03.07.2009
De la présidence française de l'UE à la présidence suédoise
Il y a un an très exactement Nicolas Sarkozy prenait la présidence de l’Union Européenne pour une durée de six mois, et bien évidemment il voulait que celle-ci fût flamboyante…comme d’habitude. Du coup, de tiède européen il s’est tout de suite voulu plus européen en apparence que le plus européen des européens. Et de fait il fut servi par les circonstances, la guerre en Géorgie et la crise financière qui s’amplifiait, pour se mettre en avant au point que les médias Français se mirent presque à comparer le président de la République à Napoléon 1er. Rien que ça ! La France n’avait jamais été aussi grande qu’en 2007 puisqu’elle était la maîtresse de l’Europe tout entière ou presque, à l’exception de la Russie.
Mieux même, toujours à en croire les commentateurs, même la grande Russie s’était pliée aux desiderata du nouveau guide de l’Europe. Bref, pendant ces six mois notre pays était redevenu ce qu’il était entre 1804 et 1812, plus grand encore qu’entre 1794 et 1797. Balayé le souvenir des victoires de Fleurus, Arcole, Rivoli, puis plus tard Ulm, Austerlitz, Iena, Eylau, Friedland, Wagram ou la Moskowa. Cela dit, trêve de plaisanterie, que reste-t-il un an après de cette épopée, qui n’en était pas une, pour l’Europe ? Peu de chose, et en disant cela je suis gentil.
Dans les provinces sécessionnistes de la Géorgie (Abkazie et Ossetie du Sud) l’ordre russe règne, au point que désormais plus personne n’en parle, et pour ce qui concerne la crise financière et économique ce sont plus que jamais les solutions nationales qui s’imposent, ce qui ne fait que contribuer à éloigner les Européens de l’Union Européenne. Si les Pays baltes connaissent une crise sans précédent personne ne s’en soucie en France, en Espagne ou en Italie…parce que dans tous ces pays il y a aussi de gros problèmes.
Disons que l’on est de nouveau entré dans le règne du « chacun pour soi ». Et s’il fallait avoir confirmation que l’Europe n’a pas vraiment le vent en poupe en ce moment, les élections européennes de début juin en ont apporté une claire confirmation avec une abstention massive dans tous les pays. On en conviendra le résultat n’est pas brillant, et pour clôturer le tout la présidence tchèque qui a succédé à la présidence française a tourné au cauchemar pour l’Europe, avec un gouvernement démissionnaire en plein mandat. C’est d’ailleurs pour cela que la présidence suédoise est attendue dans les milieux européens avec une certaine impatience.
En effet après l’esbrouffe perpétuelle qui a servi de mode de gouvernement à Nicolas Sarkozy, avec pour seul souci de tirer la couverture à lui, et l’immobilisme pour ne pas dire l’irresponsabilité des Tchèques, il y a besoin effectivement d’une présidence raisonnable. Et qui mieux qu’un pays nordique peut a priori offrir cette perspective, à ceci près que la Suède est loin d'être un pays farouchement européen. D’ailleurs si elle l’était, il y a longtemps qu’elle aurait adopté l’euro, ce qui aurait été une bonne chose ne serait-ce que pour augmenter encore un peu plus le poids des pays vertueux en matière de finances publiques.
Et cela m’amène à évoquer la rencontre qui doit avoir lieu aujourd’hui entre Français et Suédois, c’est-à-dire entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre suédois. De quoi les deux hommes vont-ils bien pouvoir parler, alors qu’ils ne sont pas d’accord sur grand-chose en dehors de la nécessité de prendre des mesures relatives au réchauffement climatique, ce qui ne mange pas de pain. Les Suédois sont européens surtout dans une vision libre-échangiste, ce qui explique leur désir de continuer l’élargissement de l’Union...qui permettrait une adhésion rapide de leurs amis islandais, alors que les Français sont beaucoup plus restrictifs, d’autant que dans l’esprit de Nicolas Sarkozy, l’élargissement signifie l’adhésion à l’UE de la Turquie dont il affirme ne pas vouloir, sans que l’on sache quelle est sa réelle conviction sur le sujet.
