16.05.2012
La petite histoire des présidents de la République (2)
Partie 2 (de 1913 à nos jours)
Raymond Poincaré, petit-fils d’un député sous Louis-Philippe, avocat et membre de l’Union des gauches avant d’être classé parmi les modérés, ne sera pas adoubé (contrairement à Fallières) par Clémenceau, lequel disait de lui qu’il « sait tout, mais il ne comprend rien ». Cela n’empêchera pas ce président d’être parmi ceux qui ont eu le plus de responsabilités pendant son septennat, marqué par la Première guerre mondiale. D’entrée il va renforcer la Triple Entente, puis, devant l’imminence de la guerre, il fera voter la loi rétablissant la durée du service militaire à trois ans. Plus tard il va présider le Comité de guerre, sans intervenir toutefois sur les opérations militaires. Surtout, pour sauver le pays, il n’hésitera pas à appeler Clémenceau, son meilleur ennemi, à la présidence du Conseil. Au terme de son mandat, en 1920, Poincaré ne se représentera pas, mais il continuera une brillante carrière politique en étant encore à deux reprises (1922 et 1926) président du Conseil.
Après la présidence Poincaré, il faut évoquer une fois encore la malédiction qui semblait de nouveau s’abattre sur l’Elysée avec la présidence de Paul Deschanel, personnage à la fois dépressif et écrasé par la fonction, élu par le Bloc national (modérés et conservateurs) contre Clémenceau. Ainsi, après quelques péripéties plus ou moins extravagantes qui démontraient à l’évidence une altération de ses facultés mentales, on lui fit signer sa démission le 21 septembre 1920. Un épisode notamment est resté célèbre, celui qui eut lieu dans la nuit du 22 au 23 mai 1920, où Deschanel sauta d’un train qui l’amenait à Montbrison pour une inauguration. Se retrouvant en pyjama, marchant pieds nus le long de la voie ferrée, il fut emmené chez lui par un garde-barrière qui lui laissa son lit pour se reposer, en attendant que le sous-préfet de Montargis vienne le chercher.
Alexandre Millerand non plus n’ira pas au bout de son mandat, mais pour de toutes autres raisons. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il avait opté pour un mandat dans lequel il ne s’interdisait pas d’intervenir dans les affaires du pays. D’ailleurs, pour donner davantage d’autorité au président de la République, il avait souhaité qu’il fût élu non seulement par le Congrès, mais aussi par des délégués des Conseils généraux et des corporations. Evidemment, cette conception du mandat présidentiel ne pouvait que heurter les partis…qui n’attendaient qu’une occasion pour lui faire payer son audace. Elle vint en 1924 quand, après avoir été radical puis socialiste quelques années auparavant, il prit parti pour le Bloc National de droite qui fut battu par le Cartel des Gauches aux élections de mai. Ne pouvant trouver un président du Conseil, il fut contraint à la démission le 11 juin suivant.
Son remplaçant fut Gaston Doumergue, qui venait l’année précédente d’être élu président du Sénat. Son septennat sera marqué par les accords de Locarno en 1925, garantissant les frontières fixées par le Traité de Versailles. Sur le plan intérieur, cet homme de gauche qui voulait « gouverner à gauche avec une majorité de gauche » sera contraint après la défaite du cartel des gauches (juillet 1926) d’appeler à la présidence du Conseil Poincaré. Ce dernier allait s’employer à redresser les finances du pays, très obérées par les énormes dépenses de guerre et de reconstruction, donnant son nom à un nouveau franc qu’il va stabiliser au cinquième de sa valeur de 1914. A la fin de son mandat présidentiel (13 juin 1931), Gaston Doumergue s’éloignera de la vie politique, mais sera de nouveau président du Conseil pendant quelques mois, au moment de l’affaire Stavisky (début 1934), avant de sombrer dans un nationalisme étroit.
En 1931, le nouveau président de la République s’appelle Paul Doumer, vieux politicien de 75 ans, ancien ministre des Finances et président du Sénat. Pour ceux qui connaissent l’histoire de Rome, il peut être assimilé à Caton l’Ancien, par sa probité. Bien qu’âgé, cet homme sage et austère, qui avait perdu quatre de ses cinq fils pendant la guerre, était un gros travailleur. Il tomba sous les balles d’un Russe blanc déséquilibré et mystique, au cours de la vente annuelle des écrivains anciens combattants, le 6 mai 1932. Sa présidence sera très courte, mais il contribua à la mise en place des allocations familiales en mars 1932.
C’est Albert Lebrun, élu le 10 mai 1932, qui prendra sa place à l’Elysée, dans une période marquée par le Front populaire, qu’il avait désapprouvé, refusant aussi d’intervenir dans la guerre civile espagnole. Il approuvera en revanche les accords de Munich en 1938, qui laissaient les mains libres à Hitler…par crainte d’un conflit qui n’allait pas tarder d’arriver un an plus tard. Albert Lebrun sera réélu le 5 avril 1939 (sans adversaire), mais il cessera ses fonctions le 10 juillet 1940 à la prise de pouvoir du maréchal Pétain, à qui il avait fait appel pour prendre la direction du gouvernement de la France. Ce Lorrain fort en thème et polytechnicien n’avait ni prestige, ni autorité, ni courage, comme en témoigne son refus de rallier l’Afrique du Nord, préférant répondre aux injonctions de Laval et rester en France.
Après l’épisode douloureux de l’Etat français (Pétain), puis le Gouvernement provisoire (juillet 1944-janvier 1947), le premier président de la Quatrième République sera Vincent Auriol. Ce fils de boulanger à l’accent rocailleux (originaire de Revel en Haute-Garonne), élu député socialiste à 30 ans, ministre des Finances en 1936 du premier gouvernement Blum, opposant déclaré à Pétain, devint le premier socialiste président de la République (16 janvier 1947). Son septennat sera marqué par 12 crises ministérielles qu’il saura arbitrer avec une habileté consommée, et par les débuts de la décolonisation, notamment avec la guerre d’Indochine (1945-1954) et l’insurrection de Madagascar. Sa présidence fut marquée par ce que l’on a appelé « une magistrature morale », ne voulant être « ni un président soliveau, ni un président personnel ». Curieusement il ne brigua pas un autre mandat, préférant se retirer de la politique à Muret, près de Toulouse où il mourut en 1966.
