort, mais ils ont voulu faire partie de l’Europe et ils sont heureux d’y être, quoi que puissent en dirent les europhobes. L’Europe a permis de réconcilier les multiples sentiments nationaux et, surtout, elle a fait reculer le nationalisme qui est « un sentiment négatif » comme disait Raymond Barre, européen convaincu.

Cela m’amène une nouvelle fois à déplorer le NON français à la Constitution européenne. Je ne veux pas donner l’impression de me répéter, mais qu’un pays comme le nôtre ait pu dire NON à la Constitution européenne telle qu’on nous la proposait est, tout simplement, indigne de notre passé. J’en veux surtout aux politiciens appartenant aux partis de gouvernement d’avoir pour des raisons personnelles, c’est-à-dire, en espérant en tirer profit sur le plan politique, fait campagne pour le NON et laisser croire qu’il y avait une autre alternative (plan B).

Malgré tout, je suis convaincu que le processus enclenché en 1950 n’est pas prêt de s’arrêter  et qu’il va s’approfondir,  pour peu que les hommes au pouvoir dans les divers Etats de l’Union n’y fassent  pas trop obstacle. Comme le dit souvent François Bayrou « si les égoïsmes nationaux ou les seuls intérêts financiers prenaient le dessus, on pourrait détricoter, morceau par morceau, l’ensemble patiemment édifié jusqu’ici ».  Malgré tout, grâce à des femmes ou des hommes de pouvoirs comme Angela  Merkel, François Bayrou, Romano Prodi, Jean-Claude Junker, pour ne citer qu’eux, nous devons rester confiants pour l’avenir de l’Union Européenne qui, dans le sillage de l’euro, finira par s’imposer à tous. Les peuples eux-mêmes imposeront leurs choix, notamment les nouvelles générations. Ce sera la victoire de la démocratie. Je suis convaincu qu’en France le Mouvement Démocrate sera la formation politique la mieux à même d’imposer et d’accompagner ces évolutions indispensables.

Michel Escatafal

Les commentaires sont fermés.