Autre point de discorde, après les gros problèmes budgétaires rencontrés par la Suède au début des années 1990 ( déficit supérieur à 10% du PIB), les dirigeants de ce pays font à présent une fixation sur la discipline budgétaire….ce qui on en conviendra est loin d’être le souci premier de Nicolas Sarkozy. Et oui, c’est aussi ça l’Europe, mais malheureusement cela ne la fait pas avancer. Preuve si besoin en était que l’on a mis la charrue avant les boeufs, avec les élargissement successifs et sans discernement depuis 1973, date de l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Union. Résultat, on se retrouve avec une masse informe d’Etats composant une Union, où l’on n’est même pas capable de s’accorder a minima sur les problèmes de politique budgétaire ou de politique étrangère. On est vraiment très loin du rêve que formaient les pionniers de l’Europe quant à la naissance des Etats-Unis d’Europe !
Michel Escatafal
18:12 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de socéiété
30.06.2009
Une crise inévitable? Oui, mais...
Avec une crise comme celle que nous connaissons chacun y va de son couplet pour l’expliquer, et ensuite pour faire en sorte qu’elle dure le moins longtemps possible. Bien entendu les mêmes qui ne l’ont pas vu venir sont parmi les premiers à expliquer doctement que cette crise était inévitable, et que tout concourait à faire en sorte qu’elle se développe comme une pandémie de grippe à l’échelle mondiale. Certains y voient une absence de régulation aux échelons nationaux ou internationaux. D’autres estiment qu’en fait cette crise, comme celle de 1929, est surtout le fait d’erreurs humaines ce qui explique leur réticence à vouloir changer le système capitaliste. Et puis il y en a quelques uns qui pensent que tout ceci ne serait pas arrivé, si ceux qui sont aux manettes de la finance internationale ne s’étaient pas comportés de manière aussi irresponsable.
Pour être franc, je crois sans risque de me tromper qu’il y a un peu de tout cela, et que manifestement c’est la faute d’abord des apprentis sorciers qui dirigeaient le monde. Parmi ceux-ci bien évidemment figurent l’ancien président (Alan Greenspan) de la Réserve Fédérale américaine, celle qui gère la principale monnaie de réserve du monde, et bien entendu l’ancien président (Georges W. Bush) de la première puissance économique dans le monde. En 1929 cela avait été à peu près le même scénario, à ceci près que le monde n’était pas tout à fait régi de la même manière, On était en effet dans un monde moins unipolaire que celui que l’on a connu dans les années 1990, et même au début de la décennie 2000.
La France comme la Grande-Bretagne, qui venaient de vaincre l’Empire allemand, étaient encore considérés comme des grandes puissances, ne serait-ce que par leur empire colonial. En plus les Etats-Unis avaient à leur tête un président qui n’a laissé que le souvenir d’un homme peu porté sur les grandes décisions, Herbert Hoover. Cela dit, qu’il s’agisse des leaders politiques ou des banquiers centraux, tous avaient pour caractéristiques de n’être pas de grands hommes d’action…ce qui signifie que le pouvoir économique, concentré dans les mains des grandes entreprises multinationales, avait primauté sur le pouvoir politique ou de régulation.
On était donc bien dans la même situation que ces dernières années, où les pouvoirs politiques et financiers suivaient aveuglément les desiderata des multinationales de l’économie et de la finance. Et le jour où le système s’est grippé il n’y avait bien sûr personne pour prendre la mesure de ce désastre financier , parce que personne dans le monde politique n’était capable de prendre les décisions qui s’imposaient, pour faire en sorte que les banques continuent à jouer leur rôle. On a même laissé mettre en faillite la banque Lehman Brothers, ce qui aurait pu avoir des conséquences encore plus dramatiques si les banques centrales n’avaient pas pris la mesure de leurs responsabilités.