René Coty aura été le président qui aura mis le plus de temps à se faire élire (sept jours). Elu par défaut (23 décembre 1953), cet homme discret sera le dernier président de la Quatrième République. Après l’adoption du référendum sur la Constitution de la Cinquième République et les élections législatives de novembre 1958, il laissera le pouvoir au général de Gaulle le 8 janvier 1959. Ce dernier, le plus grand des Français au vingtième siècle aux yeux d’une majorité de nos concitoyens, l’exercera pendant dix ans, en étant le premier président élu au suffrage universel depuis 1848. En fait il n’aurait dû quitter l’Elysée qu’en 1972, mais il a préféré abréger son mandat trois ans auparavant. En effet, malgré une large victoire aux élections législatives de juin 1968, dans la foulée des évènements du mois de mai, le charme était rompu avec le peuple français et le référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, repoussé par 52% de Français, entraîna son départ le 28 avril 1969.
Son remplaçant déclaré, Georges Pompidou qui fut Premier ministre de 1961 à 1968, n’acheva pas non plus son mandat, terrassé par la maladie. Il mourut à la tâche le 2 avril 1974. Il sera donc le dernier (à ce jour) à quitter le pouvoir avant l’heure, et à ne pas terminer son mandat. Mais en cinq ans, il aura eu le temps de laisser son empreinte, sortant définitivement de l’ombre pesante du général de Gaulle, ce qu’il avait déjà commencé à faire pendant les évènements de mai 1968, alors qu’il exerçait les fonctions de Premier ministre. Ce fut lui notamment qui permit au patronat et aux syndicats de sortir par le haut de la longue crise qui avait paralysé le pays pendant le mois de mai. Elu facilement contre un adversaire du centre-droit, Alain Poher, G. Pompidou va donner à la politique française une orientation résolument européenne, tout en voulant faire de la France une puissance industrielle capable de rivaliser avec l’Allemagne, pas encore réunifiée, mais plus puissante que jamais sur le plan économique.
Son remplaçant ne fut pas, comme on l’attendait, Jacques Chaban-Delmas, ancien Premier ministre de 1969 à 1972, ni le leader de l’opposition de gauche à l’époque, François Mitterrand, mais un outsider, Valéry Giscard d’Estaing, qui remporta l’élection présidentielle de très peu (moins de 400.000 voix d’avance). Le bilan de sa présidence fut controversé, mais au fur et à mesure qu’il s’inscrit dans la postérité, il se bonifie. Outre quelques importantes réformes qui apportèrent un élan de modernité à la société française (droit de vote à dix-huit ans, lois sur la contraception et l’avortement, assouplissement sur la procédure de divorce), il réussit, grâce notamment à l’action de son Premier ministre, Raymond Barre, à maintenir la France dans les pas de l’Allemagne sur le plan économique, dans un contexte de crise comme on n’en avait pas connu dans le monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale, avec deux chocs pétroliers consécutifs. Cela fut toutefois insuffisant pour assurer à Valéry Giscard d’Estaing sa réélection, la population ne lui pardonnant pas le caractère de plus en plus monarchique de sa présidence. Et pourtant, il fut le seul président jusqu’au 6 mai dernier (en dehors des périodes de cohabitation), mis à part les débuts de la présidence du général de Gaulle (avec Michel Debré), à gouverner dans l’esprit de la constitution de 1958, avec un Premier ministre qui conduit librement les affaires intérieures du pays. Il sera battu, lors de l’élection du 10 mai 1981, par le candidat socialiste François Mitterrand.
Ce dernier sera élu parce que le pays avait besoin de changement, après vingt-trois ans de gouvernement de droite ininterrompu. Cette victoire suscita un élan incroyable dans le pays, avec dans un premier temps un ensemble de réformes qui faisaient penser au Front Populaire en 1936. Réformes économiques avec les nationalisations (banques et grandes entreprises), institutionnelles avec la décentralisation, sociales avec les 39 heures, la retraite à 60 ans et la cinquième semaine de congé, sans oublier l’abolition de la peine de mort et la création de radios privées. Bref, un ensemble de mesures, sans doute nécessaires pour certaines, mais aussi très coûteuses sur le plan financier, au point qu’en 1983 il fallut mettre en place un plan de rigueur devant la dégradation des comptes publics. Cela valut à F. Mitterrand de voir sa majorité de gauche à l’Assemblée battue lors des élections législatives de 1986, ce qui amena la première cohabitation de la Cinquième République, J. Chirac étant nommé au poste de Premier ministre. Mais deux ans plus tard, F. Mitterrand sera réélu à la présidence de la République contre ce même J. Chirac, ce qui ne lui évitera pas une deuxième cohabitation en 1993, avec Edouard Balladur comme Premier ministre, lequel sera devancé à l’élection présidentielle de 1995 par Lionel Jospin et Jacques Chirac…qui lui avait laissé la place de Premier ministre en 1993, J. Chirac l’emportant au second tour sur le candidat socialiste.
Jacques Chirac accomplira lui aussi deux mandats entre 1995 et 2007, et il restera dans l’histoire comme le premier président de la République avec un mandat de cinq ans. A ce propos, le fait que les élections législatives se fassent désormais dans les semaines suivant l’élection présidentielle, interdit a priori toute cohabitation, exercice auquel a eu droit J. Chirac en 1997, avec Lionel Jospin comme Premier ministre. Curieusement, malgré un bilan globalement positif sur le plan économique, avec un respect strict des critères de Maastricht pour l’adoption de l’euro, Lionel Jospin ne se qualifiera même pas pour le second tour de l’élection présidentielle de 2002. Résultat, J. Chirac sera élu avec 82% des voix avec l’apport des voix de gauche pour faire barrage au candidat du Front National, J.M. Le Pen, arrivé en deuxième position à l’issue du premier tour. Ce quinquennat de Jacques Chirac ne laissera pas un grand souvenir, ce qui n’empêchera pas son ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, de battre la candidate socialiste, Ségolène Royal à l'élection présidentielle suivante.
