10.05.2008

Il y a 27 ans, le 10 mai 1981...

Il y a vingt sept ans comme aujourd’hui, la gauche prenait le pouvoir en France. Ce fut un évènement considérable dans notre pays qui, soi-disant,  venait « de passer de l’ombre à la lumière » (Jack Lang). Cela étant, c’est un anniversaire qu’on ne fête plus depuis bien longtemps, tellement la gauche semble être passée en mode  autodestruction en même temps qu’elle perdait  ses idées. Et s’il le fallait, pour bien montrer que la gauche en France est bien morte de sa belle mort, ses dirigeants les plus révolutionnaires ont pour principal adversaire non pas le pouvoir actuel, mais d’abord le Parti Socialiste, tout cela évidemment au nom de l’idéologie. C’est la raison pour laquelle, les idées de droite ont encore sans doute de très beaux jours devant elles.

J’espère simplement me tromper en disant cela, car je maintiens que la seule alternative crédible à la vacuité des propositions faites par les uns et les autres est la nôtre, celle du Mouvement Démocrate à condition, toutefois, de mettre toute notre énergie à promouvoir notre projet. Certains vont me trouver bien optimiste, mais après tout qui aurait pensé il y a moins de deux ans que le futur président des Etats-Unis pourrait être  un homme de couleur ? Bien sûr Barack Obama n’est pas encore président, mais pour peu que le clan d’Hillary Clinton joue le jeu du Parti Démocrate, c’est une possibilité pour ne pas dire une probabilité sérieuse compte tenu des effets désastreux pour l’Amérique des huit années de présidence Bush, donc républicaine.  

L’Amérique, en effet,  est devenue en moins d’une décennie un colosse au pied d’argile. Depuis 2001, ce pays n’a cessé de guerroyer ou d’entretenir des conflits à travers le monde avec les résultats que l’on connaît, notamment en Irak et en Afghanistan. Mais l’influence américaine s’est aussi énormément amoindrie sur le plan économique,  au point de voir sa monnaie devenir le principal problème dans le monde capitaliste pour la première fois depuis un siècle, c’est-à-dire depuis le moment où le dollar avait supplanté la livre sterling. D’ici une vingtaine d’années, peut-être moins, l’euro et même le yuan parleront d’égal à égal avec la monnaie de l’Oncle Sam.

Même la langue anglaise subit le contrecoup de la perte d’influence de l’Amérique dans le monde tel que l’a voulu Georges Bush. C’est tout cela qui nous fait dire que les électeurs américains pourraient très bien choisir le sénateur noir de l’Illinois, d’autant que ses positions en politique étrangère paraissent autrement  plus raisonnables que celles de Mac Cain qui, pour reprendre ce que disait Barack Obama cette semaine, « ne ferait que remplir le troisième mandat de la présidence Bush ». Je ne pense pas,  et je n’imagine pas, le peuple américain assez sot ou assez naïf pour retarder de quatre ans une alternance devenue indispensable.

Elle l’est d’autant plus que le monde évolue très vite avec la montée en puissance des pays émergents, au premier rang desquels la Chine, mais aussi l’Inde et…la Russie. Deux de ces trois pays ne sont pas démocratiques et sont dirigés d’une main de fer par des hommes ou des partis nationalistes, quelle que soit l’appellation qui leur est donnée. La Chine est devenue plus que jamais incontournable sur le double plan militaire et économique.  La Chine dispose de réserves de change énormes (1650 milliards de dollars), elle est devenue  l’usine du monde développé,  et son armée n’est pas en reste. Elle dispose d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU et, à ce titre, elle peut décider de ce que la communauté internationale peut faire ou ne pas faire dans tel ou tel pays.