A ce sujet, et n’en déplaise à Nicolas Sarkozy et à tous ceux qui crient sans connaître le sujet, on ne peut que souligner le rôle extrêmement positif joué par la Banque Centrale Européenne, qui a largement contribué à éviter une catastrophe plus importante encore. Et je dirais qu’heureusement, et sous l’impulsion de la BCE, les banquiers centraux ont pallié en partie les carences des décideurs politiques qui, aux dires de nombreux observateurs, n’ont pas su gérer la situation. C’est facile de vouloir refonder le capitalisme, mais c’est plus difficile de prendre les décisions qui permettent de redonner confiance aux investisseurs et plus encore aux citoyens, les uns et les autres ayant cru (les naïfs) que l’argent pouvait éternellement rester démesurément bas sans engendrer une spéculation effrénée, ce que Messieurs Greenspan et Bush n’avaient pas su ou voulu admettre.
On comprend mieux pourquoi un Nicolas Sarkozy n'a pas réalisé la portée de ses paroles quand il encourageait les Français à s’endetter, ou quand il considère que l’endettement public est un mal nécessaire.En tout cas sur ce plan c’est réussi, puisque selon le FMI la dette publique dans les 10 pays les plus riches du monde dépasse 78%. La France figure bien dans ce peloton et elle va même y figurer en très bonne place dès cette année et plus encore en 2010 et les années suivantes. Jamais en temps de paix notre pays n’a connu une telle situation, comme jamais depuis la deuxième guerre mondiale la France n’a perdu autant d’argent en si peu de temps. Dans ces conditions comment allons-nous pouvoir financer le traitement du chômage, le paiement des retraites, le déficit de la sécurité sociale, mais aussi l’effort de recherche et d’investissement, sans lequel notre système productif restera toujours à la traîne par rapport à nos voisins allemands pour ne citer qu’eux ?
Voilà une bonne question à se poser, au lieu de disserter sur la manière dont on va dépenser les 80 ou 100 milliards que va rapporter le grand emprunt national décidé par Nicolas Sarkozy. En fait, pas besoin de se poser la question puisque chacun sait que ces 100 milliards vont servir à préparer l’élection de 2012, puisqu’il est interdit d’évoquer toute augmentation des impôts pour les plus riches, comme il est proscrit d’employer le mot rigueur notamment pour financer les dépenses inutiles. Cela étant il faudra bien un jour ou l’autre payer l’addition, ne serait-ce que vis-à- vis de Bruxelles, et là ce sera très douloureux. Et si c’est Nicolas Sarkozy qui doit mettre en œuvre des mesures douloureuses, chacun sait bien qui paiera. Raison de plus pour affiner très vite nos propositions, en n’oubliant pas que la situation sera pire que ce que nous l’imaginons aujourd’hui.
Michel Escatafal
19:31 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débtas de société
28.06.2009
Ils ont perdu la notion des réalités
Parmi les informations qui méritent notre attention, il y en a au moins trois qui paraissent intéressantes à des titres divers. La première concerne la dépense des ménages américains qui a suscité l’enthousiasme de nombre de commentateurs, ces derniers se disant que si les ménages américains recommencent à dépenser c’est le signe que la crise commence à s’estomper. Preuve pour eux aussi, que les mesures extrêmement fortes prises par l’administration Obama (cadeaux fiscaux, politique d’investissements publics, facilités de crédit…) commencent à porter leurs fruits. Certes tout cela ne fait pas encore reculer le chômage, mais cela laisse un espoir de voir une petite reprise s’amorcer d’ici la fin de l’année, à la condition toutefois que les ménages outre-Atlantique ne continuent pas à épargner, comme c’est la tendance ces derniers mois. Dans ce cas en effet, la récession pourrait en être aggravée.
En France nous n’avons pas ce type de préoccupation, je veux parler de la consommation des ménages, parce que malgré un chômage qui s’avance allègrement vers les 10%, les ménages français continuent tant bien que mal à consommer… parce qu’ils ont encore quelques réserves d’épargne et surtout parce qu’ils ne sont pas encore trop endettés surtout par comparaison avec les Américains. Cela ne veut pas dire par parenthèse qu’ils vont souscrire sans trop regarder aux fameux emprunt que nous a promis Nicolas Sarkozy, pour la bonne raison que quand on parle de réserve d’épargne, cela veut dire avoir pour nombre de Français quelques centaines voire quelques milliers d’euros sur des livrets d’ épargne ou assimilés. Cela sera nettement insuffisant pour que ces petits épargnants souscrivent en masse à l’emprunt, celui-ci étant finalement réservé aux plus riches d’entre eux, avec tous les cadeaux fiscaux y afférent, comme je l’ai dit récemment.