Nous passerons rapidement sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy, élu en 2007, hélas pour notre pays, et qui s’est achevé le 6 mai dernier. Ce président laissera une trace indélébile dans notre histoire par ses maladresses de toutes sortes, ce qui était d’autant plus dommageable que depuis le Second Empire aucun chef d’Etat n’avait cru bon de réunir autant de pouvoirs entre ses mains. Point n’est besoin d’insister sur l’état dans lequel il vient de laisser notre pays, notamment sur le plan économique et social, laissant une France en proie aux divisions de tous ordres, à force d’opposer les Français les uns aux autres.
Heureusement, le peuple français s’est ressaisi au bon moment, et a élu un homme, François Hollande, qui n’a cessé de rappeler qu’il voulait une France apaisée. Acceptons-en l’augure, car s’il y parvient notre pays retrouvera la confiance sans laquelle rien ne sera possible pour assurer le nécessaire et urgent redressement du pays. Certes ce ne sera pas facile, après une campagne électorale où, jusqu’à la fin, N. Sarkozy et l’UMP auront utilisé toutes les peurs pour pouvoir se maintenir au pouvoir. L’ancien président ne sera pas parvenu à ses fins, mais un tel comportement laisse des traces au moment où, plus que jamais, la France doit être rassemblée devant l’étendue des difficultés qui attendent le nouveau président et son gouvernement.Un dernier mot enfin pour saluer le comportement de F. Bayrou, qui n'hésite pas à affirmer que François Hollande n’a pas commis de faute en nommant Jean-Marc Ayrault à Matignon, «parce que ce sont des affaires qui ont 15 ans et qui appartiennent à une administration municipale». Venant d'un homme aussi intègre que notre leader, ce jugement rend ridicule toutes les calomnies que l'on peut lire sur le nouveau Premier ministre.
Michel Escatafal
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La petite histoire des présidents de la République (1)
L’élection et la prise de fonction d’un nouveau président de la république m’a donné l’idée d’écrire à nouveau une « petite » histoire des présidents de la république, histoire au demeurant très riche, parce qu’elle dépend pour beaucoup de leur personnalité, de la manière dont ils ont accédé au pouvoir, de la réalité de ce pouvoir, bref d’un ensemble d’éléments qui engendre une grande diversité entre eux. A travers ce petit résumé d’une période qui dure depuis 164 ans, de laquelle il faut retrancher la vingtaine d’années entre le coup d’Etat du 2 décembre 1851 et le 31 août 1871, plus le terrible épisode de l’Etat français avec la dictature de Pétain entre le 10 juillet 1940 et le 20 août 1944, nous découvrons que la fonction de président de la République est loin d’être une sinécure pour ceux qui en sont les détenteurs, même si les pouvoirs des présidents furent limités jusqu’en 1958.
Partie 1 (de 1848 à 1913)
Le premier constat que l’on puisse faire est que la durée des mandats fut dans l’ensemble peu homogène, quelques présidents se maintenant très longtemps dans la fonction, d’autres au contraire n’y restant que quelques mois. Par ailleurs, on notera que si certains se sentirent parfaitement à leur place tout au long de leur mandat, ce ne fut pas le cas de tant d’autres parce qu’ils n’en avaient pas les compétences, quelle que soit la manière dont ils accédèrent à la fonction suprême, en rappelant que l’élection au suffrage universel ne date que de 1962, à la notable exception de l’élection de 1848. Dans le même ordre d’idées, il faut noter que nombre de grands serviteurs de la République furent écartés ou ne postulèrent pas à la fonction de président, et parmi ceux-ci les plus célèbres furent Gambetta, Jules Ferry, Clémenceau, Aristide Briand, ou plus près de nous Mendès-France ou Raymond Barre.
En faisant cet historique, la première chose qui étonne est le nombre de présidents qui n’ont pas achevé leur mandat. En tout treize ont quitté leurs fonctions avant le terme fixé. Certains ont démissionné par devoir, d’autres parce que désavoués ou en désaccord avec la Chambre ou le peuple, quelques uns sont morts de maladie ou ont été assassinés. Fermons la parenthèse et examinons brièvement la manière dont chaque président a exercé son mandat.
Le premier d’entre eux fut Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er. Il deviendra président après une vie d’errance qui le vit prendre part au soulèvement des libéraux italiens contre le pape en Romagne (1831), puis tenter un coup de main sur la ville de Strasbourg en 1836, ce qui le contraindra à quitter une première fois la France. Un peu plus tard, en 1840, il tentera un nouveau coup d’Etat à l’occasion du retour des cendres de son oncle. Cette nouvelle tentative échouera tout aussi lamentablement que la précédente et il sera incarcéré au Fort de Ham en Picardie. Il s’évadera déguisé en maçon (1846)…sans qu’il suscite la curiosité des ouvriers-maçons occupés à des réparations, même si deux d’entre eux furent étonnés de ne pas le reconnaître, au point qu’un dit à l’autre : « Ce n’est pas Berthon, c’est Badinguet ». Un nom qui deviendra pour la postérité le surnom du futur président et empereur, lequel après cet épisode rocambolesque s’installera de nouveau à Londres.
Louis-Napoléon Bonaparte profitera ensuite de la Révolution de 1848 pour retrouver la France, où, sous son seul nom et avec des idées aussi démagogiques que populistes, il se fera élire député, puis président de la République au suffrage universel (rien que les hommes) avec 5.500.000 voix contre 500.000 à celui qui est arrivé second (Cavaignac) et 400.000 au troisième (Ledru-Rollin). Un véritable plébiscite! La suite, nous la connaissons, avec l’impossibilité pour le président de se représenter en 1852 (refus de l’Assemblée), ce qui l’amena à trancher le conflit par le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Empereur pendant 18 ans, il quittera le pouvoir après la guerre avec la Prusse et la capitulation de Sedan (2 septembre 1870), détrôné par la révolution du 4 septembre.