On l’a vu à propos du Darfour, mais aussi de la Corée du Nord, de l’Iran ou de la Birmanie. La Chine forte de 1,3 milliards d’habitants est déjà presque une superpuissance, et se comporte comme telle. Son influence dans le monde croît à une vitesse inimaginable il ya seulement dix ans, que ce soit en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Dans nombre de pays, le chinois est devenu incontournable à l’université. Bref la Chine est déjà un géant à la fois économique et politique, même si elle doit réussir les ajustements sociaux et environnementaux que lui impose une croissance exceptionnelle, génératrice d’inégalités sociales et régionales.

La Russie aussi doit faire face à ces défis, car comme la Chine elle veut peser sur les affaires du monde. Les Russes n’oublient pas qu’il y a moins de vingt ans, du temps de feu l’URSS, elle était une des deux superpuissances avec les Etats-Unis. Elle a dû pendant quelques années ravaler ses ambitions avec l’éclatement de l’Union Soviétique, et la mise en place d’un nouveau modèle politique et économique. Mais finalement son évolution politique n’a pas été très importante. Certes, il n’y a plus officiellement de parti unique, mais dans les faits c’est le cas. On l’a vu clairement au moment de la dernière élection présidentielle avec les dispositions prises par Vladimir Poutine pour rester le maître du pouvoir. Car ce dernier veut profiter pleinement du fait que la Russie retrouve son rang de grande puissance sur la scène internationale.

 Certes, la Russie a contre elle d’avoir une population faible (142 millions d’habitants) par rapport  à la Chine, l’Inde, l’Union Européenne ou les Etats-Unis, mais son sous-sol (dont une bonne partie est encore à explorer)  recèle un formidable réservoir de matières premières et sa situation géographique privilégiée, à la fois en Europe et en Asie, lui permet d’être déjà le fournisseur attitré de plusieurs grandes zones économiques. La Russie fournit à l’Europe, pour ne citer qu’elle, 40% de ses besoins en gaz et pétrole et 50% de son uranium. Cette emprise mondiale sur les matières premières, avec des cours qui ne cessent de s’apprécier,  lui permet de développer son économie vers la haute technologie, par exemple les nanotechnologies, et d’envisager de restructurer son armée, seul moyen aux yeux de Vladimir Poutine pour que la Russie retrouve son prestige.

Tout cela nous éloigne de notre propos initial et de l’anniversaire du 10 mai 1981. Mais cela démontre aussi que le monde a beaucoup évolué depuis cette époque. De nos jours l’idéologie a perdu de son importance, car il n’y a plus d’opposition au modèle capitaliste quelle que soit sa forme, capitalisme d’Etat comme en Chine ou en Russie, ou capitalisme des sociétés multinationales. Entre ces deux formes de capitalisme, la différence sur le plan politique apparaît énorme,  avec d’une part une conception autocratique de la société et de l’autre une conception démocratique. Mais est-ce bien le cas ? C’est curieux, en posant cette question j’ai l’impression de me retrouver dans les débats que nous avions quand j’étais étudiant,  en mai 1968. Finalement le monde n’a pas tellement changé depuis 40 ans : simplement nous avons perdu nos illusions. Raison de plus pour inverser cette tendance, même si pour le moment cela peut paraître utopique.

Michel Escatafal

08.05.2008

Il devient pathétique !

1895814530.jpgCe matin en écoutant la radio,  j’ai entendu qu'hier  Nicolas Sarkozy s’en était  pris  violemment  à Jacques Chirac au cours d’une réunion avec les députés UMP. Cela devient obsessionnel,  et s’il continue notre minuscule président va finir par faire regretter Chirac qui, reconnaissons-le, avait au moins maintenu une certaine indépendance de la France en matière de politique étrangère. Mais Jacques Chirac n’a pas été le seul à subir les foudres du président de la République. Celui-ci  s’en est pris aussi à Dominique de Villepin, il fallait s’en douter, et … à plusieurs journaux qui ont l’outrecuidance de ne pas applaudir béatement  à toutes ses décisions politiques. Toutefois, certains font toujours preuve de la même complaisance à l’égard de Nicolas Sarkozy, Paris-Match par exemple, puisqu’il  paraît que sa nouvelle épouse  a été partie prenante du reportage marquant le premier anniversaire de l’arrivée à l’Elysée de notre président. On croit rêver !