Autre information déjà plus ou moins annoncée mais qui fait tranquillement son chemin, la question de l’âge légal de la retraite. Bien entendu pour le Premier ministre, François Fillon, « il n’y a pas d’autre solution pour sauver nos régimes de retraite que de travailler plus longtemps, alors même que la vie s’allonge ». Effectivement c’est une solution, sauf que nous enregistrons depuis quelques mois des vagues de licenciements considérables dont les aînés, comme les appelle le gouvernement, sont les premières victimes. Combien de personnes aimeraient garder leur travail parmi tous ces gens de plus de 50 ans que l’on met à la porte des entreprises, et peut-être bientôt des administrations ? Quelle duplicité de la part de ce gouvernement !
Il est vrai qu’il est plus facile de faire ce type de déclaration que de s’attaquer réellement au financement des régimes de retraite, comme il était très facile fin 2007 de faire de la démagogie sur les soi-disant avantages de ceux qui bénéficiaient des régimes spéciaux. Parmi ceux-là, précision importante, ne figuraient pas dans l’esprit du Premier ministre ou du président de la République, les nombreuses personnalités politiques (ministres, députés, sénateurs etc.) qui en réalité en sont les principaux bénéficiaires. Eux sont intouchables, contrairement par exemple aux cheminots ! En outre combien de parlementaires exercent leurs multiples mandats alors qu’ils ont largement dépassé les 70 ans. Il est vrai qu’eux ne sont pas concernés par la pénibilité du travail, ce qui explique que certains d’entre eux veuillent faire travailler les gens beaucoup plus tard sans réaliser qu’un maçon ou un déménageur, pour ne prendre que cet exemple, est beaucoup plus atteint physiquement à 60 ans qu’un homme politique, député-maire depuis 30 ou 40 ans.
Curieusement, quand ça l’arrange, le Premier ministre parle de ce qui se fait dans tous les pays voisins en disant que ces derniers avaient tous repoussé l’âge légal de la retraite. Certes, mais la France a un système de répartition non mixte qui fait précisément son originalité, et qui théoriquement devrait nous permettre de pouvoir assurer son financement…à condition de vouloir s’en donner les moyens. Le candidat Bayrou avait fait au moment de la dernière élection présidentielle des propositions qui demeurent valables, avec un système par points et des mesures pour assurer le financement au delà de la prochaine décennie. Evidemment là aussi, il est plus facile de faire en sorte que personne ou presque ne puisse bénéficier d’une retraite à taux plein, plutôt que prévoir l’avenir. Encore une fois on pourra remarquer que ce seront toujours les mêmes qui pourront s’offrir des retraites confortables ou dorées, parce qu’ils auront bénéficié de primes de départ très importantes ou parce qu’ils auront pu cotiser à des caisses complémentaires. C’est ce que l’on pourrait appeler un système de retraite à trois ou quatre vitesses, la quatrième étant évidemment la plus nombreuse.
Enfin comment ne pas noter l’insistance de Frédéric Lefebvre, que l’on n’avait plus entendu depuis quelque temps ce qui n’indignait personne, quant à son idée loufoque de vouloir faire travailler les gens en arrêt de maladie. Cette fois il a même obtenu le concours de Bernard Debré, chirurgien notoirement connu mais aussi député UMP, prêt à défendre avec lui ce projet parce que ce dernier estime que « ça peut-être un moyen de faire guérir un certain nombre de Français qui le souhaitent ». On croit rêver en lisant de pareilles âneries, car on a impression que pour ces messieurs les gens se mettent par millions en arrêt de maladie au moindre petit rhume. A croire que quand on fait de la politique on perd la notion du réel !
A ce propos je trouve surprenant de ne pas entendre davantage les responsables syndicaux sur le sujet, à moins qu’eux aussi n’aient perdu le sens des réalités, à force de fréquenter les divers ministres du travail. Bien entendu tout cela n’est pas anodin, dans la mesure où cela va dans le sens de ce que l’on appelle pudiquement la déréglementation du travail. Qui parmi ceux qui ont donné leur voix à Nicolas Sarkozy et à l’UMP aux dernières élections présidentielle ou législatives s’attendaient à cela ? Personne à coup sûr. Espérons qu’ils ne se diront pas une fois encore qu’avec d’autres ce serait pareil, sinon ce serait à désespérer de tout.