Le second fut Adolphe Thiers, farouche opposant à l’Empire après l’avoir servi, mais aussi l’homme qui fit écraser la Commune de Paris au prix d’une répression sanglante. Il est généralement considéré comme ayant été président, mais dut démissionner après avoir échoué dans sa tentative de faire reconnaître législativement…la république. Porté au pouvoir par les élections du 8 février 1871, Thiers reçut du Parlement la magistrature suprême le 31 août 1871 pour une durée de trois ans, après avoir failli être renversé par l’insurrection de la Commune de Paris entre mars et mai 1871. En réalité il exerça ses fonctions moins de deux ans, jusqu’au 24 mai 1873, les membres de la majorité monarchiste voulant lui imposer une tutelle qu’il refusait, juste après avoir conclu une nouvelle convention avec les Allemands, réglant la totalité de l’énorme indemnité de guerre, ce qui assurait la libération du territoire et le départ des troupes d’occupation.
Le maréchal de Mac Mahon, duc de Magenta, lui succéda. De tendance légitimiste, il s’est vu confier le pouvoir pour dix ans par l’Assemblée (390 voix sur 721 présents, les Républicains s’étant abstenus), celle-ci de tendance plutôt monarchiste voulant rendre possible une éventuelle restauration. Mac Mahon fit savoir qu’il se contenterait de sept ans, ce qui deviendra la règle jusqu’en 2002. En réalité il ne fera pas sept ans, car face à une majorité républicaine importante issue des élections du 5 janvier 1879, il ne disposait plus d’aucun pouvoir et en tira les conséquences en démissionnant le 30 janvier 1879. A noter qu’il fut le seul président de la troisième République à avoir osé prononcer la dissolution de l’Assemblée (25 juin 1877), ce qui explique en grande partie l’instabilité politique connue par la France jusqu’en 1940. C’est aussi lui qui s'installa définitivement à l’Elysée, à partir de septembre 1874, avec sa famille, avant que par une loi du 22 janvier 1879 le palais de l’Élysée devienne officiellement la résidence des présidents de la République française.
Mac Mahon fut remplacé le jour même de sa démission par Jules Grévy (563 voix sur 713 votants) qui sera dans un premier temps considéré comme un intérimaire. En fait, il sera président de la République pendant presque neuf ans, du 30 janvier 1879 au 2 décembre 1887. Il démissionnera contraint et forcé au début de son second septennat, suite à un ultimatum du Parlement en raison des agissements douteux de son gendre Daniel Wilson (impliqué dans un trafic de décorations). C’est aussi à cette époque que débuta « le boulangisme » du nom d’un général ambitieux, Boulanger, qui finit par se suicider en 1891, après avoir renoncé à marcher sur l’Elysée comme la foule le lui demandait.
Pour lui succéder il fallait donc un homme qui ne pût prêter à aucun soupçon et Clémenceau proposa Sadi Carnot, petit-fils de l’organisateur de la victoire sous la première République. Il rétablit le prestige de la fonction de président de la République, par sa correction et la dignité de son attitude. Grand voyageur, à l’étranger comme en France, c’est au cours d’une des nombreuses visites qu’il fit dans les principales villes de province, qu’il tomba à Lyon sous le coup de poignard d’un anarchiste italien (Caserio) le 24 juin 1894, geste considéré comme une vengeance à l’encontre du président qui avait refusé de gracier, peu avant, des anarchistes condamnés à mort. C’est sous son mandat (en 1888) qu’éclata le scandale de la Compagnie du canal de Panama, où l’on découvrit que vingt-six parlementaires avaient touché des pots-de-vin.
Le septennat suivant ne dura que sept mois (27 juin 1894-16 janvier 1895). L’Assemblée ne souhaitant pas élire une personnalité trop marquante, se tourna vers Jean-Casimir Perier, petit fils de Casimir qui fut président de la Chambre sous Louis-Philippe, homme assez falot mais à la situation de fortune brillante héritée de sa famille (houillères et sidérurgie). Son élection ne l’enchanta pas, et l’on rapporta à l’époque que le lendemain du vote il fondit en larmes en déclarant : «Je suis prisonnier». Il ne le restera pas longtemps, car à la suite d’un débat sur les grandes compagnies de chemin de fer, se sentant totalement désavoué, il donna sa démission le 15 janvier 1895 en adressant ce message aux chambres : « Je ne me résigne pas à comparer le poids des responsabilités morales qui pèsent sur moi et l’impuissance à laquelle je suis condamné ». Décidément la fonction était maudite ! ». C’est pendant son mandat aussi qu’éclata l’affaire Dreyfus (1894).
Son remplaçant Félix Faure aurait en revanche honoré son mandat jusqu’au bout, voire même plus, compte tenu de la haute idée qu’il se faisait de sa fonction, et qu’il manifesta notamment dans les relations internationales. Ce fils d’artisan, lui-même ancien tanneur, qui avait bien réussi dans les affaires avait pris goût aux fastes et aux ors de la République, au point qu’il fut surnommé « roi-soleil », et il est vraisemblable qu’il aurait fait un mandat supplémentaire si la mort n’était intervenue à l’Elysée même (le 16 février 1899), alors qu’il était en galante compagnie (avec une dame aux mœurs légères) comme il en avait pris l’habitude. Cette aventure évidemment n’était pas de nature à relever le prestige de la présidence de la République, même si la vérité officielle fit état d’une « attaque d’apoplexie ». Parmi les autres évènements marquants de la présidence de Félix Faure, il faut citer le fameux « J’accuse…! » de Zola dans l’Aurore du 13 janvier 1898, article lié à l’affaire Dreyfus.
Tout cela finit par plonger le pays dans une agitation politique conduite par Déroulède et sa Ligue des patriotes, ce qui imposait la nomination d’un président à la réputation sans faille, Emile Loubet (gauche républicaine modérée), d’autant que le pays était divisé en deux clans antagonistes, liés à la révision du procès Dreyfus. C’est sous la présidence d’Emile Loubet que seront votées les lois sur les congrégations et sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905), mais aussi que fut scellée la réconciliation avec l’Angleterre, et l’alliance avec l’Italie. Emile Loubet finira son septennat, en 1906, puis se retirera à Montélimar, pour y mourir dix-huit ans plus tard (20 décembre 1924), après avoir abandonné la politique. En tout cas, lui au moins avait achevé son septennat !