Le malheur, c’est que nous ne rêvons pas. C’est bien Nicolas Sarkozy qui est  président de la République pour quatre ans encore et, comme je le dis souvent ici-même, il y a de quoi être inquiet,  pour ne pas dire plus, quant aux résultats de sa politique à horizon 2012. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls à l’être, car la Commission européenne l’est autant que nous en ce qui concerne notamment les finances publiques.  A ce propos, en réponse à plusieurs courriels m’accusant de faire de l’antisarkozysme primaire, je voudrais préciser que je ne me réjouis nullement d’avoir eu raison dès le mois de juin à propos des méfaits de la politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy car ce sont les Français, et les plus vulnérables d’entre eux en premier, qui en subissent les conséquences.

Dans tous les domaines le fiasco est total. Encore hier le ministre des Affaires étrangères, ce pauvre Bernard Kouchner, s’est fait surprendre en flagrant délit d’ignorance sur France Inter quand il a dit : « il y a un gros livre de (l’organisation de défense des droits de l’Homme) Human Rights Watch qui paraît tous les ans pour faire l’état des droits de l’Homme dans le monde : la Tunisie n’y figure même plus ». Or la Tunisie figure bien encore dans ce livre. L’ennui, c’est que ce type de couac est monnaie courante avec ce gouvernement qui, à quelques exceptions près (Nathalie Kociusko-Morizet, Alain Joyandet),  est composé de gens pour le moins incompétents dans les fonctions qu’ils occupent.

Dans ces conditions, il n’est pas  étonnant que certains organes de presse aient envisagé pour François Fillon une reconversion à la tête... de la Fédération Internationale Automobile, quand il aura quitté ses fonctions de Premier ministre. C’était bien sûr une plaisanterie ou un simple fantasme de notre Premier ministre,  car en tant qu’amateur de sport automobile, je ne veux surtout pas voir Monsieur Fillon président de la FIA. Cela dit, quitte à avoir un poste, il le vaudrait mieux là qu’à Matignon car les responsabilités ne sont pas tout à fait les mêmes. Malgré tout, je pense quand même à la sécurité des pilotes, à celle des spectateurs etc.

Trêve de plaisanterie, on aura quand même tout vu en très peu de temps avec Nicolas Sarkozy au pouvoir. Pour une rupture, c’en est une même si ce n’est pas celle  que nous souhaitions. Il y a un an, nous entendions des phrases du genre : « Je serai le président du pouvoir d’achat », « je serai le président des droits de l’homme », « je nommerai les plus compétents » etc. Tout cela aujourd’hui appartient au passé, mais pas pour tout le monde et c’est pour cela que contrairement à ce que pensent de nombreux observateurs, Nicolas Sarkozy ne peut pas rebondir.

Rappelons-nous ce qui s’est passé avec Jacques Chirac et sa fameuse « fracture sociale ». Elle l’a aidé à être président de la République, mais elle a plombé tout le reste de son temps à l’Elysée. Et il n’y aura pas à chaque élection un épouvantail nommé Le Pen pour faire illusion quelque temps encore. Nicolas  Sarkozy a tellement promis qu’il a suscité de l’espoir jusque dans les pays africains. Les démocrates africains  comptaient beaucoup sur lui pour faire avancer les droits de l’homme dans des pays traditionnellement très proches de la France.  Ils espéraient, naïvement, qu’il resterait quelque chose des fortes paroles prononcées par un homme à qui rien ne semblait résister. Ils espéraient…

A présent, comme la grande majorité des Français, ils sont déçus et se sentent floués, trahis par un homme qui s’est servi d’eux pour arriver au pouvoir.  C’est ce qui explique l’ampleur du rejet que suscite toute action ou initiative prise par Nicolas Sarkozy. Il y a, au mieux  de la méfiance dans tout ce qu’il entreprend,  et cela se ressent aussi dans les relations internationales. Heureusement que notre pays est protégé par son appartenance à l’Union Européenne et à la Zone euro, ce qui limite les dégâts d’une politique aussi désastreuse.  Quelle merveilleuse idée ont eu les pères fondateurs de l’Europe, et que ne l’ont-ils eu auparavant ?