Michel Escatafal
16:04 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
25.06.2009
Une équipe plutôt défensive...
De quoi pourrions-nous parler aujourd’hui alors que l’actualité est très riche, du moins si l’on en croit les commentateurs. Je crois quand même qu’il faut évoquer le remaniement ministériel, parce qu’il démontre que le pouvoir sent que quelque chose lui échappe et qu’il ne peut plus s’en sortir avec la seule communication du chef. Cet exercice en effet a ses limites, même s’il faut reconnaître que c’est le seul domaine où il est performant. Alors il faut absolument qu’il ait autour de lui des fidèles parmi les fidèles, ne serait-ce que pour annihiler toute velléité de ceux qui paraissent moins sûrs en termes de fidélité, même si à mon avis il ne faut rien exagérer. Une Michelle Alliot-Marie, pour ne citer qu’elle, fera quoiqu’il arrive allégeance dans la mesure où ce qui l’intéresse avant tout est d’être au gouvernement. C’est d’ailleurs curieux comme elle peut être incontournable, au même titre que Roselyne Bachelot, malgré des faiblesses reconnues par tous y compris au plus haut niveau de l’Etat. Cela étant son autorité politique reste très restreinte y compris dans son ministère.
En parlant d’allégeance je ne peux pas m’empêcher de penser à notre ex-trésorier, Michel Mercier, qui est à présent ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du Territoire. Encore un qui voulait de toutes forces un poste ministériel et qui s’est bien moqué de nous, adhérents et militants du Modem. On commence à avoir l’habitude dans la mesure où cela a commencé dès le 2è tour de l’élection présidentielle, pour se poursuivre avec des gens comme Cavada. Ces gens-là ont un caractère tellement fade qu’ils n’en ont aucun. Et dire que si François Bayrou avait gagné en 2007 nous aurions tous ces déserteurs au gouvernement ! On reproche à notre leader d’être seul aujourd’hui, mais je crois surtout qu’il y avait auparavant trop de monde autour de lui…sans qu’il s’en aperçoive. A méditer pour l’avenir.
Nicolas Sarkozy n’a pas encore de problèmes de cet ordre parce qu’il est le maître du pouvoir. Le jour où il ne le sera plus il découvrira à son tour l’ingratitude des femmes et des hommes qui composent sa cour aujourd’hui. Comme disait La Rochefoucauld dans ses Maximes : « On ne trouve guère d’ingrats tant qu’on est en mesure de faire du bien ». Cela dit, il gardera peut-être un petit noyau de fidèles qui lui doivent tout et qui ne seraient rien sans lui. Parmi ceux-ci il y a Brice Hortefeux qui réalise enfin son rêve de devenir ministre de l’Intérieur, poste clé s’il en est au moment des échéances électorales. On comprend dans ces conditions que Michelle Alliot-Marie n’ai pas fait le poids face à « l’ami Brice », d’autant que les chiffres de la délinquance ne sont pas bons.
On comprend aussi l’arrivée comme nouveaux ministres de gens comme Christian Estrosi qui se retrouve bombardé au ministère de l’Industrie, ou comme Pierre Lellouche, le très sarkolâtre nouveau ministre des Affaires européennes. Peu importe que l’un et l’autre aient un poste ne correspondant pas avec leurs présumées compétences ou convictions, d’autant que le vrai patron reste le chef de l’Etat qui est ministre de tutelle de tous les ministères. L’essentiel est qu’ils soient là pour appuyer constamment et sans faille toutes les décisions prises par le président de la République. La seule chose qui m’étonne est de ne pas trouver Frédéric Lefebvre dans ce gouvernement, mais je suis persuadé qu’on va lui trouver un poste de Haut commissaire à quelque chose, surtout s’il ne devait plus être député…ce qui n’est pas encore acquis.