Il sera remplacé par un homme d’origine paysanne, né (comme moi) dans le Lot-et-Garonne, Armand Fallières, lui aussi membre de la gauche républicaine avec Jules Ferry. De petite taille, assez rond, son physique lui valut d’être la cible des caricaturistes. Avocat de profession, Fallières aura surtout l’intelligence de confier le pouvoir (présidence du Conseil) à des personnalités de premier plan (Clémenceau, Briand, Caillaux et Poincaré). Il placera aussi à la tête de l’armée, un général dont on allait très vite reparler au début de la guerre de 1914-1918, Joffre. Son septennat sera marqué par de multiples revendications sociales, par la crise viticole dans le Midi (1911), par la pacification du Maroc qui deviendra un protectorat français (1912), et par la formation de la Triple Entente avec la Grande-Bretagne et la Russie. Il laissera la place à Poincaré en 1913, en lui déclarant que « la place n’est pas mauvaise, mais il n’y a pas d’avancement », parodiant Napoléon qui avait affirmé qu’il ne voudrait pas être Dieu car « c’est un cul-de-sac ».
Michel Escatafal
11:37 Publié dans histoire politique, politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, mouvement démocrate, parti socialiste, débats de société
10.05.2012
Un nouveau président très attendu...
Un quinquennat vient de s’achever, un autre commence! J’en profite pour dire à mes fidèles lecteurs, toujours plus nombreux, qu’après avoir écrit 649 articles depuis 2007, j’ai décidé de continuer sur ma lancée, et de leur offrir une ou deux fois par semaine le fruit de mes réflexions sur la vie politique en France et dans le monde. Des réflexions venant de quelqu’un qui n’a jamais eu réellement d'ambition politique, mais qui a toujours analysé les évènements avec le prisme de l’amateur d’histoire qu'il a toujours été, et avec la lucidité de celui qui a toujours travaillé dans une grande entreprise au service de l’économie du pays.
Fermons la parenthèse à présent, et parlons immédiatement du nouveau quinquennat, en notant tout d’abord qu’il démarre sur les chapeaux de roue. Non pas comme le précédent, heureusement, où l’on a brassé beaucoup de vent, où l’on voulait « tout casser », où l’on était parti se reposer sur le yacht d’un grand industriel, mais plutôt sur la prise en compte immédiate des multiples dossiers qui attendent le président élu. A ce propos, il faut noter qu’à l’UMP on a quand même beaucoup de mal à accepter l’alternance, contrairement à ce que l’on essaie de nous faire croire. Certes, ce sont surtout des francs-tireurs que l’on entend, mais c’est un signe qu’à droite on considère que le pouvoir leur appartient.
Et ce qui me gêne le plus, c’est ce que je lis sur certains forums, où personne ne semble outré par les propos de la maire d’Aix-en-Provence qui refuse de reconnaître le résultat de l’élection présidentielle. Au fait, comment aurait-elle réagi si quelqu’un avait contesté son élection à la mairie aixoise ? Cela étant, l’ancien ministre des Finances, François Baroin, avait bien osé déclarer que la gauche avait pris le pouvoir « par effraction » en 1997. Hélas, dans certains cas l’exemple vient d’en haut, et c’est sans doute pour cela que cette élue d’Aix-en-Provence s’est crue autoriser de parler d’élection illégitime, même si elle s’est ridiculisée devant ses concitoyens aixois, donnant de sa ville une image très négative. Et que dire de Nadine Morano, qui déplorait à la Bastille la présence de « drapeaux étrangers », alors que ceux qui y étaient s’étonnaient que l’on puisse parler ainsi parce que que leur nombre était insignifiant. Que dire enfin d’un ancien journaliste sportif, Pierre Salviac, qui a posté un tweet injurieux à l’égard de la compagne de F. Hollande et des femmes en général, sinon que ledit Salviac a montré qu’il était aussi ignorant des bonnes manières que des règles du rugby à l’époque où, hélas, il commentait ce sport à la télévision.
Autre nouvelle qui en interpelle certains : le fait que le P.S. ne soit pas disposé à faire des cadeaux à F. Bayrou. Mais est-ce que F. Bayrou a réclamé une quelconque réciprocité de la part des socialistes, en disant qu’à titre personnel il voterait pour F. Hollande ? Réponse : NON. Dont acte, et personnellement je trouve cette situation parfaitement claire, sachant que F. Bayrou a plus de chances d’être élu député dans sa circonscription qu’on ne le croit. Pourquoi ? Tout simplement parce que son équation personnelle sera importante dans cette élection, ce qui signifie qu’il peut très bien se retrouver au second tour contre le candidat UMP, et que dans ce cas il sera élu sans problème, comme il le serait aussi en cas de triangulaire. Pour ma part, je n’imagine pas qu’il soit battu à cette élection. En tout cas, n’en déplaise à certains, le geste de F. Bayrou avant le second tour de l’élection présidentielle l’honore d’autant plus, qu’il savait que cela pourrait lui coûter cher au moment des élections législatives. Certains dirigeants de l’UMP ont manifestement du mal à comprendre qu’une personnalité politique puisse faire passer les valeurs au-dessus de toute considération personnelle. Voilà pour la rubrique cancans, à laquelle j’aurais pu ajouter la possible candidature à Hénin-Beaumont de J.L. Mélenchon contre Marine Le Pen, ce qui est une manière pour l’ancien sénateur socialiste d’exister entre l’élection présidentielle et les législatives.
Passons à présent aux choses plus sérieuses, pour noter qu’Angela Merkel a beaucoup de mal à digérer l’idée qu’elle n’aura plus N. Sarkozy à ses côtés dans l’avenir. Il est vrai que F. Hollande semble bien décidé à ne pas céder à tous les diktats de la chancelière, ce qui autorise cette dernière à vouloir à tout prix marquer son territoire. Problème pour Angela Merkel, les faits semblent donner raison à F. Hollande, tant sur l’exigence de mesures de croissance que sur le retrait des troupes d’Afghanistan. Dans ce pays, les talibans sont de plus en plus à l’aise, et sans doute de plus en plus nombreux, comme en témoigne la manière dont ils se meuvent au milieu de la population afghane, et en Europe, les mesures d’austérité décidées un peu partout dans la zone euro entraînent une avalanche de pays en récession, ce qui à terme pourrait finir par impacter sérieusement la croissance…allemande.