Michel Escatafal

06.05.2008

Un an déjà, mais surtout encore quatre ans!

Je ne vais pas faire aujourd'hui ce que tout le monde fait, à savoir consacrer mon billet à l'anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Tout d'abord parce que je maintiens que ce fut la plus grande erreur que les électeurs français aient pu faire depuis l'instauration du suffrage universel dans notre pays. Si je devais faire une comparaison, cela rappelle l'élection à la présidence de la République de Louis-Napoléon Bonaparte en 1848. Espérons que nous ne sommes pas partis pour un règne de 22 ans ! Ensuite parce que dans le monde il y a d'autres nouvelles qui méritent beaucoup plus de considération.

Parmi celles-ci il y a l'ouragan qui a dévasté la Birmanie avec sans doute la mort de 10.000 persnnes et beaucoup plus de sans-abris. C'est une catastrophe humanitaire majeure, une de plus dans un continent et un pays qui n'avaient pas besoin de ça. A ce propos, on retiendra que la France a envoyé une aide d'urgence de 200.000 euros, soit à peu près le prix d'un appartement à Nîmes ou à Avignon. C'est aussi cela la France de Nicolas Sarkozy! Certes je veux bien que, comme le disent nos gouvernants, les caisses soient vides, mais tout de même il y a des limites à ne pas franchir, d'autant que Bernard Kouchner est prêt à se rendre là-bas. Reconnaissons que l'argent dépensé pour ce déplacement serait beaucoup plus utile s'il était envoyé pour l'aide aux sinistrés.

Dans un tout autre ordre d'idées, et c'est beaucoup moins dramatique, il commence à y avoir en Europe une prise de conscience concernant les salaires et impôts payés par les personnes les plus riches des pays qui composent l'Union Européenne, plus particulièrement en Zone euro. Après la publication sur internet de la feuille d'impôts de tous les contribuables italiens par le ministère des Finances, publication qui a fait grand bruit, il y a en Allemagne un consensus qui se dégage pour que les entreprises qui versent des salaires, primes et dividendes énormes à leurs dirigeants soient pénalisées fiscalement. Il s'agit en effet de limiter à un million d'euros la déduction des revenus et des primes des grands patrons sur les impôts des entreprises. Au delà de cette limite, ils ne seraient déductibles qu'à 50%.

C'est sans doute une bonne nouvelle pour le fisc allemand, même si nous savons bien qu'une grande offensive va être lancé par les intéressés en invoquant la liberté liée à la valeur du travail. J'ai même lu quelque part qu'un grand patron allemand en faisait une "question de justice sociale". Cela rappelle ce que disait François Fillon à propos des régimes spéciaux de retraite, indiquant que "c'était l'injustice la plus criante". Décidément le gouvernement français est bien sur la même longueur d'ondes que le patronat allemand ou français ou autre.

En France, et je terminerai là-dessus, le gouvernement veut essayer de récupérer quelque argent frais sur les multiples niches dans lesquelles se sont engouffrés les contribuables les plus riches. Le problème est qu'au-delà des belles paroles, cela concerne essentiellement des gens qui soutiennent Nicolas Sarkozy et ses amis. Dans ces conditions, gageons que cette "chasse au gaspi" va représenter peu de choses, et qu'elle va toucher les niches les plus faciles à atteindre, c'est-à-dire celles dans lesquelles "il n'y a pas un chien méchant qui sommeille" pour parler comme Jacques Chirac. Il est vrai qu'il est tellement plus facile de traquer les chômeurs qui refusent un travail à moins de trente kilomètres de chez eux. C'est cela la gouvernance de Nicolas Sarkozy et ses amis. Et dire qu'il y en a encore pour quatre ans !