Si j’évoque Pierre Lellouche, c’est pour montrer à quel point le président de la République ne se préoccupe absolument pas de l’environnement politique et international dans les fonctions qu’il attribue. Il y a quand même une sacrée contradiction à voir un « atlantiste » comme Pierre Lellouche (il était pour la guerre en Irak en 2003) occuper ce ministère, théoriquement sensible, des Affaires européennes. En plus il remplace à ce poste Bruno Lemaire, un des rares ministres à avoir été apprécié pour sa compétence dans les milieux européens. Cet ancien collaborateur de Dominique de Villepin, récemment converti au « sarkozysme », avait notamment beaucoup contribué pendant les quelques mois où il avait exercé ses fonctions à recoller les morceaux du couple franco-allemand qui, il faut bien le dire, partait en lambeaux à la fin de l’année dernière. Cela n’était pas suffisant aux yeux de Nicolas Sarkozy pour le maintenir dans ses attributions, d’autant que son aura dans les milieux européens faisait de l’ombre à son ministre de tutelle, Bernard Kouchner. Du coup Bruno Lemaire se retrouve muté à l’Agriculture, ce qui ne semble pas le réjouir outre mesure.
Il sera donc remplacé par Pierre Lellouche qui n’est pas diplomate de formation, qui ne parle pas allemand contrairement à son prédécesseur, et qui a toujours été un partisan de l’entrée de la Turquie en Europe. Cette dernière remarque n’est pas neutre dans la mesure où Nicolas Sarkozy est…pour le moment hostile à cette intégration. Je dis pour le moment, car chacun sait que notre président de la République est quand même quelqu’un qui n’a pas des convictions bien ancrées, notamment sur le plan européen. Tantôt il se veut défenseur acharnée de l’Europe, par exemple quand il en assurait la présidence, mais en contre partie il est le premier à ne pas respecter la signature de la France, par exemple sur le respect du Pacte de Stabilité. Cela étant pour revenir à Pierre Lellouche, qu’on rassure tout de suite, ses convictions passent après son portefeuille ministériel puisqu’il a déjà indiqué que dans tous les cas, il défendrait « la position du gouvernement ». On s’en serait douté !
En résumé, Nicolas Sarkozy qui a désormais fait le plein en termes d’ouverture, mais qui est aussi confronté à des problèmes majeurs sur le plan économique, problèmes qui ne vont cesser de s’aggraver dans les mois et les années à venir, a surtout voulu former une équipe où les postes clés sont verrouillés par ses amis. Il est vrai qu’avec la perspective de voir le taux de chômage atteindre 10,5% fin 2010, avec un déficit qui va dépasser les 150 milliards d’euros dès cette année, une dette qui va allègrement vers les 80% de la richesse nationale produite, les défis ne manquent pas. Ils sont tellement importants, qu’hélas notre pays devient de plus en plus vulnérable et que toutes les barrières craquent les une après les autres. C’est le résultat d’une absence totale de ligne directrice en matière économique, où on a l’impression que les artifices de langage remplacent les initiatives économiques fondamentales. Et dire qu’il y en a encore au minimum pour trois ans ! En tout cas le réveil sera difficile à supporter pour notre pays car les dégâts seront considérables.
Michel Escatafal
17:53 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
23.06.2009
Versailles n'est pas Valmy...
"Rien ne sera jamais plus comme avant." Voilà comment Nicolas Sarkozy a débuté son discours hier à Versailles en évoquant la crise économique qui a frappé le monde. C’est pour le moins imprudent de parler ainsi dans la mesure où chacun sait bien, hélas, que dès que la reprise sera au rendez-vous les spéculations de toutes sortes reprendront leur cours habituel. On n’apprend jamais vraiment d’une crise, sinon il n’y aurait pas de crise. En revanche sur le plan de la politique, il faut espérer que l’on pourra opérer un retour en arrière quand l’heure de l’alternance sera venue. J’espère surtout qu’à ce moment-là notre pays pourra retrouver un fonctionnement davantage parlementaire de nos institutions. J’espère aussi que le remplaçant de Nicolas Sarkozy sera un homme courageux qui, par exemple, bannira tout déficit public dans un délai de 10 ans.