Que peut faire le nouveau président français ? Certainement pas essayer de faire céder sur tout la chancelière allemande, mais plutôt obtenir plus que ce que de nombreux observateurs imaginent. En effet, on a demandé à la Grèce, l’Espagne et l’Italie d’énormes sacrifices budgétaires, sacrifices qui touchent de plein fouet les populations, mais aussi les entreprises, avec pour résultat la récession et la hausse du chômage. Or sans croissance, le chômage ne peut que croître et les finances publiques subir des pertes de recettes considérables qui, in fine, creuseront les déficits. Et même l’Allemagne n’échappera pas au phénomène dans la mesure où sa croissance est largement tributaire de ses ventes dans l’Union Européenne. Et une croissance zéro en Allemagne, voire une remontée du chômage en période électorale (élections au Bundestag en septembre 2013), cela ne peut que donner à réfléchir à la chancelière.
En tout cas, si des élections présidentielles avaient lieu en Grèce, F. Hollande serait élu au premier tour, tellement les Grecs comptent sur lui pour aider à dénouer une crise qui semble sans fin dans ce pays, au point de falloir revoter sans doute dans un mois pour tenter de trouver une majorité. Une majorité pour quoi faire ? Pour desserrer l’étreinte imposée par l’Allemagne et la Commission Européenne, sous peine de voir le pays sortir inéluctablement de l’euro. Or, si la Grèce sort de l’euro, pourquoi d’autres pays n’y seraient pas eux aussi obligés ? En fait, depuis deux grosses années que dure la crise grecque, le couple franco-allemand a accumulé les retards et les indécisions, avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui. Preuve, si besoin en était, que N. Sarkozy a eu grand tort de faire du suivisme avec la chancelière allemande, laquelle a fini par se croire plus puissante qu’elle ne l’est en réalité, notre président se targuant de son côté de succès qui n’étaient en réalité que d’énormes échecs.
Espérons que F. Hollande saura jouer de ses qualités d’homme de compromis, pour permettre aux Etats de la zone euro de concilier à la fois le redressement indispensable des finances publiques, mais aussi des mesures significatives pour relancer la croissance en Europe, et éviter ainsi un éclatement de la zone euro qui serait catastrophique pour l’ensemble des économies européennes. Et oui, notre nouveau président pourrait avoir à jouer un grand rôle dans les mois à venir, raison de plus pour lui donner la majorité à l’Assemblée Nationale le mois prochain. Et puis ce serait aussi un beau message à envoyer aux Américains pour qu’ils choisissent de nouveau Barack Obama comme président, plutôt que revenir en arrière avec Romney, lequel est au moins aussi conservateur que l’était G.W. Bush. C’est dire !
Michel Escatafal
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07.05.2012
Bravo François, merci François…
En donnant ce titre à mon billet de ce jour, je n’ai fait que retranscrire ce qui m’est venu à l’idée immédiatement après les premiers résultats du second tour de l’élection présidentielle annoncés…à l’étranger, puisque les Belges ou les Suisses ont donné les bons scores dès 16h, à un point près. A ce propos, ceux qui attendaient fébrilement les résultats pour 20 heures ont pu anticiper le résultat à la simple vue de l'ambiance qu'il y avait chez les uns ou les autres. Fermons cette parenthèse, pour dire combien est grande la joie de beaucoup de Français, dont je fais partie, avec la défaite de N. Sarkozy. Certes ce n’est pas la peine d’en rajouter, mais s’il a été battu c’est uniquement de sa faute, parce que globalement la France est un pays votant plutôt à droite. Nombre de gens de droite, donc d’électeurs potentiels de N. Sarkozy, ont donc préféré l’alternance, soit en votant F. Hollande, soit en votant blanc, ou carrément en n’allant pas voter.
Pourquoi ? Les raisons sont tellement nombreuses qu’il faudrait des pages et des pages pour les lister, et c’est pourquoi je ne le ferai pas, sauf pour souligner qu’on ne peut pas jouer impunément avec les institutions et les valeurs. En disant cela je rejoins ce qui est écrit sur le site du journal espagnol El Pais que je lis chaque jour, et qui titre dans un éditorial quelque chose qui n’a pas besoin d’être traduit tellement c’est explicite : « Francia pierde un emperador y gana un presidente ». Et oui, pour les Espagnols, N. Sarkozy s’est comporté comme un empereur avec un Premier ministre majordome, et sa défaite va permettre à la France de retrouver un président.
Rien que pour cela cette alternance est ce qui pouvait arriver de mieux à notre pays, celui-ci ne pouvant être dirigé uniquement depuis l’Elysée. La République ce n’est pas cela. La République aussi, mérite mieux que tous les discours de division, pour ne pas dire de haine, que l’on a entendu ces derniers jours, et j’ai été très surpris d’entendre Alain Juppé affirmer hier soir que N. Sarkozy avait fait « une magnifique campagne ». Est-ce le gros score réalisé par F. Hollande à Bordeaux (plus de 57% des voix) qui l’avait sonné ? Je ne sais pas, mais il fallait oser dire ce qu’il a dit !
Cependant si F. Hollande a gagné, c’est non seulement parce qu’il a fait une longue et excellente campagne, mais aussi et surtout parce qu’il a bénéficié pleinement de deux apports extérieurs conséquents, à savoir l’affirmation du vote blanc de Marine Le Pen, et le vote personnel de F. Bayrou pour le candidat socialiste. Sans ces deux éléments, je ne suis pas sûr qu’hier soir nous aurions passé une soirée aussi tranquille et agréable car, je le répète, notre pays vote majoritairement à droite. C’est d’ailleurs pour cela que nombre d’observateurs en France et à l’étranger sont surpris de cette victoire, même si elle était attendue depuis des mois. Il n’empêche, la différence finale en nombre de suffrages n’est pas si importante, puisqu’elle ne représente qu’un peu plus de trois points, ce qui n’est pas énorme avec un président sortant aussi impopulaire.