Michel Escatafal

04.05.2008

La politique du pire...

Si l’on en croit les journaux français et européens, la droite dure et  décomplexée est en train de faire une razzia électorale en Europe. Et il est vrai que depuis un an, cette droite gagne pratiquement toutes les élections, à la notable exception de l’Espagne. L’Italie vient de renvoyer Silvio Berlusconi au pouvoir moins de deux ans après la victoire du centre gauche de Romani Prodi, et  même s’il s’agit d’élections locales, la Grande-Bretagne vient d’adresser au Parti Travailliste un avertissement dont il aura beaucoup de mal à se remettre, et qui laisse présager une alternance en 2009 ou 2010.

 Mais pourquoi la gauche social-démocrate est-elle dans l’incapacité de remporter des élections majeures  un peu partout en Europe, et peut-être même ailleurs? En disant cela je pense aussi aux Etats-Unis, car à force de se déchirer et faire des concessions par rapport à leur projet initial, les deux candidats démocrates sont en train de faire le lit du successeur de Georges Bush, même si son parti est complètement déconsidéré. Le sénateur Mac Cain, n’en doutons pas, a en réserve quelques phrases toutes faites rappelant le 11 septembre 2001 ou le risque terroriste pour les Etats-Unis. Il n’y a pas beaucoup d’idéologie là-dedans, mais  électoralement c’est payant.

Pour sa part la gauche européenne, première victime de toutes ces défaites électorales, ne fait guère d’efforts pour inverser la tendance à l’instar de ce qui se passe en France. Et de fait, à chaque élection nationale dans notre pays, on est surpris par le vide idéologique qui entoure les propositions du Parti Socialiste. Ce dernier  demeure en effet perpétuellement tiraillé entre son désir de paraître moderne, tout en essayant de conserver une identité presque révolutionnaire, au moins pour certains de ses membres.  Et ce grand écart impossible à réaliser finit toujours par effrayer les électeurs indécis, ceux qui font la décision.

Reconnaissons qu’il  faut  être extrêmement motivé pour donner son vote à des gens qui, sous prétexte de pragmatisme, se rallient  corps et âme au libéralisme ambiant quand ils sont au pouvoir, ce qui ne les empêche pas dans leurs discours de prôner une alliance avec des partis révolutionnaires parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas se passer de leurs voix. Tout cela donne des discours à la mode Ségolène Royal, Fabius, Strauss-Kahn , Tony Blair ou Gordon Brown. Et tout cela donne à l’arrivée de grandes défaites électorales  comme en Italie ou en Grande-Bretagne.

La précarité du travail érigé en dogme ou presque, le dumping social, le démantèlement des services publics, tout cela est totalement incompatible avec les discours dits de gauche des représentants  sociaux-démocrates. Chacun sait bien que le gouvernement de Lionel Jospin a plus privatisé que la plupart des gouvernements de droite. Chacun sait bien qu’à part François Bayrou, personne ne s’est  réellement mobilisé pour empêcher la privatisation de GDF ou des autoroutes. Il est vrai qu’à ce moment-là le Parti Socialiste était occupé à désigner son candidat aux présidentielles. On a vu le résultat !

Le résultat en effet est que la gauche socialiste ou disons les forces sociales laissent le champ libre à la droite populiste, dont le seul programme est de satisfaire les desiderata du patronat, ce qu’elle ne dit pas, et de lutter contre l’immigration, ce qu’elle annonce fièrement et bruyamment. C’est ce qui s’est passé en Italie il y a quelques jours, et en France l’année passée. Pour peu que cette droite ait à sa tête des Sarkozy ou des Berlusconi, capables de dire tout et le contraire, le succès est assuré.