En disant cela je ne fais que reprendre une information donnée par le Financial Times d’hier…concernant l’Allemagne. Le gouvernement de coalition de ce pays vient en effet d’introduire un dispositif interdisant que le déficit public dépasse 0,35% à partir de 2016, et qu’il soit prohibé à partir de 2020. Et pour que ce dispositif soit gravé dans le marbre, seule une majorité des 2/3 des parlementaires pourra éventuellement revenir sur cette nouvelle loi budgétaire. Pour mémoire je rappelle que cela ressemble beaucoup à ce que proposait François Bayrou pendant sa dernière campagne présidentielle, qui voulait interdire que le déficit budgétaire résulte des dépenses de fonctionnement, ce qui était un premier pas vers l’objectif d’un budget en équilibre...qui ne l’a plus été depuis bientôt 30 ans. D’ailleurs cette proposition de notre leader n’a rien de nouveau si on se rappelle qu’en 1774, Turgot conseillait à Louis XVI de « réduire la dépense au niveau de la recette » sous peine de courir à la banqueroute.
Si je fais ce rappel c’est parce que tous ces derniers jours on n’a pas cessé de nous rabâcher que le discours d’hier après-midi à Versailles était historique. En effet c’était la première fois depuis Adolphe Thiers, en 1873, qu’un président de la République parlait devant députés et sénateurs réunis en congrès à Versailles. Comme aujourd’hui dans les faits sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Adolphe Thiers était à la fois président de la République et chef du gouvernement. Cela dit personne ne se rappellera dans quelques années, quelques mois ou quelques jours, ce qu’a dit le président de la République tellement son intervention a ressemblé à un pétard mouillé. En fait elle s’est limitée à esquisser quelques promesses à caractère électoraliste, auxquelles s’ajoutent l’annonce d’un remaniement ministériel et le lancement d’un emprunt national, sans oublier l’inévitable tirade sur le port de la burqa qui n’est pas « la bienvenue sur le territoire de la République française », question dont le Parlement va se saisir pour organiser un débat. Comme si cela avait une importance capitale !
Bref, on aurait presque envie de crier : « Tout cela pour ça » ! Pour ma part, comme a très bien fait de le souligner François Bayrou, j’ai surtout retenu que l’on allait creuser un peu plus une dette qui devient abyssale. Au passage j’en profite pour dire que j’ai trouvé heureux que le leader du Modem évoque ce sujet, preuve si besoin en était qu’il a compris le message que lui ont adressé les électeurs et les militants. En tout cas il n’a pas mâché ses mots sur un sujet ô combien important pour l’avenir. Et quoiqu'en disent les amis du président, ce délabrement accéléré de nos finances publiques ne peut qu'hypothéquer pour de longues années le développement de notre pays. Cela dit si l’emprunt national est ouvert à tous, donc avec des taux d'intérêts plus élevés, cela permettra au moins aux plus riches de s’enrichir encore davantage, alors que le remboursement sera assuré par tous les Français. Il y a au moins un point sur lequel la logique présidentielle est sans faille !
Pour revenir sur le remaniement ministériel j’ai découvert dans les colonnes du Figaro, sur le web, l’angoisse…des ministres. Il paraît qu’à la fin du discours du président « c’était même leur sujet de conversation numéro un ». On s’en serait douté, mais ils n’y mettent même pas la forme ! En attendant la fin de ce suspens insoutenable pour certains, il y en a au moins un qui est tranquille, à savoir Frédéric Mitterrand qui va prendre la place de Christine Albanel. Du coup il va falloir trouver quelqu’un pour le remplacer à la Villa Médicis, à moins que ce ne soit Albanel Christine si j’en crois certaines rumeurs. Il eut mieux valu qu’on y pensât avant, cela aurait coûté moins cher. Cela étant, que peuvent représenter quelques dizaines de milliers d’euros quand on accumule autant de milliards de déficit ? En tout cas si c’est cela l’ouverture à gauche, comme je l’ai entendu ce matin, cela va faire sourire dans les chaumières…à moins que ce ne soit de l’humour. Pauvre France, pourquoi as-tu mis tes destinées à la discrétion d’un seul homme, sachant que cela ne donne jamais rien de bon ?
Michel Escatafal
18:35 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débtas de société