Reste maintenant pour le nouveau président à transformer l’essai, car il lui faut la majorité à l’Assemblée Nationale. Contrairement à l’UMP, cela ne me gêne pas de voir les socialistes disposer des pleins pouvoirs pendant cinq ans. Il est vrai que cette totalité des pouvoirs ne gêne l’UMP que lorsqu’elle ne les a pas. Cela dit, pour être franc, je suis certain qu’il ne devrait pas y avoir de problèmes pour que la gauche ait la majorité aux élections législatives le mois prochain. Et si j’affirme haut et fort cette prévision, c’est tout simplement parce que le Front National va être de nouveau l’élément décisif de cette consultation avec les nombreuses triangulaires qui se préparent. Certes le Front National n’aura pas beaucoup de députés, mais il va faire battre nombre de députés UMP et assimilés, lesquels ont été très nombreux à avoir gagné ou conservé leur siège en 2007 avec une avance en voix très faible. Cette fois, ils ne l’emporteront pas, et ce sont les candidats de gauche qui rafleront la mise, d’autant qu’entre eux la discipline jouera pleinement son rôle.
Et le MoDem ? Et bien, il est difficile de prévoir ce qui va arriver. Cela, c’est la formule optimiste, car à vrai dire nul ne sait où F. Bayrou et ses amis vont pouvoir gagner des sièges, dans la mesure où notre parti ne fait pas partie de la majorité présidentielle. Or, le Parti socialiste ne fera pas cadeau de dix, quinze (voire même plus) circonscriptions au MoDem, comme il l’a déjà fait avec les Verts et comme il s’apprête à le faire avec les communistes ou le Front de Gauche, dont les candidats ont appelé à voter dès le soir du premier tour pour F. Hollande. C’est pour cette raison que j’ai condamné avec une telle virulence les atermoiements de F. Bayrou…avant même le résultat du premier tour, parce que je pressentais que tout cela se ferait au détriment du MoDem.
Hélas, j’avais parfaitement raison de redouter cette issue, dans la mesure où faute de proportionnelle (prévue seulement pour 2017), on peut craindre que seuls deux ou trois députés MoDem seront élus, et encore grâce à la bienveillante neutralité du P.S. pour F. Bayrou et un ou deux de ses amis. En revanche on peut imaginer facilement que l’UMP revancharde, et en proie aux pires divisions dans les semaines à venir, ne fera aucun cadeau au MoDem, d’autant qu’eux-mêmes seront en grande difficulté dans la plupart des circonscriptions. C’est quand même terrible qu’un mouvement capable de rassembler près de 10% des intentions de vote lors d’une élection présidentielle, ne puisse pas concrétiser ce score honorable lors des élections législatives. Merci au nouveau président de vouloir introduire une dose significative de proportionnelle. La démocratie va y gagner énormément.
Voilà mes premières réflexions sur cette élection de F. Hollande, en précisant que même si nous sommes contents du départ de N. Sarkozy et de la probable déconfiture de l’UMP aux élections législatives, nous serons aussi vigilants dès le mois prochain sur les premières mesures qui vont être prises. Certes F. Hollande a eu l’intelligence de ne pas faire beaucoup de promesses, mais le pays est dans un tel état qu’il faudra le redresser le plus tôt possible. Toutefois, et cela ne peut que nous faire plaisir, grâce à cette élection la France est regardée comme elle ne l’a plus été depuis bien longtemps dans le monde. Mais elle va l’être plus encore en Europe, compte tenu de la situation très difficile dans laquelle se trouvent aussi les autres pays européens, sauf l’Allemagne, et de l’échec patent des politiques d’austérité mises en œuvre sous la houlette d’Angela Merkel et de son inconditionnel allié, N. Sarkozy. Espérons que F. Hollande tienne bon sur son pacte de croissance, sous peine de voir dans les autres pays de la zone euro les partis d’extrême droite prendre une place de plus en plus importante, comme en Grèce par exemple, où deux partis de cette droite extrême vont entrer au Parlement avec des néonazis. Allez F. Hollande, la France et l’Europe comptent sur vous !
Michel Escatafal
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05.05.2012
Voter et faire voter François Hollande!
Aujourd’hui 5 mai 2012, c’est l’anniversaire de la mort de Napoléon 1er. Voilà le type même d’épisode de notre histoire qui ne fait pas la une des journaux, surtout aujourd’hui à la veille d’une élection tellement importante pour notre pays. Et pourtant cela fait 191 ans que Napoléon Bonaparte, devenu empereur des Français le 18 mai 1804, mais aussi roi d’Italie le 17 mars 1805, est mort à l’âge de 51 ans. Si je cite les titres d’empereur des Français et de roi d’Italie, c’est parce que les deux pays sont très étroitement liés depuis l’Antiquité, et parce que Napoléon est né d’extrême justesse français (le 15 aout 1769 à Ajaccio), puisque la Corse venait tout juste d’être rattachée à la France (15 mai 1768).
Napoléon, en fait, était déjà mort une première fois, le 30 octobre 1815, quand il débarqua sur un rocher de l’Océan Atlantique, à Sainte-Hélène. Cette première mort fut sans doute encore plus douloureuse que la suivante, parce qu’il savait qu’il avait mené son pays à la ruine et à la pire des humiliations. Il en avait déjà pris conscience à Fontainebleau, au moment de son départ pour l’Ile d’Elbe le 20 avril 1814 quand, faisant fi de son orgueil, il s’écria : « La France sans frontières quand elle en avait de si belles ! C’est ce qu’il y a de plus poignant dans les humiliations qui s’accumulent sur ma tête. La laisser si petite après l’avoir reçue si grande ».
Et c’est vrai que cette France, qu’il avait reçue de la République, était grande et était devenue le phare de l’humanité, même si elle était détestée par tous les autres gouvernements de la planète (Angleterre, Hollande, Autriche, Espagne)…parce que ceux-ci avaient peur du vent de liberté qui était en train de souffler sur l’Europe, et parce que la France avait la supériorité militaire sur tous les autres pays, ce qui lui conférait un avantage décisif. La République, avec ses Bleus (nom donné par les Vendéens aux soldats de la République à cause de la couleur de leur uniforme), avait donné à la France vingt-six nouveaux départements, ce qui augmentait sa population de presque neuf millions d’habitants, que le premier Empire lui fit perdre après avoir causé la mort de cinq millions d’hommes. Et à la suite des deux invasions de 1814 et 1815, la France perdit non seulement ses conquêtes de la République, mais encore Landau, Philippeville et Mariembourg qui lui appartenaient avant 1789.