Oh certes à peine la victoire remportée, et dès l’annonce des premières mesures, la déception resurgit très vite surtout si l’on entre dans une période de turbulence économique. Cela étant le mal est fait,  et les électeurs en ont pour quatre ou cinq ans à méditer sur les conséquences de leur vote. Cela dit à la fin de la législature et malgré les échecs, il arrive assez souvent que la majorité soit reconduite… parce qu’il n’y a personne en face pour  marquer sa différence, et notamment  vouloir un Etat capable de mener  sa propre politique sans être l’otage de quiconque,  ou un Etat se préoccupant  d’abord de ceux qui sont les premières victimes de la jungle néolibérale dans laquelle nous vivons.

La droite française, italienne, anglaise ou autre, est évidemment bien incapable d’appliquer un tel programme. La gauche ne l’est pas davantage parce qu’elle se trouve, plus que jamais, dans l’incapacité de s’offrir une réflexion sincère et véritable sur l’évolution de la société au cours des dernières décennies. Cette gauche là s’est ralliée, qu’elle le veuille ou non, au processus de libéralisation des marchés sans contrepartie. Elle en est même arrivée  à essayer de concurrencer la droite sur les thèmes de l’insécurité et de l’immigration. Le problème pour elle est que les gens préfèrent l’original à la copie.

Raison de plus, et là je m’adresse aux dirigeants et adhérents du MoDem, de ne pas se tromper de combat si l’on veut pouvoir un jour appliquer le programme présidentiel de François Bayrou. Ce programme était le seul susceptible d’éviter la politique du pire proposée par Nicolas Sarkozy. Il reste plus que jamais d’actualité, et je pense aussi qu’il est le seul susceptible de nous sauver du naufrage qui frappe notre pays. Enfin, il doit représenter l’espoir pour les classes populaires abandonnées par la gauche et récupérées par les forces de droite et d’extrême-droite.

Alors chers amis du MoDem, cessez de vous déchirer pour savoir qui soutient le mieux François Bayrou, cessez aussi d’avoir pour référence un passé aujourd’hui dépassé. Au contraire essayons d’avoir l’œil rivé sur l’avenir pour que les électeurs nous fassent enfin confiance. Après tout, le modèle de société que nous proposons est le seul adapté aux défis du temps présent parce qu’il est au service de l’homme et de la planète.

Michel Escatafal

03.05.2008

Il faut savoir raison garder...

600319907.jpgDans son édition d’hier, le journal l’Equipe faisait une large place aux propos tenus par  l’ancienne championne du monde de l’heptathlon et de la longueur, Eunice Barber, concernant sa position sur les Jeux Olympiques de Pékin. Le moins que l’on puisse dire est que ses idées sont à la fois bien affirmées et assez contradictoires. Cela n’a rien d’étonnant  quand on sait qu’elle a apporté son soutien  à Ségolène Royal pendant l’élection présidentielle de 2007, mais aussi à la candidate UMP à la mairie de Reims.  A sa décharge, nous dirons qu’elle n’est pas la seule à changer d’avis au gré des circonstances.

En revanche, elle a tenu des propos qui interpellent à propos de la démocratie en France et en Chine. Manifestement elle a encore sur le cœur les problèmes qui l’ont opposé à la police lors de son interpellation il y a deux ans, ce qui a entraîné pour elle une mise en examen pour outrage à agents et refus d’obtempérer. Nul ne sait exactement ce qui s’est passé ce jour-là en dehors des protagonistes eux-mêmes, mais Eunice Barber a semble-t-il la rancune tenace ce qui explique ses propos quand elle affirme :" En matière d'humanitaire, la France n'a pas de leçons à donner à la Chine.