Pourquoi dis-je tout cela, en évoquant la mort de celui qui reste le Français, et sans doute l’Européen, le plus connu dans le monde ? Parce qu’en donnant à ces souvenirs douloureux une publicité fréquente, on aurait détruit cette légende que nombre d’historiens ont qualifié de « maudite », et par voie de conséquence la possibilité des crimes et d’une certaine forme de tyrannie qui aboutirent à la troisième invasion de notre pays en 1870, sans oublier le soulèvement d’une partie de la population (la Commune de Paris) pendant un peu plus de deux mois entre mars et mai 1871, qui fit des dizaines de milliers de victimes. Pour mémoire, rappelons que ce soulèvement fut déclenché en grande partie par l’exaspération de ceux qui avaient le plus enduré et souffert du siège imposé par la Prusse, auquel ils avaient résisté avec énormément de vaillance et de courage, et à qui on venait d’imposer un armistice humiliant trois mois auparavant.
Et cela nous ramène à la situation que nous connaissons aujourd’hui dans notre pays, même si évidemment elle n’est pas comparable sur le plan institutionnel. Bien sûr nous avons le droit d’écrire ou de dire ce que nous voulons, mais sommes-nous pour autant en démocratie au sens où nos ancêtres l’entendaient quand ils se battaient pour leur liberté ? Quand on voit la propagande qui nous a été infligée par Nicolas Sarkozy et l’UMP depuis cinq ans, j’ai tendance à répondre par la négative. Y-a-t-il un seul jour dans l’année où nous n’avons pas été abreuvés par des informations vantant les mérites du président de la République, lui-même de facto chef du gouvernement ? Comment ose-t-il s’en prendre aujourd’hui aux médias, alors qu’il a été si bien servi pendant des années par ces mêmes médias ?
Au fait, quand un pouvoir s’en prend ainsi à la presse, n’est-ce pas un signe de dégradation sur le plan de la démocratie ? Mais le pire, si j’ose dire, c’est cette fin de campagne présidentielle que nous venons de vivre. Là, N. Sarkozy et ses amis de l’UMP y sont allés de bon cœur dans l’ignominie, ce qui explique d’ailleurs la seule position que pouvait prendre F. Bayrou quant à son vote à titre personnel pour F. Hollande. Un vote au passage qui, pour tardif qu’il soit, va sans doute contribuer à faire élire F. Hollande, au vu de l’évolution des sondages ces derniers jours. Certes, ce ne sont que des sondages, mais tous disent la même chose : les reports de voix du Front National sur N. Sarkozy sont de plus en plus nombreux, preuve s’il en était que les passerelles entre ces deux partis sont devenues très ténues.
Y-a-t-il une vraie différence entre ce que ne cesse de dire Marine Le Pen et ce que ne cesse d’énoncer N. Sarkozy, par exemple sur les immigrés et les frontières ? Des immigrés qui sont Français pour la plupart, même si certains s’évertuent à ne pas les considérer comme tels parce qu’ils ne s’appellent pas Marie, Pierre, René ou Eric. Et je ne parle pas des torrents de haine déversés sur la gauche et ses supposés drapeaux rouges du goulag à chaque déplacement du candidat sortant. Hier par exemple, le député-maire des Sables-d’Olonne est allé jusqu’à dire en hurlant : « le communautarisme anti-français ne vaincra pas ». Quelque part c’était un peu effrayant, comme est effrayante cette vision de foules en délire et électrisées applaudissant à tout rompre des mots qui sentent fort l’exclusion et la peur de l’autre. Quel contraste avec les foules qui ont soutenu F. Bayrou et F. Hollande, où régne à chaque meeting une bonne humeur communicative! Mais que diable, nous ne sommes pas en guerre civile ! Et puis, en démocratie, il est normal qu’il y ait une alternance. En tout cas, pour avoir suivi de près les dernières élections en Espagne, je n’ai jamais senti une telle violence latente.
Et le pire est que nombre de personnes en transes devant des discours qui ont l’odeur de la xénophobie, n’ayant à la bouche que le mot immigration, sont souvent dans des villes ou des villages où le nombre d’étrangers ou de personnes d'origine étrangère est très faible. Peut-être après tout qu'ils devraient vivre dans une petite ville cosmopolite comme la mienne (Saint-Claude dans le Jura), où je vis très heureux. Fermons la parenthèse, pour montrer à quel point est grande la proximité entre le Front National et l’UMP sur des sujets comme l'immigration. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’UMP est diverse, parce que finalement tout le monde a accepté le discours de Grenoble, comme tout le monde assiste avec enthousiasme aux meetings de N. Sarkozy, à l'exemple de J. Arthuis aux Sables- d’Olonne, ce qui prouve qu’il n’aurait jamais dû se retrouver au premier tour de cette élection présidentielle avec F. Bayrou.
Voilà, je préfère m’arrêter là, car tout cela est bien attristant. Et même si F. Hollande finit par l’emporter, on peut quand même s’interroger sur le fait que 48 ou 49% de Français puissent voter pour un président comme N. Sarkozy, qui a accumulé les échecs dans tous les domaines, mais qui va finalement réaliser un score élevé…uniquement parce qu’il aura tenu des discours quasiment identiques à ceux du Front National sur les sujets de société. En tout cas, j’espère surtout qu’il n’y aura pas de mauvaise surprise demain soir, parce que notre pays n’y survivrait pas. Peut-on imaginer un instant ce que donnerait un N. Sarkozy réélu, avec un Front National qui va être présent dans nombre de triangulaires…ce qui laisserait à la gauche de grandes chances d’avoir la majorité à l’Assemblée ? Je préfère ne pas y penser, car N. Sarkozy n’est ni F. Mitterrand, ni Jacques Chirac. Alors votons et faisons voter F. Hollande demain, et qui sait si F. Bayrou et le MoDem n’auront pas, en cas de victoire socialiste, un rôle important à jouer ?
Michel Escatafal
11:42 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société, parti socialiste