Cela étant, si la France est loin d’être un modèle d’intégration pour les étrangers arrivant sur son sol, si la France a une politique que je qualifierais d’honteuse pour les immigrés sans-papiers et sans doute très souvent  pour ceux qui en ont,  je pense que cette dame, pour qui j’ai beaucoup d’admiration sur le plan sportif, va quand même un peu loin quand elle compare la situation des droits de l’homme en France et en Chine. La Chine est quand même une dictature et les opposants n’y ont pas droit de cité. Si elle vivait en Chine, Eunice Barber ne pourrait pas tenir dans le Quotidien du Peuple, les propos qu’elle tient dans l’Equipe. Il faut savoir raison garder.

Cela ne l’empêche pas d’être dans le vrai quand elle stigmatise  le traitement qui est infligé dans notre pays à ce que l’on appelle "les minorités visibles". Pour beaucoup, ces gens-là sont français quand ils remportent une médaille aux Jeux Olympiques ou aux championnats du monde, mais ils ne le sont plus quand ils ne sont plus susceptibles de porter haut nos couleurs. D’ailleurs, comme je l’ai souvent dit sur ce site, je déteste entendre parler de discrimination sous toutes ses formes, y compris  positive. Il faut s’appeler Nicolas Sarkozy ou être UMP pour apprécier ce concept.

Il est même inadmissible d’entendre dire qu’une personne occupe un poste au nom de "la diversité". Pour rester dans le sport, cela me fait penser aux quotas imposés par la RFU (fédération sud-africaine de rugby) dans son équipe nationale pour que celle-ci apparaisse multiraciale, ce qu’elle n’est pas vraiment. Si l’on en est encore à ce stade en Afrique du Sud, c’est qu’il ya beaucoup de progrès à faire dans ce pays sur l’égalité raciale. Cela dit, le phénomène ne se cantonne pas seulement à l’Afrique du Sud, hélas, trois fois hélas.

Pour en revenir à Eunice Barber je dirais qu’elle a aussi raison, quand elle pose la question  de savoir pourquoi les Jeux Olympiques de 2008 ont été attribués à la Chine. N’oublions pas que Toronto et Paris notamment étaient  parmi les villes candidates,  et que tout le monde reconnaissait que techniquement ces villes disposaient d’atouts supérieurs à Pékin. De plus, à Toronto ou à Paris, le risque de voir les Jeux perturbés ou menacés de boycott était inexistant, contrairement à Pékin. A ce propos je voudrais rappeler que les Tibétains n’ont jamais accepté la désignation de la capitale chinoise,  furieux à l’idée de voir la Chine bénéficier  de l’exposition planétaire que procurent les Jeux Olympiques.

 Si le monde l’avait oublié, le Tibet  a été envahi  par l’Armée populaire de libération chinoise (c’est son nom)  en 1950, et la désignation de Pékin en 2001 pour l’organisation des Jeux de 2008 rendait encore plus amer cet anniversaire. Mais de cela l’omnipotent président du CIO, Juan Antonio Samaranch, n’avait cure. Lui était d’abord intéressé par les milliards de dollars qu’était prête à investir la Chine pour les Jeux Olympiques de 2008, dont nombre d’entreprises occidentales allaient profiter. Alors que pouvaient peser 5 millions de Tibétains pour un Samaranch…ou pour les gouvernements des grands pays de la planète. Là est toute l’hypocrisie de ce que nous entendons aujourd’hui : tout le monde ou presque condamne la politique chinoise au Tibet, mais personne ne veut faire de peine à ses dirigeants, Nicolas Sarkozy le premier.

D’ailleurs, la quasi-totalité des responsables politiques des grands pays, donc ceux qui ont des intérêts considérables en République Populaire de Chine, se disent satisfaits de voir le gouvernement chinois  renouer le contact avec les autorités tibétaines. L’honneur paraît sauf, et peut importe le déshonneur que procure une telle attitude à la Ponce-Pilate.  Quelques achats  d’Airbus ou de centrales nucléaires sont aux yeux de nos gouvernants beaucoup plus importants que le sort réservé à moins de 0,5% de la population chinoise, en oubliant que le non respect des droits de l’homme concerne aussi toutes les provinces chinoises.

Michel Escatafal